Toute vérité n’est pas bonne à dire

mai 20, 2010 3 commentaires de

Cet article a été écrit par Mélanie, auteur invité du Blog-Bazar.

Dans le domaine de la bande dessinée espagnole, on peut dire que les éditions Dargaud ont fait preuve une nouvelle fois de flair. Ils nous avaient déjà fait frémir avec la publication de Blacksad, ils font maintenant pervibrer nos carapaces avec la parution de Ken Games. Certains appeleront cette ouvrage un polar, appelons-le tout simplement un Mozart.

C’est l’histoire de deux amis. Ils se sont connus à la fac de maths. La vie les a dirigé vers des horizons différents : l’un vers une thèse de mathématiques, l’autre vers la finance. Arrive Anna, la fiancé de TJ. Petite, fine, fragile aux grand yeux et maîtresse d’école. Jusque là, rien de bien méchant. Seulement voilà, tout les trois mènent une double vie : Pierre a abandonné ses études pour pratiquer l’analyse statistique sur les rings de boxe ; TJ se révèle être une lame en jeu de poker ; Anna se fait surnommé Ciseaux dans le milieu des tueurs à gage. Tous les trois font montre d’une amitié sincère. Pourtant, ils ne connaissent rien de la vie des autres. Petit à petit, les masques tombent…

Ken Games - Pierre Feuille Ciseaux

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Ken Games est un tryptique. Trois est le nombre d’or de cette BD. Trois personnages, trois tomes, trois mensonges. Car “the” Ken games désigne, dans le vocabulaire familial de Thierry-Jean Feuille, l’art de tricher. Tricher est certainement un art familial, c’est aussi un art de circonstance. Toute la question de ce travail réside en ce point : “toute vérité n’est pas bonne à dire”, sous-titre de l’ouvrage. De là s’imposent un certain nombre de questions : Quand naît le mensonge? Comment devient-on dépendant de lui? Les auteurs, Robledo et Toledano, ont su mener cette thématique avec subtilité et pédagogie. Au fil des pages, nous glissons à travers leurs voix dans les vies secrètes des protagonistes avec simplicité et finesse. Dans Ken Games, ce qui est intéressant, c’est qu’il n’y pas véritablement de menteur. Chacun d’eux nous confie l’histoire de son mensonge avec honneteté, sans broderie inutile.

Ken Games - raconter des bobards en jouant aux échecs

Cette honnêteté se traduit aussi dans le dessin. Les traits sont francs, le coloriage automatique, ce qui lisse le dessin tout en le pourvoyant d’un relief très net. De le même façon, le travail de luminosité est d’une qualité cinématographique qui a pour effet de renforcer l’aspect glauque des milieux dans lesquels on nous promène : les combats illégaux, les parties de poker qui tournent mal, les nettoyages de mafieux. La lumière dans l’ouvrage c’est aussi le miroir du temps passé et de la mémoire. La plupart du temps, le passé apparaît en transparence dans le présent, essentiellement pour signifier que le présent est habité épisodiquement par le passé, qui surgit de manière tout à fait fortuite, sans crier gare.

Les deux premiers tomes ont su nous surprendre à chaque tournant de page. Les rebondissements ne finissent pas de nous faire ricocher dans tout les sens. Pour couronner le tout, le deuxième tome s’achève dans un cliffhanger insoutenable qui nous laisse attendre avec ferveur la suite et la fin de intrigue. En somme, si vous ne souhaitez pas démarrer une thérapie chez votre psy trois par semaine et vous bourrer de Xanax pour essuyer cette dramatique attente avant de connaître l’ultime mot de cette aventure, ne lisez pas Ken Games.

Ken Games Tome 1 – Pierre (2009), ed. Dargaud, 13 euros 50

Ken Games Tome 2 – Feuille (2009), ed. Dargaud, 13 euros 50

Ken Games Tome 3 – Ciseaux (à paraître)

BD, Bibliothèque

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A propos de l'auteur

Guest... Mais qui est Guest ? Tout simplement un auteur de passage, une plume en voyage qui s'est arrêtée quelques instant pour nous écrire un petit quelque chose.

3 réponses to “Toute vérité n’est pas bonne à dire”

  1. fylyp82 says:

    J’aime beaucoup les couleurs, assez le dessin et beaucoup le thème…bref, à découvrir ! Je suis assez supris par la rapidité à laquelle le tome 2 a été annoncé (déjà en aout 2009). Ah, si tous les auteurs de BD pouvaient aller aussi vite !

  2. Kryska says:

    Ouh… ça donne envie ! Beau concept en tout cas. Dès que j’ai un peu de temps je m’y jette !

  3. grishka says:

    Sympa ! Et court, parce que mine de rien les séries à rallonge, sans fin, ne me font pas toujours envie. Mais là honnêtement je dis pas non. J’attendrais juste la sortie du tome 3 pour lire tout ça.

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