Operation Tonnerre

mar 23, 2010 5 commentaires de

THUNDERBALL de Terence Young
Ian Fleming’s Thunderball
1965

L’histoire :
« Cher Monsieur le Premier Ministre, deux bombes atomiques numérotées 456 et 457 qui se trouvaient dans l’avion OTAN 759 sont maintenant entre les mains du S.P.E.C.T.R.E. Vous paierez dans 7 jours 100 Millions de Livres Sterling (1 Milliard de francs). Faute de paiement, nous détruirons une grande ville anglaise ou américaine. Vous avez 4 jours ».
Les services secrets anglais doivent les arrêter par tous les moyens. C’est la guerre et le Commander Bond est en première ligne de front. Nom de Code : Opération Tonnerre !

LOO7K UP ! LOO7K DOWN ! LOO7K OUT !

HERE COMES THE BIGGEST BOND OF ALL !
Opération Tonnerre fait parti de ces films qu’on oublie pas. 4ème chapitre d’une saga qui est loin de s’essouffler, bien au contraire (du moins jusque-là…)
Après un Goldfinger pourtant parfait, OT ne rougit pas devant son aîné et opère un constat simple : il faut continuer sur la lancée et faire du bigger, larger and louder. Multiplication des scènes d’action (sans overdose toutefois), multiplication des Bond-Girls, multiplication des hommes de main (carrément une armée ici), un méchant plus méchant, des enjeux plus importants, et un Bond plus que Bond. Pas de répit pour 007 dans ce film, il est sur le pied de guerre dans chaque scène et il est plus viril que jamais. Sans doute parce que la menace est plus grande et qu’il est presque seul face à une armée, il se montre plus dur (et du coup plus proche de Fleming). Pour la première fois on le voit saigner, blessé d’une balle dans un mollet, le faisant boitiller pendant près de 10 minutes (énorme pour l’époque). Pour la première fois on le voit s’énerver, gueuler contre ses alliés comme ses ennemis tellement il est sous pression. Il va pas séduire la femme du méchant pour faire mumuse, et il fonce pas tête baissée dans la gueule du loup pour faire dans la dentelle, il fait juste ce qu’il fait le mieux, son job. C’est un requin, une machine de guerre souriante et charmante qui cache un caractère froid et sombre qui s’est débarrassé de toute éthique ou sentiment pour faire son travail. Les femmes sont nombreuses dans le film et il ne les distingue que pour leur faire l’honneur de sa présence au lit. Absolument révélateur de son époque et du coté iconique du personnage : c’est un gros macho tueur déguisé en gentleman, le bon vivant idéal des 60’s, autrement dit l’image type du playboy qui couche avec tout ce qui bouge et qui est susceptible de finir dans la page centrale de son magazine préféré seulement vêtu de…Sandales.

Le film est à l’image de son personnage principal : violent, sexy, classe, fun et jouissivement rétrograde pour l’image de la femme (laquelle y consent parfaitement a condition d’une nuit passée avec 007). Le film offre des paysages exotiques magnifiques (les Bahamas), de superbes femmes, des dialogues aiguisés comme des couteaux de boucher et une intrigue à rebondissements aux tonalités épiques qu’on a envie de suivre jusqu’au mot fin.
On est ici bien installés dans un spectacle réjouissant qui se moque des conventions et des bonnes mœurs de l’époque : ça bastonne, ça tue, ça saigne et ça baise dans tous les sens. Autrement dit c’est le paradis !

