“Urgences”. 1994-2009, chronique hospitalière de Chicago.
2 avril 2009.
Pour de nombreux téléspectateurs, une date parmi d’autres. Pour les plus assidus, c’est une page qui se tourne. En effet, cette date marque la diffusion du dernier et ultime épisode d’ ” Urgences”, ou “Er” pour les puristes. La série phare de NBC s’est éteinte à 22h, heure locale. Cause du décès: vieillesse, mais une vie bien remplie. La Série Finale n’a pas spécialement affolé l’audimat, mais il a permis de réunir les aficionados de la première heure, les déçus de la période post ” Dr Greene”, et les Tvphiles, curieux de voir comment allait se finir ce monument de la Télévision, devenu une référence en matière de Tv Show. Retour donc sur cette série qui aura marqué son temps et redéfini quelques règles du drama, et pas uniquement médicales.
NFS, Chimi, Iono. à 3 on y va..
Pour mémoire, ” Er” était prévu, à l’origine, par Michael Crichton et Steven Spielberg pour être un film. Un long film. Une chronique qui aurait narré les tribulations de docteurs de Chicago. Conscients qu’ils tenaient là un sujet en or, ils décidèrent de montrer leur scénario à NBC. Pour info, à cette époque, 1994 donc, les dramas médicaux ne se bousculaient pas sur les grilles des networks, et ce qui avait été fait avant n’avait jamais vraiment dépassé les frontières US ( qui connait “St Elsewhere” en France ?). NBC, flairant la bonne affaire, leur commande donc le Pilot, en Midseason. Début d’une ascension fulgurante…

15 ans plus tôt
“You set the tone Carter”
Le Pilot nous plonge donc de plain-pied dans l’univers du Cook County Hospital de Chicago. On découvre les médecins en activité dans les lieux, des personnages somme toute assez banals, futurs mythes de la TV. Le docteur Greene, le docteur Ross (Clooney à ses presque débuts), Carol Hathaway, infirmière, Benton et Susan Lewis. Tout ce petit monde s’agite pour tout (les malades) et rien (Ross complètement bourré) et fait connaissance du petit nouveau : John Carter.
Pendant 1h30, le rythme ne va pas faiblir une seule minute nous faisant passer du rire aux larmes, en osant même l’impensable pour un pilote : montrer un de ses héros tenter de se foutre en l’air. Avant goût de ce que la série allait se permettre par la suite. Niveau mis en scène, c’est du jamais vu. La steadycam nous fait coller aux basques des médecins, plongeant directement dans l’action. Choix de mise en scène idéal, rapprochant parfois le Tvshow du documentaire.
Le style “Urgences” était né. Le résultat ne se fait pas attendre, carton plein, les audiences explosent. NBC commande sans hésiter une deuxième saison, qui verra arriver un autre personnage clé, pilier si l’on peut dire : Kerry Weaver.
“Sometimes we save them, and sometimes we don’t” saison 1 à 5
Autre idée de génie des scénaristes : suivre le docteur Carter, un nouveau, un bizuth qui, bercé d’idéalisme et de naïveté, va découvrir les joies et les peines du monde médical. Si l’ont peut se réjouir d’avoir accouché un bébé, on peut que compatir à la tristesse de voir mourir un enfant dont on avait promis la guérison aux parents (1×19). Chaperonné par les doyens de l’hôpital, il sera placé sous la férule de Peter Benton, chirurgien chevronné, mais moins doué en relationnel.
Pour dresser un bilan des 3 premières années de ” ER”, on aura eu déjà un bon aperçu des personnages clés de l’hôpital, Doug et Carol, âme sœur, Dr Greene, le doc idéal, Kerry Weaver, peau de vache avec béquilles, Benton et Carter. Lewis n’étant pas le personnage le plus intéressant, son personnage dégagera d’ailleurs en fin de saison 3.
Puis, à l’aube de la 4ème année, les créateurs décident de frapper un grand coup. Ce n’est pas le tout d’avoir du succès, encore faut-il amener de la nouveauté. Et là, ils ont fait fort, le 4×01 “ambush” sera diffusé…en direct. Oui, 45 min en live. Pour résumer, c’est un tour de force. Clooney fait son show, Carter se tape peut être le plus grand moment de solitude de sa vie, et l’épisode nous présente au passage un nouveau médecin, Dr Corday, suivi de près par LE personnage star d’Urgences : Robert Romano. Si vous n’aimiez pas les médecins, vous allez aimer les voir emmerder un hôpital entier. Petit, cynique, rentre-dedans… chaque descente de Robert au service des urgences est anthologique.
"You've seen the memo? the one which said i'm the boss"
Arrive alors la saison 5, premier ventre mou de la série, premier coup de pompe ; saison moyenne, ne servant qu’à éjecter le Dr Ross, Clooney ayant à l’époque des velléités de grand écran. Pour vous dire, ce sera le seul grand moment de la saison. Consolation : arrivée de l’étudiante Lucy Knight, placée sous la tutelle du Dr Carter, avec qui elle entretiendra une brève relation. On se dit qu’il serait temps que la série se renouvelle. Et c’est ce qui va se passer d’ailleurs, sans tarder.
“We should put a “go away” cardboard in the entrance of this service” saison 6 à 8
Saisons 6 donc, qui commencera en douceur avec l’arrivée du Dr Kovac, qui se rapprochera de Carol. Arrivée également de Malluci, médecin foufou, d’Abby Lockhart et surtout retour de Chen/Jing-Mei. Les personnages d’avant sont plus fouillés, découverts du statut d’adoptée de Weaver par exemple, et d’autres se rapprochent, à l’image de Greene et Corday, mais le véritable tournant se fera quelques épisodes plus tard, dans le double épisode “Be sweet my heart” & “All in the family”. Véritable traumatisme pour les fans, car marqué par l’agression de Carter et Lucy, qui ne s’en relèvera pas. Chargé de soigner un patient bipolaire, celui-ci se vengera en fin d’épisode le soir de la St Valentin en les poignardant pendant la fête organisée par l’équipe et c’est Kerry qui les trouvera par accident dans le deuxième épisode. Résultat, un épisode traumatisant, qui verra toute l’équipe se mobiliser pour sauver Lucy qui ne s’en sortira pas d’ailleurs…

