Rien que pour vos yeux
FOR YOUR EYES ONLY de John Glen
Ian Fleming’s For Your Eyes Only
1981
L’histoire :
Lorsqu’un navire britannique est coulé dans les eaux étrangères, les superpuissances mondiales se mettent à la recherche de sa cargaison : un système sous-marin de contrôle nucléaire. 007 est le seul qui peut empêcher le désastre.
NO ONE COMES CLOSE TO 007
Après un voyage dans l’espace avec Moonraker, Bond revient sur Terre au propre comme au figure.
La franchise passe dans les mains du réalisateur John Glen, excellent ancien réal de seconde équipe notamment sur OHMSS, et les deux bonds précédents. Pour cette montée en grade, il va avoir de l’exigence et de l’ambition, organisant son film comme une relecture/hommage d’OHMSS l’épisode Lazenby si injustement maudit que Glen veut rétablir une forme de justice cinématographique en forme d’honnêteté intellectuelle vers ce qu’il considère comme le meilleur des Bonds et celui qui lui a tout donné.
Bond revient donc à un ton bien plus réaliste, plus froid et plus terre à terre. Glen organise même le film comme une suite directe à OHMSS avec en séquence d’ouverture, une visite de 007 sur la tombe de sa femme se concluant par l’affrontement rapide et violent contre un Blofeld qui a gardé ses blessures de l’aventure des Alpes Suisses, induisant au spectateur que dans la continuité des Bonds, que tous les films sortis entre 1970 et 1980 ne comptent pas, ce qui ne serait pas si dommage si ça ne rayait pas de la carte au milieu des nanars des 70’s, l’excellent Espion qui m’aimait. Glen y répond donc en renvoyant aussi de nombreuses références à cet épisode précis, notamment dans le scénario, mettant Bond face à la Détente entre les deux blocs de la guerre froide et le contrôle de l’arsenal nucléaire.
En reprenant juste ces deux films comme repères, le premier Bond de l’époque Glen (il en fera 5 au total) aurait pu aisément devenir le meilleur de tous, c’est pourtant loin d’être le cas.
D’abord le film parait un peu hors-sujet dans l’ère Moore : celui-ci parait si sérieux, nerveux, colérique et hésitant qu’il donne un ton étrangement presque trop moderne. On y voit par exemple pour la première fois Bond-Moore tuer un homme de sang froid alors qu’il n’est pas en état de légitime défense. Ce modernisme et ce sérieux sont bienvenus, mais ils contrastent trop après 4 Moore calibrés sur l’humour. Ensuite le film en termes d’enjeux parait trop léger, après 2 épisodes frisant l’hystérie à ce niveau, c’était difficile de faire autrement avec cette nouvelle orientation réaliste. Cela dit, Bond reste bien Bond lors de séquences d’action spectaculaires et jouissives, comme une suite de séquences en skis épuisantes pour un 007 qui se retrouve en plein jeux olympiques d’hiver malgré lui. On peut aussi y voir Bond ficelé et saignant comme jamais, servant d’appât géant à des requins affamés. Le climax du film est une chute hallucinante et réalisée en réel du haut d’une falaise de Bond avec une corde, qui devrait logiquement le briser en deux sous l’impact !
Avec moins de gadgets et plus de vraisemblance, Bond est amené à utiliser sa tête plus que jamais. Pris entre les feux de deux groupes de narcotiques grecs, il offre un jeu de manipulation coutumier des agents secrets mais dont on avait oublié l’importance.
Par contre, ce qui choque dans l’ensemble du film, c’est la mollesse du ton général. Les Bond-girls sont peu passionnantes malgré leurs développements personnels (voir Carole Bouquet sous acides, anti-dépresseurs et alcools durs cependant procure un certain plaisir sarcastique), le méchant n’a pas grande envergure (malgré un nom à couper au couteau – Kristatos – et un acteur –Julian Glover- généralement à l’aise dans ce genre d’exercice). Même les alliés et les homme de mains divers et nombreux (dont un sosie effrayant de Claude Francois !) ne suffisant pas à remplir le film, mou dans ses dialogues et piétinant à essayer de modifier une formule dont ils sont de toute évidence prisonniers.
La partie humoristique est elle particulièrement ratée, notamment lors d’un final avec Margaret Tatcher qui serait drôle si elle n’était pas pathétique vu l’Etat du Royaume-Uni sous son règne.
Les +
-Roger Moore, vieillissant mais plus sage que dans les autres épisodes. Bond devient petit à petit un vétéran qui se prépare à une retraite. Les Bond girls rajeunissent et lui prend de plus en plus de rides et de kilos. Plus que jamais, les 3 derniers Moore seront l’image caractériel et quasi-suicidaire d’un homme qui refuse de vieillir et de mourir bien qu’il soit de plus en plus dépassé par un monde qui l’entoure, de plus en plus changeant. Mais contrairement à Connery, Moore assume son poids des ans, ce qui empêche ses derniers Bonds de tomber dans le ridicule.
-Les très nombreuses références à OHMSS dont les scènes de skis, une scène de la plage reprise au millimètre près et bien sûr l’ouverture sur la tombe de Tracy accompagné d’un dernier retour de Blofeld.
-Les séquences d’actions, toujours remarquables et réussies malgré la pire poursuite en voiture possible : Bond en 2CV !!!!
-La réussite de scènes sous-marines, très lumineuses et claires.
-La cascade de la chute en falaise, LE moment bondien du film, faisant entrer visuellement Bond dans les 80’s.
-La musique de Bill Conti, pompière et parfois trop grandiloquente, elle a le mérite de proposer une alternative intéressante et originale au monde musical de John Barry.