Ca c'est pas de la pêche au thon

Les +
-Sean Connery, toujours aussi remarquable.
-Le scénario qui amplifie tout ce qu’on a pu voir jusqu’ici en termes d’enjeux.
-Un dosage toujours impeccable entre les scènes d’action jubilatoires et les dialogues classieux .
-La James Bond-Girl principale (elles sont 5 au total) Domino, magnifique créature de la mythologie bondienne.
-Le méchant, Emilio Largo (numéro 2 pour les intimes), qui s’impose comme une bête avec son bandeau noir et son smoking blanc. Charisme très important.
-Un boulot magnifique sur la colorimétrie avec du bleu éclatant a chaque plan quasiment.
-La séquence de pré-générique avec le jet pack… ça marche a chaque vision.
-Les véhicules, dessinés et construits par Ken Adam. De la moto a roquette aux véhicules sous-marins en passant par l’Aston-Martin et le Disco Volante (un yacht énorme et ultra-rapide pouvant se scinder en deux)…Une production design superbe de bout en bout.
-Le générique de Maurice Binder, le premier jouant vraiment avec des silhouettes féminines et l’un des meilleurs de la série.
-les scènes sous-marines (révolutionnaires pour l’époque, qui fit construire des caméras spéciales avec lesquelles ils avaient une clarté et une profondeur de champ sous-marines dingues).
-Le rythme du film peut rappeler aux néophytes celui des Deux Tours : on connaît les enjeux, on est dedans dès le départ et on a une montée vertigineuse de l’action jusqu’à une énorme bataille finale et pourtant on sait que ça ne peut être au mieux qu’un prélude à la bataille finale…Impressionnant de calcul et de maîtrise.
-la musique de John Barry, jouant des thèmes sous-marins et sur le compte a rebours avec beaucoup de violons et de percussions. Un régal intégral pour les oreilles.
-le format 2:35 très bien utilisé avec des cadres rigides mais très bien composés.
-le film a 42 ans…et largement de quoi mettre une claque a la plupart de ses contemporains.

Les –
-La longueur et le rythme virils du film ne sont certainement pas à la portée d’un nouveau-né. Les douillets, les gonzesses et les réfractaires peuvent passer leur chemin.
-les chemises de Sean Connery et son maillot de bain : les seules fautes de goût kitsch du film qui transpirent a mesure que les années passent.

Note générale : 5,5/6
Sur l’échelle des Bonds : 7/7
Gigantesque blockbuster, monumentale démonstration de force technique et de créativité a donner le vertige, Opération Tonnerre est LE film d’action et d’aventures épique par excellence des années 60, et peut-être le dernier Bond de sa génération a aller aussi loin dans le « Larger than life » sans jamais virer au ridicule.
Un film indispensable pour chaque cinéphile qui se respecte et comme l’a dit un jour quelqu’un qui se reconnaîtra : « si d’autres ont fait mieux depuis, c’est parce qu’ils sont debout sur ses épaules ».

http://www.jamesbond007.net/Marshall/THUNDER.jpg

CE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS
-le box-office est assez parlant. Le budget était de 6 M $ (d’autres estimations parlent aujourd’hui de 9 M $, peu probable mais relativement envisageable.)
Les recettes ? 63 M $ aux USA, 141 dans le monde, l’équivalent total aujourd’hui de plus de 957 Millions de $ !!! Autrement dit le 4ème plus gros succès de tous les temps de l’époque (Aujourd’hui encore 26ème !).

-Opération Tonnerre signe la naissance de la Bond-mania :
Le film était plus qu’un film. C’était un phénomène. Partout dans le monde, il n’y avait que deux sortes de personnes : ceux qui avaient vu le film… et les gros ploucs !

La publicité était considérable : pas un seul magazine anglais ou américain de 1965, je dis bien pas un seul n’a pas fait une couverture sur le film, ça allait des revues scientifiques aux magazines féminins en passant par des généralistes comme LIFE. La b-o de John Barry devient un record de vente chez les disquaires. Très vite, on mis en place quelque chose qui n’existait que de manière très fugace dans le milieu du cinéma : le merchandising. Et ça marchait aussi bien que le film. Bien sûr il y avait le GI Joe James Bond, les voitures James Bond, mais il y eu aussi les montres, les jeux de société, les boomerangs, les jeux de cartes,les mugs, les vodka, les rasoirs, les parfums, les maillots de bains, les masques et tubas de plongée, les lunettes de soleil, les circuits téléguidés, les stylos, les t-shirts, les puzzles… Les enfants partent à l’école avec leur cartables James bond, ils portent des chaussures James Bond et ils dorment avec des pyjamas James Bond sur des oreillers James Bond et se sèchent avec des serviettes James Bond… Et bien sûr le livre, déjà best-seller depuis belle lurette, se revend a nouveau comme des petits pains.
Tiens d’ailleurs, revenons sur le circuit de course, produit en masse par Gilbert. Le jeu fut produit en quantité astronomique mais comme il était construit a l’étranger, il était défectueux, ce qui provoqua la fin de Gilbert, la plus vieille industrie de jouets aux USA.