RIP
Tout le reste de la saison sera d’ailleurs marqué par le calvaire de Carter, drogué aux inflammatoires qui échouera en désintox, suivi de près par le départ de Carol, laissant le service exsangue, mais comme on dit, ce qui ne nous tue pas….
Retour donc en début de saison 7 du Dr Carter en plein foutoir. Et là on retrouve le vrai ” Er” celui qu’on aime. C’est le bordel (grève des hommes d’entretien de l’Hôpital), ce n’est pas réaliste pour deux sous (faut voir Cléo cavaler après un patient avec sa seringue), mais ça fait un bien fou, le seul à être perdu c’est Carter. ^^. C’est au cours de cette saison que vont se construire les arcs essentiels des saisons à venir. Pour commencer, le développement du personnage d’Abby, flanqué d’une famille de bipolaires, découverte de l’homosexualité de Kerry et surtout l’union de Greene et Corday, qui accouchera d’une petite Ella. Malheureusement, c’est dans cette saison que vont commencer les soucis pour Greene, découvrant sa tumeur au cerveau, il sera sauvé par une opération, mais fera face à une épreuve finale, la menace d’un père revanchard sur sa famille (“Rampage”) épisode qui fera couler beaucoup d’encre, avec la réaction finale de Greene, qui laissera mourir l’homme qui a tenté de faire du mal à ses femmes et fille..
La saison 8 sera dans le prolongement des arcs de la saison 7, avec Kerry assumant son homosexualité au travail, le départ de Malluci, le retour de Lewis, mais surtout le départ de Greene. On le croyait sauver, mais en plus d’assister à l’overdose de sa fille il découvre que sa tumeur est revenue et qu’elle lui sera fatale. La dernière moitié de la saison est d’une tristesse abyssale, Anthony Edwards jouant chaque scène comme si c’était la dernière et son dernier épisode en tant que docteur est émouvant comme jamais (“Orion in the sky”).

season 7
Arrive l’épisode “The letter” qui commence par l’annonce de la mort de Greene. Coup dur pour l’équipe et pour les fans, un mythe s’est éteint. L’épisode qui suit “On the beach”, nous montre les derniers instants du médecin préféré de la télévision, qui s’éteint paisiblement à Hawaii, bercé par le “Over the rainbow” de Israel Kanakawiwo’ole, une page se tourne. À l’hôpital c’est pas mieux, une épidémie de variole de prépare, les urgences ferment pour contamination.
“Urgences ? mouais… après Greene je n’ai pas regardé.”
Effectivement, après le départ de Greene, la série accuse un coup de mou. On a l’impression que les scénaristes ont perdu leur carte maîtresse. D’où besoin de relancer assez maladroitement les storylines des autres personnages et c’est ce qui va se passer, pendant cette laborieuse saison 9. Pas grand chose à sauver, la relation Abby/Carter est mal foutue, Romano s’en prend plein la poire et perd son bras, Kovac part en vrille et va s’exiler en Afrique pour de l’humanitaire, rejoint en fin de saison par Carter. À signaler le développement du personnage de Pratt. Niveau moments clés, peu ou pas du tout, et encore ce ne sera pas pour les scénariis, mais pour la mise en scène, avec un épisode raconté à rebours (“Rétrospectivement”) et un autre avec deux récits entrecroisés (“Quand la nuit rencontre le jour”). C’est simple, l’épisode final ne se passe même pas à Chicago, mais en Afrique. Ajoutez à cela la désagréable impression que toute la saison se passe de nuit et vous obtiendrez 22 épisodes assez pénibles.
Les médecins changent, pas les malades… saison 10 à 15
Pour “Urgences” ça s’annonce mal, les audiences commencent à chuter, présence du Mastodonte “CSI” oblige, et légère impression de tourner en rond. Alors, pour pallier à ce souci, les créateurs ont le bon réflexe. Il faut : de la Nouveauté. On garde les anciens, du moins ceux qui restent, et on accueille les nouveaux : Dr Neela Rasgotra, Londonienne, Sam Taggart, infirmière, remplaçant au pied levé Abby, Wannabe docteur, ainsi que Archie Morris… et là la série reprend du poil de la bête. Carter revient d’Afrique, est bientôt papa, Kerry roucoule avec sa femme pompier, que du bonheur. Mais on est dans Urgences, ça ne dure pas, les scénaristes réservant toujours le pire à leurs héros. La palme revenant à Romano qui meurt, écrasé par un hélico. La série se terminera sur 2 morts et un cliffhanger pour deux des personnages. Cliffhanger qui deviendra routine pour les 5 saisons à venir.
Les saisons 11 à 13 continuent sur cette lancée. Dans la saison 11, on relèvera surtout le départ de Corday, et celui de Carter, ainsi que la mise en avant du personnage de Kerry, qui acquiert une profondeur d’écriture assez remarquable. Certains épisodes sont réellement marquants (“Fear”), d’autres sont nostalgiques (“Mr Rubadoux”) quand d’autres sont de vrais tours de force, notamment l’épisode en temps réel (“Time of death” avec Ray Liotta).

