Quantum Of Solace

QUANTUM OF SOLACE de Marc Forster
2008
L’histoire :
Même s’il lutte pour ne pas faire de sa dernière mission une affaire personnelle, James Bond est décidé à traquer l’organisation qui a forcé Vesper à le trahir.
Quantum est partout. Quantum contrôle tout. Mais lorsque Quantum mets au point un plan pour conquérir les ressources naturelles d’Amérique du Sud, elle se retrouve face à une machine a tuer implacable.
“A VERDADE SERÀ REVELADA A QUALQUER PREÇO”
“La vérité sera révélée à tout prix”.
Voilà ce que nous annonçait l’affiche brésilienne du film.
Et c’est bien la seule accroche pertinente que j’ai pu trouver pour parler de Quantum Of Solace. Car croyez-bien, chers lecteurs fidèles, que trouver la vérité a propos de ce film est certainement la tâche la plus ardue qu’on puisse confier à un critique spécialiste de la matière en question. Quand à analyser la bête et à en saisir l’essence, voici un défi digne de figurer parmi les douze travaux d’hercule.
La vérité ? La vérité… La vérité c’est que Casino Royale n’était qu’un écran de fumée. Une illusion venue du fond des âges. Un mensonge. Le mensonge d’un compromis, une union sacrée entre le grand public et les fans les plus hardcore de bond, scellée par les hommes de l’ombre derrière EoN. Car sinon, comment expliquer une telle harmonie unanime derrière les critiques des deux camps sur le 1er Craig et une telle cacophonie assourdissante sur le 2ème ?
“we have people everywhere” avertit Mr. White au début du film. On peut en dire autant des détracteurs du film à travers le monde et pourtant, comment expliquer en face un tel raz-de-marée de lauriers jetés par les purs et durs de la saga ?
La vérité c’est que Casino Royale n’était pas aussi révolutionnaire qu’on a bien voulu nous le faire croire, reposant sur une structure Brosnanesque déjà usée mais gentiment nettoyée. L’adhésion des fans ne venaient pas du film en soi mais du progrès qu’il représentait. C’était un symbole pour nous parce qu’enfin, après plus de 40 ans de variations cinématographiques, on avait enfin le vrai Bond, celui de Fleming, dans son essence la plus brute. Cet homme est un assassin, une machine à tuer. Et enfin, pour la première fois, on avait son drame fondateur, ses vraies origines. Bond, C’est pas un héros parfait venu de nulle part, c’était un homme avant de devenir 007 et il fallait qu’on montre à l’écran comment ce type est passé de bulldozer bourrin au meilleur des meilleurs. Il fallait un sacrifice, il fallait qu’on comprenne que pour montrer le vrai James Bond, il fallait revenir à la source, à Ian Fleming, à sa dureté, son sens de l’innovation, son humanité en même temps que son aventure. et Casino Royale c’était ça. Peu importait la radinerie en action, les parties de poker interminables et l’humour faussement subtil, enfin on avait droit au Bond qu’on attendait. Et là où on s’est trompés, et c’est ce qu’a vraiment révélé Quantum of Solace, c’est qu’on pensait que le public avait finalement compris qui était le “vrai” James Bond. Que ce n’était pas vraiment celui de Connery, Moore ou Brosnan, mais bien au contraire celui de Lazenby et de Dalton. Monumentale erreur.
La vérité, c’est que le grand public, malgré Casino Royale, n’a jamais rien compris à James Bond. Car bien plus que l’aura jamais fait son prédécesseur, Quantum achève la révolution et pose définitivement le vrai James Bond dans le monde moderne. L’excuse de la suite directe n’est en rien une nouveauté (dès le deuxième film, Bons Baisers de Russie, Blofeld parlait à ses troupes de venger la mort de Dr. No, si ça c’est pas de la suite directe alors rien ne l’est), tout ça n’est qu’un prétexte ! Un prétexte pour barbara Brocoli et Michael G. Wilson, qui connaissent le personnage sur le bout des lèvres et qui peuvent enfin avec Daniel Craig démontrer tout leur savoir accumulé en 20 ans et bâillonné par le politiquement correct et le marketing de masse du consensuel de l’ère Brosnan. Car parler Quantum revient à parler de Permis de tuer, le dernier Dalton, de 89, qui constituait la dernière tentative de coller à l’esprit de Fleming tout en trouvant un chemin juste, digne et fidèle de toute la richesse du personnage. Quantum est donc un nouvel essai de revenir aux meilleurs fondamentaux, ne pas se préoccuper des fausses croyances ignares du public en ce qui concerne la saga, et tout faire pour vraiment produire cet élan d’évolution, quitte a perdre du monde en chemin.
