West Side Story… ou cinquante ans d’histoire !

sept 07, 2009 4 commentaires de

Faisons un test. Demandez à n’importe qui dans la rue de vous chanter un air de West Side Story. Quel que soit leur âge, bon nombre de personnes interviewées sauront, certes avec plus ou moins de brio, vous fredonner un « America », un « Tonight » ou encore un « Maria », chansons qui sont gravées dans les esprits depuis… cinquante ans déjà !

Chronologie d’un chef d’oeuvre mondial

C’est tout d’abord l’histoire d’un chorégraphe, Jerome Robbins, qui, après s’être vu demandé d’adapter une scène de Roméo et Juliette pour un cours de théâtre, fait naître l’idée de West Side Story en 1947.

En 1949, il associe le grand compositeur Leonard Bernstein au développement d’une première version de l’histoire : Maria est juive et Tony un italien catholique de Greenwich Village. L’intolérance religieuse les sépare alors. La pièce est temporairement appelée East Side Story. C’est en relation avec l’arrivée de nombreux portoricains venus s’installer à Manhattan, dans le West Side que, six ans plus tard, le conflit passe de l’intolérance religieuse à l’intolérance raciale entre portoricains et anglo-saxons. Le titre devient donc West Side Story.Arthur  Laurents écrit la comédie musicale, et Stephen Sondheim se charge de travailler sur les paroles en vue d’une production théâtrale… La machine est lancée.

Le  8 juillet 1957 commencent les répétitions à New York, en vue d’une première représentation au théâtre. Le 19 août, la troupe démarre sa tournée à Washington, sous les acclamations et les éloges des critiques extrêmement enthousiastes. Bernstein est encensé pour la beauté de sa musique, ce qui lui vaut d’être invité dans la même semaine à déjeuner à la Maison-Blanche !

En juin 1958, West Side Story est récompensé par deux Tony Awards, un pour la chorégraphie de Robbins, l’autre pour les décors réalisés par Oliver Smith.

C’est en 1959, après 772 représentations, que débute la grande tournée  nationale. Au sein de la troupe, George Chakiris joue alors le rôle de Riff, le leader des Jet. C’est au cours de cette même année qu’il se verra confié le rôle de Bernardo, le chef des Sharks dans la version cinéma… Après une tournée triomphale, West Side Story revient sur les planches New Yorkaises pour enchainer 253 nouvelles représentations.

Le  10 août 1960 commence le tournage de la séquence d’ouverture du film (réalisée en collaboration par Jerome Robbins et Robert Wise). Le travail s’avère difficile pour les acteurs et les danseurs. Il leur faut jouer et exécuter leur chorégraphie sans musique, le prologue (inexistant dans la version théâtrale) n’ayant pas encore été composé par Bernstein !

« Clac… clac… » eh mec ! t’as pas un gimmick ?

Le  18 octobre 1961, la première du film West Side Story est projetée au Rivoli Theater de New York. Il restera à l’affiche 77 semaines, devenant le deuxième plus grand succès du box-office après les 101 Dalmatiens.

Le 2 mars 1962, le film sort en France, où il restera à l’affiche près de 260 semaines. Le 9 avril est un jour de record pour la comédie musicale, qui remporte pas moins de 10 Oscars : Meilleur Film, Meilleur Réalisateur (Robert Wise et Jerome Robbins), Meilleur Second Rôle Masculin (Georges Chakiris), Meilleur Second Rôle Féminin (Rita Moreno), Meilleure Image, Meilleur Décor, Meilleur Son, Meilleure Bande Originale, Meilleur Montage et Meilleurs Costumes. Le film sort la même année en Argentine, en Finlande, en Allemagne de l’ouest et au Danemark (où il est récompensé par l’équivalent finlandais d’un Oscar) et en Union Soviétique.

En 1964 le film sort une deuxième fois au Danemark.

En 1967, West Side Story détient le record du film le plus longtemps projeté en salles (5ans).

1968, retours à l’affiche dans les salles obscures américaines.

1981, troisième ressortie à Madrid.

1998, le film est classé dans les « 100 plus grands films de tous les temps » par l’American Film Institute.

6 octobre 2001, pour les 40 ans, une projection du film est organisée au Radio City Music Hall en présence de nombreux membres du casting original.

Actuellement présenté dans de nombreux théâtres à l’occasion de ses cinquante ans, le show West Side Story semble encore plus que jamais victime de son succès. Bon nombre de représentations affichent souvent complet longtemps à l’avance, n’offrant parfois plus que des places à visibilité réduite ou nulle.

Les secrets d’un tel succès : Une comédie musicale qui rompt les codes

Dans les années soixante, la comédie musicale Hollywoodienne est dans une période difficile. Les thèmes phares qui en font la structure n’attirent plus les foules. Comprenant bien les raisons de ce déclin, Jerome Robbins présente un West Side Story où la joie de vivre est remplacée par la violence, l’intolérance et le drame, et dans lequel le mythe de l’American Way of Life est mis à mal par la présentation de la difficulté avec laquelle les immigrés portoricains tentent de s’intégrer. Les danses mises en scène sur les musiques aux rythmes endiablés de Bernstein représentent majoritairement la violence des combats entre deux gangs des cités. La recette fait mouche. Le public est au rendez-vous.

