Sweeney Todd, musique tranchante !

sept 13, 2009 2 commentaires de

"Pardonne-moi si j'te coupe..."

Vous aimez les comédies musicales, l’horreur gothique et l’humour macabre ? Bienvenue dans un monde où le chant et le sang se mélangent à merveille !

L’histoire de Sweeney Todd est fondée sur une possible synthèse de plusieurs faits divers qui se serraient déroulés au XIXème siècle à Londres. Un barbier, Benjamin Barker, injustement enfermé pendant 15 ans dans une prison australienne par l’infâme juge Turpin épris de sa femme, revient à Londres sous le nom de Sweeney Todd pour accomplir sa vengeance. Tout de suite ça met dans l’ambiance !

Adaptations

On découvre pour la première fois le barbier en 1846 dans une nouvelle de Thomas Peckett Prest intitulée The String of Pearls : A Romance, et publiée par The People’s Periodical à Londres. Nouvelle qui est adaptée dès 1847 au théâtre sous le nom de Sweeney Todd, the Demon Barber of Fleet Street.

Il existe plusieurs adaptations pour le cinéma, une en 1926 réalisée par George Dewhurst, puis une autre en 1928 par Walter West (avec Moore Mariott et Iris Darbyshire). Mais on retient d’avantage celle réalisée en 1936 par George King (avec Tod Slaughter) qui reprend le même scénario et le même titre que la pièce originale.

En 1979, Stephen Sondheim (rappelez-vous West Side Story…) transpose en comédie musicale la version de Sweeney Todd réadaptée pour le théatre en 1973 par l’auteur Christopher Bond. L’œuvre de Sondheim, bien que jamais représentée en France, acquière une très grande renommée aux Etats Unis et sur les planches britanniques.

Le projet d’adapter la comédie musicale n’est pas nouveau. Déjà en 1980, l’idée fût évoquée par Alan Parker, puis par Sam Mendes dans les années 90, qui proposait le rôle titre du sanguinaire barbier à Russel Crowe

Mais Stephen Sondheim, réticent, s’est longtemps opposé à l’adaptation de son œuvre sur la toile.

Finalement, trouvant satisfaction dans les propositions faites par Tim Burton, il accepte de lui confier son travail. Mais il reste vigilant quant au choix des acteurs, prenant même l’initiative d’auditionner certains d’entre eux, et plus particulièrement Helena Bonham Carter, pressentie dans le rôle de Madame Lovett tout comme Annette Bening, Toni Collette, ou encore Cyndi Lauper et Emma Thompson.

La recette du succès

Une bonne dose d’amour, un soupçon de meurtres, et un doigt de cannibalisme ; tout ça sur un fond musical d’une qualité remarquable. Voilà les ingrédients nécessaires pour assouvir la soif de vengeance d’un homme détruit par la vilenie d’un juge corrompu.

La beauté du film tient de cette parfaite alchimie entre le côté romantique de la comédie musicale et son histoire d’amour avec le côté «gore» des meurtres perpétrés par le diabolisme du barbier s’abandonnant à sa folie. On y retrouve l’esthétique gothique de Sleepy Hollow, un traumatisme suivi d’un désir de vengeance à la Batman, et des lames d’acier qui n’ont rien à envier à Edward aux mains d’argent. Un univers qui est bien celui de Tim Burton, bien que le film soit une adaptation de l’œuvre de Sondheim.

Johnny Depp passe ici en expert du personnage ambigu (vous avez dit Jack Sparrow ?), oscillant de la tendresse à la barbarie, créant un équilibre parfait entre féérie et violence.

Un film d’horreur en musique

Une fois n’est pas coutume, la bande originale n’est pas signée Danny Elfmann mais Stephen Sondheim. Dès les premières images du film, le décor est pausé. L’image est sombre et la musique commence sur des accords plein jeu, plaqués sur un grand orgue d’église, qui nous plongent dans une ambiance de messe funèbre… Puis on assiste à un lent crescendo qui nous amène vers une explosion de cuivres soutenue. La tension est là, amplifiée par les voix inarticulées des chœurs imageant les fantômes mentionnés par le Barbier.