Mais faire ce qui est juste n’est jamais ce qui est le plus facile. Car Bond et cet épisode en particulier est aussi le produit de toutes les contradictions. Et à placer dans le contexte de la grande fresque de la saga, Quantum of Solace est un morceau de pure folie, un film de malade mental, étonnant, imprévisible, extraordinaire, terrible, insensé et grandiose. Mais tout ça a la fois et sur toute la durée du film.
Et ce qui fait que le film soit la somme d’éléments aussi contradictoires, c’est que pour la première fois en 20 ans, un Bond est devenu plus que le résultat du travail d’une équipe technique, de ses producteurs et scénaristes. Il porte aussi la voix de son réalisateur. Pas une ombre opaque sur certains aspects ou quelques scènes, non là c’est une vraie marque, une signature, celle de Marc Forster. Et ce type fait résonner dans tout le métrage la plus belle contradiction, a la fois le plus intéressant du film et le plus fâcheux. Le plus fâcheux, c’est qu’il ne connaît rien à Bond quand il arrive à la barre du film et encore moins à la fabrication d’un blockbuster. Il ne comprend pas grand chose à la technique, ne regarde pas les combos pendant le shooting et ne prête attention qu’au jeu des acteurs. Pour un Bond, c’est plutôt emmerdant. Mais il amène aussi avec lui dans ses bagages un beau cadeau et salvateur pour la franchise : de la folie. Là où la magie semblait avoir foutu le camp des épisodes précédents malgré tous les artifices et références employées, Forster s’amuse comme un gosse et fait carrément de l’expérimentation ! Du jamais vu en 25 films ! Alors parfois il se goure (les transitions foirées) parfois il touche très juste (la scène de l’opéra) mais au moins il essaye ! Il tente quelque chose ! Et cet effort, à une époque où 95% des blockbusters sont le produit de financiers tenant en laisse des yes-men serviles à la solde de leur dieu-dollar n’ayant jamais entendu parler d’intégrité artistique ou d’innovation, c’est quelque chose de tout bonnement remarquable. Arriver à ce niveau de démence dans la manière de penser les plans et de les découper et de les composer et de les monter, dans une franchise aussi vieille et aussi balisée par le cahier des charges selon ses critiques, c’est même pas rare, c’est unique.

Oh, bien sûr, un Bond ne serait pas un Bond sans des éléments de la bond formula et on en trouve encore dans Quantum : la séquence de pré-générique, le générique, le smoking, les bond-girls, l’exotisme globe-trotter, les scènes d’action, les seconds rôles de la mythologie… On a encore des repères familiers sur lesquels s’appuyer. Mais justement, Forster s’en sert comme des armes pour appuyer encore plus son décalage. Ce Bond est unique dans bien des catégories et de bien des manières : le gunbarrel est placé à la fin du film, la bond-girl principale n’est jamais conquise, le méchant n’est qu’un pantin, les bons se poursuivent entre eux, Bond échoue a peu près dans tous ses objectifs fixés… Mais tout a du sens, chaque scène produit du sens. Les scènes d’action sont liées entre elles, au niveau le plus naturel, les 4 grosses séquences se partageant
les 4 éléments (l’avion=l’air, le bateau=l’eau, la voiture=la terre, l’hôtel=le feu). Parce que Bond affronte un ennemi invisible, tellement éparpillé sur le globe, tellement vaste et numériquement inchiffrable qu’on ne peut pas les voir tous en même temps, on ne peut pas tous les arrêter et stopper tous leurs plans d’une baguette magique. 007 ne peut donc que se débattre contre ce fait et se démener contre les éléments de la planète, renverser les lois des la probabilité, rendre possible l’impossible. C’est pour ça qu’il est si important et si fondateur de commencer par cette course-poursuite furieuse en début de métrage, plaçant la caméra au centre de l’action, au milieu du fracas de tôle au lieu d’être en retrait, pour montrer encore plus l’exploit physique et la rage tenue dans la vitesse et les chocs, rendant la scène volontairement trouble dans les repères spatiaux. Pour montrer qu’ici la folie règne, que chaque mouvement insensé est une prise de risque suicidaire et qu’on est tombé sur un épisode où ça va faire mal !

Trop de café...