Le film lui-même devient sujet a émeutes lors des avant-premières partout dans le monde au point que des dizaines de flics doivent surveiller les cinémas pour la sécurité des acteurs sur lesquels se jettent des milliers de fans…C’était dingue. Le succès du film est tel qu’a Manhattan et à Londres, des cabines spéciales sont créées a l’entrée des cinémas dans lesquelles on diffuse en boucle la bande-annonce du film pour les files d’attente. Dans des centaines de salles, le film est projeté 24 heures sur 24 pour accueillir les foules. A Londres, on organise même deux avant-premières tellement la demande est forte. A la sortie le film bat tous les records d’entrées et on dénombre pas moins de 70 films d’espionnage dans les deux années qui suivirent, tous tentant en vain de surfer sur la vague.

-Il fallu 30 ans et l’acharnement des fan-clubs de James Bond pour que la MGM et United Artists remontent le film avec toute la partition musicale. En 1965, John Barry eu de gros retards et ne put rendre ses enregistrements a temps pour le mixage final. Du coup, presque aucune musique n’est présente pendant la seconde moitié du film (véritable handicap pour les scènes sous-marines, quasi-totalement muettes). En 1995 le mal fut réparé et beaucoup de fans re-découvrirent le film, au grand bénéfice de ce dernier qui fait parti des préférés des fans depuis.

-Seul Bond a ne pas porter la patte d’un Broccoli en tant que producteur, dont le titre est revenu a Kevin Mc Clory pour des problèmes de droits. Pour suivre l’incroyable guerre que livra Mc Clory à James Bond rendez-vous dans la future critique du remake d’Opération Tonnerre : Jamais Plus Jamais.

-Premier Bond a être filmé en Panavision, d’où un format qui passé de 1:77 à 2:35, hautement plus cinégénique qui a son importance dans la grandeur du film.

-La chanson titre d’origine du film était « Mr. Kiss Kiss Bang Bang » qui était le surnom de Sean Connery en Italie. Il fut changé à la dernière minute pour la chanson éponyme « Thunderball » de Tom Jones et jusqu’à l’arrivée d’Internet cette chanson rejetée était une perle rare de collectionneur extrêmement dur a trouver en bon état, d’autant qu’il existait 4 versions de la chanson (dont une chantée par Shirley Bassey) et seulement l’une d’entre elles (chantée par Dionne Warwick) est considérée comme la vraie et bien sûr c’était la plus dur a dénicher… tout ça pour justifier la présence d’un club dans le film qui s’intitule le « Kiss Kiss Club »

-Puisqu’on parle de la chanson, Tom Jones a déclaré s’être évanoui après l’enregistrement a force de répéter l’ultime note ultra aigue de la chanson pendant 15 secondes… Quelle idée de vouloir répéter l’exploit de Shirley Bassey sur Goldfinger ! La compétition devait se jouer à celui qui parviendrait a gueuler le plus fort, le plus aigu et le plus longtemps possible…

-Le film eut 3 nominations aux oscars dont 1 de gagné, celui des effets spéciaux pour John Stears. Le point d’orgue de son travail est sans doute l’explosion finale du Disco Volante, produit en réel. Stears, sachant qu’il n’aurait qu’une prise, utilisa un mélange d’explosifs expérimentaux de ses potes de l’armée (ouais c’est sûrement illégal) (ouais ils s’en cognent). Le jour du tournage, ils installent tout, ils font péter leurs yacht et là, après une explosion monumentale, ils se demandent « mais il est passé où le bateau ?? » et en fait il en restait plus que des miettes, le truc avait littéralement volé en milles morceaux et il était pas petit, c’était un sacré morceau le Disco Volante.
A leur retour à l’hôtel, ils se rendent compte que toutes les fenêtres des voitures et des maisons de la ville ont volé en éclats. Oups !

-Un film promo (le premier du genre) fut diffusé a la télé américaine un mois avant la sortie du film. C’est une sorte de mockumentaire biographique sur Bond de sa naissance au 4ème film en reprenant la nécrologie que Fleming lui dédia dans l’épilogue de On ne vit que deux fois (le livre, pas le film). Le doc se mutait en making-of promo d’Opération Tonnerre accompagné de la dernière interview filmée de Fleming de son vivant filmé dans sa résidence de Jamaique, aka…Goldeneye.

-Le premier 007 où bond ne fume pas ! Et il ne prend pas de Vodka-martini du film, seulement quelques cocktails divers et du Champagne Dom Pérignon 55.

-On peut voir au début Claudine Auger, première James Bond-girl francaise et ex-Miss France, qui parlait tellement mal anglais qu’elle fut redoublée en post-prod.