Passion et violence

Le contraste entre le romantisme et la brutalité est saisissant. On attribuera les thèmes d’amour à la petite harmonie (flûtes, clarinettes, cordes…), et bien souvent les cuivres ainsi que les percussions soutiendront la voix du barbier dans ses chants tourmentés et violents. Le titre « My friends«  en est un bon exemple. On assiste aux retrouvailles entre le barbier et ses lames, grand moment de tendresse dans lequel la dame Lovett tente de lui avouer son amour. Dans un premier temps la mélodie est accompagnée par des nappes de violons, donnant toute la profondeur à la tendresse entourant le duo. Mais bientôt le désir de vengeance se fait plus fort et les violons s’agitent de plus en plus pour laisser place aux cuivres. L’apogée de la folie de Todd sera atteinte dans « Epiphany », avec un enchainement de thèmes tous plus endiablés les uns que les autres, entrecoupés de brefs élans de passion vite balayés par un orchestre en furie, plein de percussions incisives et d’accords cuivrés et saturés.

Par contraste, l’interprétation de « Green Finch And Linnet Bird«  est un véritable enchantement, amenant de manière plutôt inattendue fraicheur et pureté au milieu du tourment. On ne pourra tout de même pas s’empêcher de noter le rapprochement avec le cliché Disney d’une jeune princesse chantant son désarroi aux oiseaux… alors que son prince charmant l’observe par la fenêtre, entonnant un « Johanna«  plein de passion (qui deviendra le véritable hymne à l’amour du film). On retrouve un autre grand moment de tendresse grâce au duo entre madame Lovett et Toby avec « Not While I’m Around« , dans lequel on mesure la beauté des voix du jeune Ed Sanders et de Helena Bonham Carter.

Humour et comédie

Si le film est dans son ensemble axé sur l’horreur, il n’empêche pas l’intrusion de scènes humoristiques remarquables. Tout commence avec « Pirelli’s Miracle Elixir« , où quand le jeune Toby entonne joyeusement son discours sensé venter les miracles de l’élixir factice de son maître. L’introduction de « The Contest« , nous dévoile un Pirelli à l’accent italien surdimensionné, dans une parodie de chanteur d’opéra. On accueille plus tard un « God, That’s Good ! » avec le sourire, le thème de départ n’étant autre que celui de Pirelli’s Miracle Elixir. Sondheim nous lance ici un message, rapprochant la fumisterie des tourtes de madame Lovett avec l’élixir de Pirelli.

Performance d’acteurs

Pour cette adaptation d’une comédie à succès, il va sans dire que les puristes l’attendaient au tournant. Mais si nous avons ici affaire avant tout à des acteurs et non à des chanteurs professionnels, le résultat est tout simplement sublime.

Fort de son expérience de rocker des années 80, Johnny Depp est tout simplement excellent dans son interprétation, et Helena Bonham Carter, qui nous offre un magnifique « The Worst Pies in London«  s’avère elle aussi très convaincante.

Face à eux, on n’espérait pas mieux que des excellents acteurs tels qu’Alan Rickman, qui nous fait don d’un joli duo avec Depp intitulé Pretty Women.

On retrouve un Timothy Spall toujours aussi détestable et lâche que dans Harry Potter. Mais on retient d’avantage la performance de Sacha Baron Cohen en italien idiot et prétentieux chantant avec un accent exagéré, qui se fait humilier en public par un Sweeney calme et serein.

Le jeune Ed Sanders est sans nul doute la nouvelle révélation du film, mais les chanteurs Jamie Campbell Bower et Jayne Wisener, malgré de bonnes performances vocales, paient légèrement leur manque d’expérience d’acteurs.

Sweeney Todd est sans conteste un des meilleurs films de Tim Burton à ce jour. Et la volonté du réalisateur de respecter l’œuvre de Stephen Sondheim tout en l’adaptant en film d’horreur est une parfaite réussite !

Un grand moment de flippe en chanson qui signe un chef d’œuvre d’un nouveau genre.


Cinéma, CinéZik, Musique

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A propos de l'auteur

Passionné de new-techs, de zique à ouïr, de movies à mirer et de bouquins à dévorer ;-)

2 réponses to “Sweeney Todd, musique tranchante !”

  1. grishka says:

    Sympa à voir une fois, par contre j’ai peur que la deuxième soit un peu moins fun… la faute notamment à « Johanaaaaaa ». on verra bien ^^

  2. fylyp82 says:

    C’était ma surprise… j’avais pas calculé que c’était une comédie musicale avant d’aller le voir. Au bout de 20 minutes ou j’ai boudé dans mon coin (eh oui! les comédies musicales, ce n’est vraiment pas mon truc), et le départ de l’intrigue, j’ai trouvé ça pas mal.

    Avec le recul, je réalise que la bande son m’a pas marqué du tout… moins que le visuel du film en tout cas.

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