Les –
-La James Bond-Girl, Carole Bouquet. Belle et jeune, mais visiblement et totalement droguée. Allons, Carole, les placements de caméras entre les prises étaient si longs et si ennuyeux qu’il a fallu que tu piques dans la réserve de tonton Roger ? Mais c’est pas joli-joli dis moi ! Et si t’es pas contente, retourne en France tourner des films que personne verra, au moins tu pourras faire les plateaux télés quand tu voudras pour te plaindre des paparazzis….Et c’est ce qu’elle fit.
-Le méchant, ses hommes de mains et les alliés de Bond, tous manquant plus de charisme les uns que les autres.
-La chanson-titre de Sheena Easton, l’un des plus faibles de toute la saga. Inaudible.
-La mollesse de l’ensemble donnant un rythme trop lent au film. Impardonnable pour un Bond.
-L’humour, lourd ou pas drôle, au choix.
Note générale : 3/6
Sur l’échelle des Bonds : 4/7
Moins bon que la moyenne car pas assez larger than life mais contrebalancé par une modernisation débutante et aussi bienvenue que déroutante, cet hommage à OHMSS est assez agréable sans arriver à des hauteurs remarquables, faute à une mollesse entre les séquences d’action. A voir pour les complétistes, les autres pourront passer leur chemin.

Là c'est le bouquet... (désolé)
CE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS
-Sept Bonds pour Roger Moore et leur grand point commun c’est qu’ils ont tous quelque chose de français. Cette fois c’est la Bond-Girl Carole Bouquet qui assurera le coté frenchy. bon ok y’a aussi une 2CV jaune.
-Premier film a adapter pas un roman de Fleming mais une de ses nouvelles. Comme d’habitude depuis 1974, on ne reprend que certains éléments ou détails de la nouvelle comme le nom des personnages ou certaines scènes d’action dont une prise dans Vivre et Laisser Mourir où Bond et Bouquet sont trainés le long d’un yacht pour servir d’amuse-gueule à faune locale, de grands requins blancs.
-Pour la première et dernière fois dans un générique on peut voir l’intérprète de la chanson-titre chanter à l’écran avec ici Sheena Easton, chanteuse célèbre du début des années 80.
-Dû à la mort de Bernard Lee en 1980, le film est le seul de la franchise à ne pas avoir de M. Celui-ci sera remplacé par Geoffrey Keen dès l’épisode suivant jusqu’à son remplacement en 1995 par Judi Dench.
-Premier scénario de Michael G. Wilson, beau-fils de Cubby Broccoli et futur producteur officiel de la série dans les années 90, encore au poste aujourd’hui. Son but sera de toujours plus moderniser 007 tout en restant populaire et fidèle à Fleming. Les 3 étant difficiles à concilier, le petit aura pas mal de boulot pour les 25 prochaines années.
-Le méchant Kristatos est joué par Julian Glover, vu en lieutenant impérial sur Hoth dans l’Empire Contre-Attaque et en sale collabo nazi dans Indiana Jones et la dernière croisade. Il avait fait le casting pour jouer Bond en 1962.
-Une des Bond-Girl secondaires est jouée par Cassandra Lissl, à l’époque mariée à un beau jeune homme dont on disait qu’il pourrait faire un bond idéal d’ici quelques années….C’était Pierce Brosnan.
-Comme Madame Bouquet était allergique à l’eau pour problèmes de sinus (remplis d’une étrange poudre blanche à ras bord semble-t-il), ses gros plans sous-marins furent tournés en studio. Un filtre flou et bleuté, ainsi que l’incrustation de bulles d’air et de ventilateurs pour mimer le mouvement de l’eau fut mise en place pour parfaire l’illusion, donnant un cachet très (trop ?) net aux gros plans sous les eaux.
-A la fin du générique de l’Espion qui m’aimait on peut lire « The end of The Spy Who Loved Me… James Bond Will Return in… For Your Eyes Only ». Mais l’arrivée de Star Warschangea les plans de la franchise et Rien que… dut donc passer un tour.
-Ce film a sauvé United Artists. Après plusieurs flops au box-office ayant entrainés un trou de 40 Millions de dollars de dettes, Rien Que Pour Vos Yeux rapporta près de 200 Millions, sauvant U.A. de mettre la clef sous la porte. Cela dit, ils furent contraints de vendre leurs droits d’exploitation de 007 à la MGM dès le prochain épisode.
-Record du monde du plus gros saut en escalade… en terminant le saut vivant, ça va sans dire.
-Roger Moore a admis s’être bourré la gueule de bière mélangée à une bonne dose de Valium pour ses scènes d’escalade.
-Premier Bond de l’époque Peter Lamont, remplaçant de Ken Adam, définitivement parti. Lamont sera le décorateur des 9 bonds suivant. Il fut nominé aux oscars pour son travail surl’Espion qui m’aimait, Aliens et reçu le prix pour son travail littéralement titanesque sur…Titanic.
-L’affiche du film créa une polémique. Les jambes de la dame étant apparemment trop visibles et trop nus vers la zone fessière, ce qui poussa plusieurs mouvements conservateurs à boycotter le film. Aux Etats-Unis, dans plusieurs villes du Sud, le film eu la mention Interdit aux moins de 17 ans pas pour son contenu, mais juste pour son affiche (qui était d’ailleurs interdite ou censurée) ! La polémique fut telle, qu’elle aida énormément la pub du film et son succès en salles.
Voici donc rien que pour vos yeux, l’affiche officielle de Rien que Pour Vos Yeux !


Dire que je m’étais endormi devant celui-là une fois…