' time of death"
À côté de ça on note une fâcheuse tendance à mettre en avant des personnages qui ne cassent pas des briques, Sam, pour ne pas la nommer, a dégagé comme des malpropres les piliers (Jing-Mei) et a injustement laissé dans l’ombre des personnages qui auraient mérité d’être au générique (Leland orser), le temps d’une escapade à Paris pour Carter et nous voilà déjà en saison 13, sympa sans plus, rehaussée par le personnage de Forest Whitaker et le départ de Kerry. ER commence à s’essouffler et à souffrir de la comparaison avec Grey’s Anatomy. Et c’est là que le bât blesse “Er” va se Grey’s Anatomyser en 14eme année. Merci la grossesse d’Abby et à John Stamos et son rôle de toubib beau gosse, qui va presque toutes les faire craquer… Seul point positif, l’apparition, le temps d’un épisode, de Jeanie Boulet. Survivor…
La fin est proche
Assistant à la débâcle de leur tvshow, les producteurs décident que la 15ème année d’Urgences sera la dernière, alors on sort le grand jeu. On fait venir des p’tits bleus bites (Julian Morris, Shiri Appleby) on fait mourir les derniers debout, on rappelle tout le monde : les vivants qui ont marqué les esprits (Doug et Carol), les morts (Romano) et les éternels, Greene en premier, iconisé à mort par un plan de toute beauté (15×07).
Des guests en pagaille, des départs, Neela et Abby, et une actrice de premier choix pour recevoir ce beau monde : Angela Basset, reine de cérémonie du grand Final. Tout le monde est réuni pour la série finale, autour de Carter, même Benton et Fils…
L’épisode final est à tomber, concluant de manière assez logique l’histoire de ces médecins, avec une passation qu’on n’attendait pas (Rachel Greene), et un plan final à vous filer des frissons, avec cette réplique finale de Carter à Rachel :
” Dr Greene, You’re coming”… ?
15 ans plus tard
Le rideau est tombé sur “Er”. Ce fut exceptionnel, certains épisodes sont devenus des classiques de la télévision, les acteurs ont été plus remarqués depuis (Clooney peut remercier Crichton), les guests stars se sont bousculés pour y participer (Jame Woods, Forest Whitaker, Peter Fonda, Ewan Mcgregor, Kirsten Dunst, Mary Mcdonnell, Thandie Newton, Steve Buscemi, Susan Sarandon, Angela Basset, James Cromwell, Alan Alda…) et le thème musical est devenu légendaire, ça donne envie de replonger dans ces 15 années à Chicago…










Attitude
Salut Mason et bienvenue sur le Blog Bazar !
Très bon premier article, même si je ne suis absolument pas fan d’urgences. En fait sur 15 saisons j’ai dû voir en tout et pour tout 3 épisodes. C’est pas que je n’aime pas la série, c’est juste que j’ai énormément de mal avec le monde médical en général… et même Dr House n’a pas réussi à attirer plus que ça mon attention
Mais je suis d’accord avec toi pour dire que cette série est un monument du genre, au regard du nombre de fans qu’elle a su à engendrer.
Au plaisir de te lire régulièrement sur le Blog Bazar
Que de souvenir ! J’ai du voir les 2 ou trois premières saisons et puis quelques épisodes de temps en temps… Mais Il est vrai que ER à un statut particulier dans le petit monde de la télé : rare sont les séries qui dure autant, et elles sont de se fait un vrai témoignage de l’évolution des séries, des changements dans les modes d’écritures, dans la réalisation… a revoir !
merci.
et de rien:)
je pense que incessamment sous peu je reprendrais le clavier pour vous emmener du côté de Neptune High..
Salut Mason et enchanté ^_^
Paril que pour Kryska concernant et ER et ton article (si tu peux faire Mac Gyver, un jour…)
A bientôt!!