Tuer n’est pas Jouer
THE LIVING DAYLIGHTS de John Glen
Ian Fleming’s The Living Daylights
1987
L’histoire :
« Smiert Spionam », Mort aux espions en russe, tel est le message laissé sur les cadavres de 002 et 004 tués lors d’un exercice à Gibraltar. Pour James Bond, c’est le début d’une chasse à mort à travers le monde pour trouver les coupables, cachant un gigantesque trafic d’armes et d’héroïne entre des mercenaires américains et les moudjhaidines afghans, prêts à tout pour libérer leur pays. Plus que jamais, L’agent 007 va devoir se battre pour survivre.
THE MOST DANGEROUS BOND
Accrochez vos ceintures, Virage à 180 degrés !
Après un dernier Moore honteux, la production peut (enfin) changer radicalement d’orientation avec un nouveau changement d’acteur.
Le grand gagnant de la loterie de 1987 est Timothy Dalton, jeune acteur de formation théâtrale à l’ancienne (il a passé la moitié de sa vie sur les planches a interpréter tout le répertoire classique). Sous son impulsion, on écrit et on adapte un scénario a son style, novateur et rugueux.
Pour se préparer au rôle, Dalton lit tous les livres de Fleming et regarde tous les films précédents en moins de 2 semaines. En prenant du recul, il prend conscience que l’approche la plus pertinente est de faire de Bond quelque chose de plus sérieux, de plus crédible, de plus réaliste, de plus sombre tout en gardant une petite dose d’humour et de larger than life dans les séquences d’action.
Le scénario fait le même calcul : c’est une pure histoire d’espionnage au déroulement classique mais en relation profonde avec le monde moderne. Durcissement de la fin de la guerre froide, guerre d’Afghanistan, corruption militaire et manipulations politiques où Bond est a la fois un pion et le grain de sable qui détruit toute l’horlogerie.
En parallèle, Bond doit s’adapter à un monde en train de vivre les années Sida. Alors que Moore s’envoyait en l’air avec n’importe qui n’importe quand et sûrement n’importe comment, Dalton devient l’homme d’une seule femme, avec une relation à plusieurs niveaux de lecture. La Bond-Girl est une violoncelliste devenue agent double sans le vouloir, piégée entre le MI6 et le KGB. Elle fascine Bond alors qu’il se demande toujours si il peut lui faire confiance.
Bond étant plus fort, on lui construit des ennemis semblables, plus réalistes et plus durs. Au menu nous aurons donc dans le désordre un agent du KGB particulièrement vicelard, l’armée soviétique avec tanks en option, et un mercenaire trafiquant d’armes mégalomane et fou de guerre, offrant pour la première fois à Bond un vrai duel final en gunfight radical et brutal.
En somme, on a affaire à un Bond dont la qualité principale est l’intelligence et la rigueur tout en restant fun, ce qui donne un grand film d’espionnage. Que demander de plus ?

Les +
-Timothy Dalton, flemingien jusqu’au bout des ongles et ça fait un bien fou…This bond is dangerous !
- Les scènes d’action, imprévisibles et parfois aussi jouissives qu’interminables (ce n’est jamais un défaut quand c’est bien fait). Bond redevient un soldat un peu dingue, bourrin, à l’attitude stylée et quasi-suicidaire. Mieux encore, il se remet enfin à saigner, ce qu’on avait pas vu depuis…depuis…Tiens ben non on l’avait jamais vu saigner comme ça avant.
-Le scénario, aux influences Flemingiennes et hitchcockiennes sans jamais les copier vraiment (si ce n’est une scène du Troisième homme, mais assumée)
-La réalisation, faisant tout son possible pour rythmer le film. Contrairement aux derniers Moore on voit jamais le temps passer, et pourtant c’est aussi long qu’avant.
-Le grand retour de l’Aston Martin, pas vue depuis 8 films. Gadgetisée à mort, elle livre une scène superbe en Tchécoslovaquie.
-La musique de John Barry, qui pour sa dernière participation à la franchise (avec un joli cameo en plus) livre les derniers grands morceaux de bravoure et adapte au nouvel acteur un nouveau univers musical, plus sombre, plus pessimiste, avec des sons de synthé et de grands moments opératiques, c’est presque un croisement entre 007 et Wagner.
-La chanson-titre, pop-rock de Ah-ha. Les chansons exécutées par les hommes étant souvent les meilleures, on a un droit ici à un bon morceau. En addition, Chrissy Hynde des Pretenders nous fait deux autres chansons (dont le fabuleux where has everybody gone) s’insérant très bien dans le film.
-Les maquettes de Derrek Meddings. Des avions, aux tanks et aux ponts qui s’explosent, l’illusion est parfaite car imperceptible.
-John Rhys-Davies (Gimly dans la trilogie culte de Jackson, Salah dans celle de Spielberg). Il est énorme.
-Joe Don Baker dans le rôle du grand méchant de l’histoire, Withaker. Pour une fois, l’ennemi est un militariste américain et en plus il veut participer à l’agonie de l’Afghanistan. Nous sommes en 1987. No comment. (Et à la fin les moudjahiddines viennent fêter leur victoire avec Bond en s’excusant de leur retard parce qu’ils ont eu des problèmes à l’aéroport…No comment bis)
-Fleming respecté dans l’esprit
Les –
-Une poignée de vannes qui font tâche. Pas autant que dans un mauvais Moore, mais bon…
-Certain détails (des costumes par exemple) propres aux 80’s qui ont trop vieillit.
-Maryam d’Abo, La Bond-Girl. Bien que son personnage soit bien écrit, son manque de sensualité fait cruellement défaut.
-Le manque de perfection dans la direction de photo. Bien que le ton plus réaliste est bien amené, un travail plus profond sur les couleurs aurait été bienvenue.
Note générale : 5/6
Sur l’échelle des Bonds : 6,5/7
Meilleur épisode des années 80, injustement méconnu et sous-évalué. Si il n’est pas à la hauteur du maître du genre de l’époque (Die Hard), il a au moins le mérite de préfigurer tout le bon coté ce qui sera fait d’ici les 20 années suivantes dans la franchise. Il serait donc hypocrite de ne pas voir en Timothy Dalton le père légitime de Daniel Craig. Tuer n’est pas jouer a préparer le terrain pour son Casino Royale…
Un grand pur film d’espionnage, subtil et intelligent. A voir absolument.

