Watchmen

WATCHMEN de Zack Snyder
L’histoire :
1985. Un autre 1985. Un 1985 où Nixon entame son cinquième mandat, où les Etats-Unis ont gagné la guerre du Viêt-nam et mènent une guerre froide qui n’en finit plus parce que la clé de leur supériorité stratégique est un homme indestructible devenu aussi bleu qu’omnipotent.
C’est un monde où les super-héros ont existé et ont été mis a la retraite forcée. L’un des leurs a été assassiné. Meurtre politique ? Tueur de masques ? Quelqu’un sait. Et même si en secret, les gardiens veillent sur nous, qui veille sur eux ?
DE TERRAIN CONNU EN TERRE INCONNUE
Je ne vais pas revenir sur l’entière genèse labyrinthique du film mais rappelons juste les grandes lignes de cet incroyable périple : en 1989, le succès du Batman de Burton pousse la WB a demander à son scénariste Sam Hamm une adaptation de Watchmen. Son scénar ne reprend presque rien du comics d’origine, le ton y est parodique, gentillet et avec des trous narratifs béants (un peu entre la ligue des gentlemen extraordinaires et mystery men). Dieu merci, après des années de gestation et différentes équipes (dont Terry Gilliam, Paul Greengrass et d’autres), un nouveau scénario est commandé à David Hayter, scénariste des deux premiers X-men de Bryan Singer, mais surtout traducteur et voix officielle de Solid Snake de la saga des Metal Gear Solid. Au départ Hayter propose une mini-série de 6 heures pour HBO, ce qu’on lui refuse. On lui demande aussi de moderniser l’histoire pour coller à une ambiance post-11 septembre en remplaçant Nixon par Bush en plus d’autres modifications qui bouleversent complètement son idée de départ : un scénario fidèle au boulot d’Alan Moore et de Dave Gibbons. Avance rapide, en 2007 Snyder débarque sur le projet, auréolé de son succès sur 300. Ce dernier demande une nouvelle mouture du script a Hayter et Alex Tse, qui reprendra les meilleurs éléments du scénar d’Hayter. Snyder doit cependant se battre avec les exécutifs de WB, notamment pour imposer que le film se déroule en 1985, pour garder une fin fidèle à celle d’origine (la WB voulait qu’Ozymandias soit tué par le hibou a la fin du film, avec un happy end). Il doit se battre aussi bec et ongles pour conserver le ton adulte de l’oeuvre d’origine, notamment les scènes de sexe ou le pénis bleu du Dr. Manhattan, et il veut exploiter au maximum la violence graphique implicite dans les comics. Et il gagne son combat. Du moins en partie. Son director’s cut (qui dépassera le montage salles de 50 minutes !) n’aura pas droit de cité en salles, ainsi qu’un autre montage comprenant le dessin animé Tales of The Black freighter, tourné pour l’occasion, avec la voix de Gerard-Leonidas-Butler.
Le chemin a été long, le combat fut rude, et pour quoi ? Pour qu’un auteur puisse conserver l’essence de l’oeuvre la plus puissante de l’histoire des comics et qu’il puisse y imposer son empreinte en esprit créatif libre.
Dieu seul sait comment, mais ce salopard de Zack Snyder y est arrivé.

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APOCALYPSE MOORE
Je n’imagine pas de travail plus dur dans le genre que de devoir réaliser une adaptation aussi difficile que Watchmen, coincé entre une armée de puristes, un public geek dont l’aval est indispensable et une cohorte d’exécutifs qui n’ont probablement jamais lu de comics de leurs vies et qui au fait voudraient chiffrer l’influence du pénis bleu sur les recettes dvd et se demandent si tel bout de cervelle explosé à l’écran est de très bon goût ou si ce nichon est vraiment utile et bla bla bla…
Moi ? Moi je suis un Geek, un vrai de vrai, un pur sang, un puriste gardien du temple qui fut scandalisé, outré et très en colère a la vue de From Hell, V pour Vendettaet La Ligue Des Gentlemen Extraordinaires pour la trahison qu’ils constituaient par rapport aux oeuvres d’origines. Quand on ne prend pas l’essence même de l’oeuvre, quand on n’en capture pas ce qui en faisait la beauté, l’intelligence, la puissance mais qu’on fait tout le contraire, pour l’âme d’un fan, c’est comme un viol. C’est pour ça que Constantine ne vaut pas mieux que Catwoman, que X-men 3 est une honte et que les Quatre Fantastiques devrait servir de mobile a auto-mutilation pour ses producteurs. C’est a cause de toutes ces merdes qui nous prennent pour des cons qu’on est devenus méfiants, suspicieux, voire même paranos et névrosés dans certains cas (par contre j’ignore toujours pourquoi on met des capes pour se réunir dans les bois tous les 26 du mois).
Et en tant que puriste acharné d’Alan Moore, j’aurai été le premier à crier au loup si j’avais senti venir une quelconque sodomie pelliculaire de la part de Snyder.
Mais ce n’est pas le cas.
Les comics Watchmen contiennent des dizaines d’histoires entremêlées, un reflet de l’évolution de l’Amérique d’après-guerre, une réflexion politique (j’ai bien dit réflexion et pas manifeste), sociale et culturelle sur la confrontation entre un monde palpable grâce au ton adulte et crédible et des super-héros qui paraissent vivants. Sans oublier une histoire a tiroirs bien profonds, avec de nombreux niveaux de lecture, et le mélange de thèmes tels que la guerre, la vieillesse, la mort, l’amour, la science, la vie, Mars, les smileys et les miracles thermo-dynamiques.
Il faudrait être fou pour croire qu’on puisse restituer autant de choses en un seul film, même en 2h40. Heureusement, Snyder l’est.
Watchmen-comics était une oeuvre métatextuelle dans le sens où Moore faisait une auto-critique du genre en passant par un exercice de genre (le comics de super-héros) tout en l’infiltrant de textes parasites d’apparences, comme le comics du tales of the black freighter, les annexes en fin d’épisode ou encore les journaux papiers et télés et autres décorations qui fleurissaient la composition de l’image.