Oh oui, ça va chier, ça va chier grave. Voilà que le mec qui se prenait pour le grand chevalier servant faillit à sauver la demoiselle en détresse de service, la même demoiselle qui l’a trahi. Son premier réflexe c’est de se placer en mission, en mission sacrée. Il faut qu’il restaure son honneur. Qu’il venge les morts. Qu’il se venge lui-même. Laver la faute, terrasser la culpabilité en châtiant les méchants. Quitte a se défouler sur le premier gros poisson coincé dans les filets faute de pouvoir prendre le banc entier.
Oui, parce que se donner des airs de justicier valeureux n’est pas tout et l’habit ne fait pas le moine. Pour commencer, il laisse encore glisser entre les mailles Mr. White (le véritable grand méchant de l’ère Craig à ce jour, puisque déjà seul ennemi récurrent en deux films depuis Jaws et Blofeld !) et un peu comme Alice, en voulant rattraper le gros lapin en retard, (pour compléter l’analogie, Mathis lui propose même des pilules qui “font grandir”) il finit par tomber sur d’autres putain d’énergumènes en tombant dans le trou. C’est pas une métaphore, il tombe vraiment dans un trou ! L’un des plus beaux plans du film, montrant en plan continu dans l’action la chute de Bond et du type qu’il pourchasse à travers une baie vitrée et se ramasser la gueule sur des étages de chantier en bois. Même la cascade a du sens. Le saut dans Goldeneye, c’était un saut dans le vide mais sécurisé par une corde élastique. Le saut dans Quantum, c’est peut-être se casser la gueule, mais c’est se casser la gueule pour survivre à tout prix.
M lui sert de conscience et lui balance toute la psychologie de bazar possible tout le long du film pour faire comprendre aux néophytes ce que bond traverse. Oui il est en down dans ce film, mais ça va bien plus loin que ça. Quand un type normal fait une dépression, une vraie dépression, ça peut déjà être spectaculaire en soi. Mais si c’est une icône qui le fait ? ça deviens une super-dépression. Et c’est ce que traverse Bond : 200 km a pied de mauvaise route. Bond étant Bond, il se forge une image, une carapace, il est dans le déni, il renie tout attachement à Vesper. Mais qu’il le veuille ou non, tout ce qu’il fait, tous les endroits où il va, toutes les personnes qu’il rencontre, toutes les épreuves qu’il va traverser, tout reflète ce qu’il endure à l’intérieur. Au niveau du propos, ça a toujours été la plus grande qualité des meilleurs bonds : l’émotion a elle seule ne suffit pas. l’action a elle seule ne suffit pas. Mais le Cinéma a ceci de magique, qu’il peut redéfinir l’esprit et le corps d’un seul bloc entier. Il s’agit bien de métaphysique dansQuantum of Solace. Bond se définit lui-même comme un “salaud au coeur de pierre” pour cacher toute once de sentiment. Il dit qu’il n’est motivé que par le devoir, mais il accomplit son job plus comme une machine que comme un homme. Il se salit en costume, se confond avec la terre, la poussière et les pierres, reprend des forces dans une caverne, au milieu des rocheuses. C’est donc pas un hasard qu’on se retrouve dans l’épisode le plus aride et sec de la saga. Dans les scènes de désert, l’air y est presque irrespirable, tout n’y est que vice, mort et désolation, la transpiration se lit sur chaque visage, les flammes achèvent la symbolique : si on est pas en enfer, en tout cas ça y ressemble drôlement. Et pourtant, même en traversant cet enfer, en se refermant sur lui, plus dur que la roche, Bond ne peut échapper à son humanité. Du moins le fantôme ou le vague souvenir de son humanité. Et cette preuve d’humanité, c’est cette culpabilité surhumaine. Il ne dort plus, combat le sommeil avec l’alcool (évidemment a coups de vesper-martini, et au passage s’en enfiler 7 comme il le fait en une session sans faire de coma éthylique c’est du domaine du cas médical unique), vole la photo de Vesper incognito, porte son collier comme un chapelet. Et son monde n’en finit plus de s’effondrer, n’en finit plus de brouiller les pistes entres bons et méchants, les loups sont dans la bergerie, avec des taupes au MI-6, des corrompus dans la police bolivienne, à la CIA, dans le gouvernement britannique, des salopards partout, rôdant dans l’ombre pour élaborer de sombres plans machiavéliques. Et c’est là que Quantum deviens un élément essentiel de la saga. Parce que même si Bond remporte une victoire contre Greene à la fin, il est loin de saisir l’étendue colossale du groupe qu’il affronte, encore plus loin de les arrêter.
Et le réel climax du film (si on met de côté le parcours personnel de Bond), il se trouve au milieu du film.
C’est la séquence de l’Opéra de Bregenz.