CE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS
-Comment Dalton a eu le rôle ?
Il fut déjà approché en 1969 mais refusa le rôle car il se trouvait trop jeune. Contacté au début des années 80 on lui annonce qu’il a toutes ses chances de succéder à Moore dès que celui-ci s’arrêtera. En 1985 après un casting géant, on retient trois acteurs : Sam Neil, médaille de bronze, Dalton, médaille d’argent mais indisponible car pris sur le tournage en Amérique de Brenda Starr et Pierce Brosnan (chouchou de Broccoli), médaille d’or à qui on attribue le rôle. Hélas la production de Remington Steele qui ne devait produire que 50 épisodes pour qu’il ait le temps d’enchaîner les tournages, réinjecte 6 épisodes de plus dans le contrat de Brosnan, piégant ce dernier.
La production prend donc 3 semaines de retard, ce qui donne pile-poil le temps à Dalton de finir Brenda Starr. Il finira son tournage un samedi, rentra à Londres dimanche, et commenca le Tournage à Pinewood dès lundi matin.
-dernier film a utiliser un titre de Fleming, jusqu’à Casino Royale, 20 ans plus tard.
-Premier film a être produit en collaboration avec la fille et le beau-fils de Cubby Brocolli. Une affaire de famille.
-On installa une infirmerie d’urgence pendant la séquence de bataille en Afghanistan. Un jour, un cascadeur s’est ouvert le radius et on du improviser une opération chiurgicale sur place dont Barbara Brocolli fut l’infirmière de service. ça c’est de la productrice !
-Episode anniversaire, sorti pour les 25 ans de la franchise au cinéma, en plus d’en être le 15ème.
-Lady Di another day ! Venus sur le tournage pendant l’exécution de la scène de Q du film, le Prince Charles et la princesse Diana en profitèrent pour visiter les studios, entourés des dizaines de journalistes et de photographes. Jeroen Krabbe conseilla la princesse de casser une bouteille en faux-verre sur la tête du Princes pour s’amuser, ce qu’elle fit. L’image fit le tour du monde et fut utilisée comme pièce a conviction évidente de la haine entre les époux princiers.
-à un moment un 8eme Moore était envisagé. Le scénario, plus auto-parodique que jamais devait emmener l’agent secret en Chine.
-Dalton accomplit une grande part de ses propres cascades dont quasiment entièrement celle du début, sur le dos d’une Jeep dévalant a toute allure une route sinueuse sur une falaise. Il n’était pas assuré pour.
-Toute une partie du film se déroule à Vienne, en hommage au Troisième homme car John Glen était assistant-réal sur ce modèle du film d’espionnage avec Orson Welles.
-John Barry fait un caméo comme chef d’orchestre.
-Ont tentés le casting pour le rôle de 007 : Christophe Lambert, Lambert Wilson, Sean Bean, Sam Neil et des milliers d’autres.
-Joe Don Baker qui joue le maléfique Whitaker, revint plus tard dans la franchise pour le rôle de l’agent de la CIA jack Wade dans Goldeneye et Demain ne meurt jamais.
-Le titre original est intraduisible, il vient de l’expression anglaise « scare the living daylights out of me », ce qui désigne un mélange entre sensations fortes, grande suprise, grande peur et grande excitation, un peu tout en même temps. Les titres étrangers incluent en Allemagne l’air de la mort, Risque Immédiatpour le Portugal, 007 : haute tension en Espagne, et nôtre joyeux Tuer n’est pas jouer national qui ironiquement fait que les 2 dalton comportent tous les deux le mot « tuer » dans le titre.
-Dernière apparition du Général Russe Gogol, personnage secondaire récurrent tantôt allié ou ennemi de Bond dans tous les films entre 1977 et 1987.

Revu hier soir. Et bin après Dangereusement votre, ça fait un bien fou ! Me souvenait pas de toutes les scènes, un bon moment donc.