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L’une des grandes difficultés d’adapter Watchmen était donc de trouver un subtil équilibre entre une fidélité nécessairement “compressée” des comics dans le style visuel et les dialogues entre autres d’une part et la complexité narrative des thèmes et des genres croisés pour coller à une auto-critique du film de super-héros.
Parce que le truc vraiment cool et pertinent du film c’est d’arriver à un moment charnière de l’histoire du genre du film de super-héros, et que d’une ironie cosmique, le genre super-héroique au cinéma après avoir éclaté avec la nouvelle vague apportée par les premiers x-men, blade et spider-man se trouve exactement dans la même position que les comics de super-héros l’étaient dans les années 80, c’est-a-dire que l’industrie rentre dans un moule tranquille(pour résumer, toutes les futures adaptations marvel rentreront dans la lancée d’iron-man et toutes les futures adaptations DC devront se coller au ton adulte de Dark Knight) et qu’au bout d’une décennie riches en spécimens mais assez pauvres en adaptations fidèles, on tombe sur deux oeuvres coup sur coup qui changent la donne en mettant le feu à la fourmilière : pour les comics ça a été Dark Knight Returns et Watchmen entre 1986 et 1987 et pour le cinéma ça aura été The Dark Knight en 2008 etWatchmen en 2009.
Parce que qu’on le veuille ou non, ces films vont sur le long terme changer la manière dont on perçoit les films de super-héros. Imaginez un peu, il y a à peine 10 ans, le dernier exemple connu était Batman et Robin qui détruisait tout ce qui avait été construit jusque-là dans un délire bouffon insultant. Aujourd’hui on peut se permettre de faire un film Batman sans avoir à le titrer Batman. On peut faire un film adulte et pensé en parlant de super-héros. On peut terminer le film sur un point d’interrogation et pas sur un happy end voire même sur une injustice. Pour la première fois dans le genre super-héroique, un film est classé R. ça n’a jamais été fait avant.
Et non seulement Snyder réussit ce pari impossible, sur lequel les plus grands s’y seraient cassé les dents, mais en plus il donne une deuxième vie à Watchmen, un nouveau souffle en y imposant sa marque, celle d’un auteur burné qui aime Frank Miller, qui aime Alan Moore et qui veut nous le faire comprendre de gré ou de force.

le mec bleu le plus cool et bleu de tous les temps
CE QUE J’AI TOUJOURS VOULU VOIR AU CINEMA
Watchmen est un film parfait. Pourquoi ? Parce qu’il montre ce que j’ai toujours voulu voir au Cinéma. Parce ce qu’il ne ressemble a rien de connu. Parce qu’il rend justice à 3 des personnages les plus forts et les plus beaux qu’ai jamais connu le 7ème art : Rorschach, le Comédien et Dr. Manhattan. Parce que le film est une recherche continuelle du beau, parce qu’il veut rendre chaque image cool et sexy, parce qu’il n’oublie jamais la profondeur des mots d’Alan Moore. Parce que j’ai vu un film adulte, fort avec des personnages qui vivent, tuent, explosent, meurent, baisent dans une histoire incroyable amorale, fascinante, spectaculaire, grandiose qui se fout des conventions et pisse à la raie des vaines discussions de chapelles. Parce que chaque séquence est utile, chaque scène est superbement mis-en-scène, chaque plan est un travail colossal sur la composition et le mouvement. Parce que sa fidélité et ses modifications ont du sens. Parce que l’utilisation de musiques célèbres (Dylan, Wagner, Hendrix) renvoie à la dimension métatextuelle qu’avait les comics, parce que le score de Tyler Bates est une bête de composition qui me rappelle Blade Runnerdans ses meilleurs moments. Parce que tout y est signifiant et que le fond ne doit pas l’emporter sur la forme. Parce que Zack Snyder est un Réalisateur, un grand Réalisateur, avec une énorme paire de couilles, pour qui l’image et le découpage prime sur tout le reste, parce qu’il écrit avec de la lumière et que ce mec est un putain de poète.
6/6
Quand le Cinéma est bon, il est divertissant.
Quand le Cinéma est excellent, il est magique.
Quand le Cinéma est parfait, il est miraculeux.
Quand il est encore meilleur que ça, il donne des films comme Watchmen.










Attitude
Ce concept des superhéros à la retraite n’aurait-il pas inspiré les indestructibles de Pixar?
c’est plutôt l’idée que les super-héros soient interdits par la loi et qu’ils reprennent du service quand même mais oui, ça vient de watchmen. les 3 plus grosses influences des indestructibles sont : watchmen, les 4 fantastiques et les james bond des années 60 et 70
Autant j’ai adoré le comic, autant… j’ai adoré le film !
D’ailleurs c’est l’adaptation qui m’a fait découvrir Watchmen.
Enorme film, d’une fidélité exemplaire (les quelques modification faites sont comme tu le dis, justifiées et ont un sens).
Il va falloir que je lise V for Vendetta aussi pour comparer au film.
et là pour le coup, les deux n’ont plus vraiment la même gueule. enfin quand même plus dans un sens que from hell et la ligue des gentlemen qui se foutent totalement du matériau d’origine et font carrément le contraire