-le Jet pack n’est pas un effet spécial. Il est bien réel. Il a été crée par un Français (de Bell) qui doubla Sean Connery pour les scènes de vol. Ce magnifique engin peut voler pendant environ 5 minutes et monter à plus de 100 mètres d’altitude. Des industriels, conscients du potentiel (surtout militaire), voulaient le produire en masse mais la machine produisait un bruit de plus de 120 décibels a chaque décollage/atterissage alors que la loi prévoit qu’un engin motorisé ne doit pas produire plus de 70 décibels au pire, ça rajouté à la faible autonomie de vol les découragèrent de la production industrielle. Cela dit une entreprise en construisit tout de même pour les garde-forrestiers dont certains se servent encore aujourd’hui notamment dans les forêts de séquoias en Amérique. On peut revoir l’appareil dans Meurs un autre Jour (« ça marche encore ce truc ? ») et dans d’innombrables copies, parodies, pompages, ect, ect, …

-Un quart du film se déroule sous l’eau ! Et l’action n’en pâtît jamais, bien au contraire…

- Peu de temps après la sortie du film, le département a effets spéciaux des studios Pinewood reçurent un appel de la Royal Navy pour leur demander (et c’est véridique) comment fonctionne le gadget de mini-respirateur sous l’eau dont on voit 007 se servir environ 7 minutes avant de devoir remonter a la surface. Ils furent très déçus d’apprendre que ce n’était qu’un accessoire qui ne fonctionnait que le temps d’apnée que pouvait garder les acteurs…

-Le seul James Bond où apparaissent tous les agents 00 (oui, tous les 9), appelés a un rassemblement général pour la crise par M. James Bond arrive en retard a la réunion et s’assoit sur la dernière chaise disponible, c’est-à-dire la septième en partant de la gauche.

-Le personnage du comte Lippe, agent du S.P.E.C.T.R.E. s’inspire largement d’un ami de guerre (pour pas dire d’espionnage) de Ian Fleming qui n’est autre que le Prince Bernard des Pays-bas, dont le nom de naissance était Bernhard von Lippe.

-les scènes des requins sont réputées pour leur réalisme, et pour cause, ils ont utilisé des vrais face aux cascadeurs et même face a Sean Connery himself qui en avait une trouille bleue. Pour l’un des derniers plans on voit un requin foncer sur bond tandis qu’il sort de la grande piscine. Celui-là était un mort tiré par un fil. Ils ont juste eu le temps de tourner une prise que les autres requins se sont jetés sur leur feu-frère pour le bouffer sauvagement. Le spectacle inspira l’équipe au point de l’inclure dans une autre scène pour détourner l’attention des prédateurs.

Winner of the George Abitbol Award en 1965

Ciné reste du monde, Cinéma

Related posts:

  1. DR. NO
  2. Bons Baisers De Russie
  3. Goldfinger
  4. Le Labyrinthe de Pan
  5. Casino Royale

A propos de l'auteur

Descendant direct des plus grands héros de l'espèce humaine, le Marv est un aventurier au coeur d'or, dont le courage et la bravoure sont si puissants qu'ils pourraient lui faire soulever des montagnes ou des jupes par la seule force de sa pensée et dont les exploits sont si impressionants qu'ils sont vénérés jusqu'au pays du soleil couchant. Sans peur, humble et d'une modestie folle, le Marv, ce grand romantique, est un passionné. Amoureux du cinéma depuis 1895, le Marv n'a de cesse que de bouffer de la pelliculle jour et nuit quitte à en exploser. Le Marv est particulièrement féru de cinéma de genre, de tout ce qui se prête à la subversion, la culture geek, la contre culture et qui montre les tripes de son auteur. Le Marv dèteste le politiquement correct et le cynisme. Mais ce que le Marv préfere, ce sont les films qui arrivent a aligner à l'image un sens aigu de l'awesomeness, un propos philosophique, une pertinence métaphysique, des femmes nues et des grosses explosions. Vous pouvez me retrouvez sur mon forum

5 réponses to “Operation Tonnerre”

  1. fylyp82 says:

    J’adore l’affoce du film. Et sinon… encore un dont je ne me sousivens que très peu. Il faut dire que j’ai dû voir tous les premiers bonds avec mes parents, alors que je navais que 8 ans.

    A revoir !

  2. Kryska says:

    Pareil pour moi ! Va falloir remédier à ça tès vite !!

  3. Marv says:

    Le meilleur Connery, en gros.

  4. Marv says:

    comment je peux donner des infos sur ouam ? histoire de ne pas finir fouetté ?

Laisser une réponse