Un Roméo et Juliette moderne

Cela n’a jamais été un secret, l’histoire de West Side Story est directement inspirée de l’œuvre de Shakespeare, que Robbins veut moderniser.  Au départ, Robbins travaille sur un axe religieux, opposant des Juifs à des Irlandais catholiques. Mais il abandonne rapidement l’idée pour coller de plus près à l’actualité. Il décide de faire de l’immigration le nouveau thème de West Side Story en remplaçant les Juifs par des Portoricains et les Irlandais par des Américains. La scène dans laquelle Tony et Maria chantent le titre « Tonight » est directement inspirée de celle du balcon de Roméo et Juliette. On y retrouve un Tony déclarant son amour à une Maria, qui le presse de partir de peur que sa servante ne le voie. Le drame survient de la même manière. Deux meurtres, et un message qui n’arrive pas, ou trop tard… On notera que pour coller d’avantage à l’actualité, la raison pour laquelle le message de Maria n’arrive pas jusqu’à Tony est changée. Dans la version théâtrale, c’est un couvre-feu lié à une épidémie de peste qui empêche Anita (la meilleure amie de Maria) de délivrer son message à Tony. Dans le film, Anita échappe de justesse à une tentative de viol, et c’est la colère qui lui fait dire qu’Anita est morte. Ce changement témoigne d’une volonté de Robbins et de Wise de ne pas faire du film une simple copie de la version théâtrale… Même si le show est un succès reconnu, le film est là pour l’embellir davantage.

Un film qui corrige les erreurs et les incohérences de la version originale

Malgré le succès de la pièce, quelques incohérences dans son scénario en rendaient la compréhension parfois difficile.

En effet, les scènes chantées de « Cool » et de « Krupke » étaient inversées dans la version théâtrale. On assistait donc avec « Cool » à une scène où s’exprimait toute la tension ressentie par les Jets qui tentaient de retrouver leur calme. S’ensuivait la scène du combat, puis venait celle de « Krupke », dans laquelle les Jets s’en prenaient à l’autorité en se moquant de l’officier de police. Jugeant cette chronologie peu logique, (difficile d’imaginer un gang provoquer la police après un meurtre) Wise et Robbins décidèrent de mettre la scène de « Krupke » avant le combat. « Cool » prenant naturellement sa place juste après les meurtres.

Le rôle de la musique

Cette comédie musicale est essentiellement basée sur le mouvement, avec des scènes allant de la beauté d’un amour naissant à la violence des combats urbains, d’où l’importance d’une musique et de danses capables d’exprimer toute la subtilité de l’œuvre. Leonard Bernstein n’hésite pas à casser les habitudes en laissant de côté le style musical de l’époque pour créer un genre plus moderne, alliant la sensibilité du classique à celle du jazz. Il écrit « Quintet » et « A boy like That », chansons inattendues pour une comédie musicale, mais qui resteront dans les plus belles scènes de l’œuvre. Il laisse de côté les mesures carrées classiques pour des mesures plus complexes, donnant une dynamique à sa musique inégalée jusque-là, avec des temps forts où l’on ne les attend pas, créant des tensions sonores impressionnantes. La chorégraphie relève le défi, les danseurs s’accommodant tant bien que mal à la difficulté extrême de leur pas. En effet, plutôt que d’avoir à compter des séries de huit temps, quatre, ou deux temps, ils devaient danser sur des mesures composées à 5/4, 6/8 et 25/6, ce qui n’est pas naturel même pour le meilleur des danseurs. Pour la réalisation du film, 200 paires de chaussures ont été nécessaires et un plateau a même été surnommé « la séquence des 10000 pansements » !

Une production ambitieuse

Doté d’un budget de 6 millions de  dollars, le film est doté de fonds jamais inégalés dans le domaine de la comédie musicale. Les moyens techniques utilisés sont impressionnants pour l’époque. Les premiers plans montrent une vue aérienne de Manhattan, puis la caméra survole les gratte-ciels pour finalement zoomer sur le West Side, ce qu’aucun film n’avait jamais réalisé en ouverture jusque là. Autres innovations techniques : l’utilisation de grues et de tranchées pour tourner la scène du prologue.

J’ai eu l’occasion de voir West Side Story sur scène et à l’écran. Les deux expériences sont assez aggréables à vivre ! Et ce même si l’œuvre est vieille de 50 ans, elle se regarde et s’écoute toujours aussi bien ! Et pour les musiciens qui s’essayeront à jouer les thèmes, vous tomberez à coup sûr définitivement amoureux de West Side !

Jets or Sharks ? Just keep cooly cool boys !

Cinéma, CinéZik, Musique

No related posts.

A propos de l'auteur

Passionné de new-techs, de zique à ouïr, de movies à mirer et de bouquins à dévorer ;-)

4 réponses to “West Side Story… ou cinquante ans d’histoire !”

  1. grishka says:

    Kryska si je te dis que je l’ai toujours pas vu… tu le prend comment ? :-)

  2. Kryska says:

    Tu sais bien que je le prends toujours très très mal venant de toi ;-)
    Mais si tu veux le voir un de ces 4 je te le garde au chaud !

  3. ORJOL Monique says:

    J’aime West Side Story, et comme mon fils est danseur
    et qu’il a vu le film de nombreuses fois étant enfant, j’aime à penser que sa vocation vient de là!
    J’aurais voulu savoir si Georges Chakiris était toujours vivant. Merce à l’avance de me répondre

    • Kryska says:

      Bonjour Monique,

      C’est vrai que depuis West Side Story, Georges Chakiris a un peu disparu de sous les projecteurs…
      Sa seule vraie performance en tant que danseur dans un film musical par la suite, ce sera dans les Demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy (1967). Avec le déclin du genre, et l’étiquette d’acteur qui ne danse plus lui collant à la peau, il s’est retiré des grands écrans pour le petit. C’est comme ça qu’on le verra apparaître dans la série « Dallas » (1978), dans la saison 5 de la série « Arabesque » (1989). Au milieu des années 90, il joue à Los Angeles le King dans une reprise de « The King and I » de Yul Brynner.
      Bon alors depuis ces années là, il fait un peu le mort, mais il est toujours vivant ;-)

Laisser une réponse