Tout est là-dedans. D’abord le décor gigantesque rappelle la grande époque des constructions folles de Ken Adams. On a l’oeil central qui fait immédiatement penser à un dessin très connu d’une couverture de Rien que pour vos yeux(au-delà des symboles évidents à la big brother ou religieux que suppose un oeil géant qui observe un homme). Ensuite on a le fait qu’on se trouve dans un théâtre ouvert géant, en pleine représentation, que Bond se place côté coulisses, quasiment sur scène, les méchants faisant parti du public. Rien que là, y’aurai de quoi parler des heures de la mise-en-abîme et de sa pertinence précise à ce moment-là du film et de la franchise entière. En plus de ça on a la grande réunion entre les “vrais” grands méchants du film. Des visages inconnus, des plans de salopard à échelle mondiale, c’est a peu près tout ce qu’on aura d’eux, ça et l’assurance que Mr. White fait partis des têtes de listes à zigouiller dans l’avenir proche. On rajoute à ça le fait que la représentation donnée c’est pas n’importe laquelle, c’est un opéra et pas n’importe quel opéra, La Tosca de Puccini. Même la scène est pas innocente, c’est le moment précis où Scarpia (le méchant) révèle au public son diabolique plan de piéger Tosca (l’héroïne) en se servant de ses sentiments contre elle. Je veux dire, à ce stade, les niveaux de réalité se croisent même plus, ils se font carrément l’amour. Et donc c’est d’une logique pure et imparable que la musique d’opéra prenne la place de celle de David Arnold dans l’action, et ça l’est autant de mêler dans un montage volontairement rapide images de l’opéra (celles de violence et de mort évidemment) et plans de la scène d’action pendant la fuite de Bond. Et y’a encore du rab derrière : Bond emmène un des types qui le pourchassent sur le bord du toit pour l’interroger(énorme référence à l’Espion qui m’aimait), le fait tomber, et il finit par se faire descendre par les hommes de Greene quelques étages plus bas. Le type en question faisant parti des services secrets, Bond est immédiatement accusé de son meurtre, et deviens du même coup un agent renégat. En une séquence, la vie du personnage principal a pris les proportions d’un opéra géant, ses ennemis ont été révélés, il est incapable de les arrêter et il est devenu un paria au yeux des siens.
La symbolique est tellement écrasante qu’elle conditionne toute la suite du film (voire même les prochains épisodes). ça va du plus évident (les méchants portent des noms de couleurs, greene, white, slate) au plus subtil (Camille porte des traces de brûlures, Fields termine “noyée” dans du pétrole) en passant par le carrément nébuleux (le bateau que conduit bond se nomme “gardien des étoiles”…). On est plus tant dans le film de vengeance annoncé mais plutôt dans la fouille profonde de la psychologie de Bond, dans son analyse la plus brutale possible. Pas étonnant donc que Amalric ou les hommes de main (dont l’incroyablement médiocre Anatole Taubman) soient des pantins, des méchants de petite envergure et sans réel relief. Pareil pour les filles, Camille n’est même pas un coup de passage et Fields n’a que 3 scènes. Et toujours pas de Moneypenny ni de Q. Leiter ne sert qu’a combler les trous de l’histoire. Les seuls personnages secondaires vraiment notables c’est Mathis et M, et ils passent leur temps à analyser Bond, à essayer de trouver la faille. Tout ça démontre que les rôles seconds on s’en fout ici, tout le film est orienté sur Bond lui-même, sur l’épreuve qu’il traverse. Bon, bien sûr, on nous donne des enjeux (relativement) importants sur l’Amérique du sud, il faut bien qu’il y ait un but, une mécanique, un moteur aux scènes d’action. D’autant que c’est plutôt bien vu dans la logique du propos du film : Bond est une pierre, un gros caillou bien sec et il trouve une réserve d’eau naturelle énorme dans les entrailles des roches boliviennes. Evidemment. Aah c’est pas forcément très recherché ça c’est sûr, mais au moins y’a de la cohérence et de la pertinence. C’est peut-être même un message lancé au public : il faut creuser, exploser les strates à la dynamite s’il le faut, mais derrière le mur de ce visage froid et impassible (plus flemingien tu meurs), y’a une réserve de quelque chose de pur et en quantité astronomique qui sommeille. Est-ce que c’est les larmes ? son âme ? sa culpabilité ? ou de manière plus générale son côté humain ? Ou un peu de tout ça…. Pas besoin de trancher, l’important est que le lien soit mis à l’écran, qu’il sois transmis au public de façon consciente ou inconsciente (probablement la deuxième hypothèse pour 99,99% des spectateurs) du moment qu’il est transmis. Faut aussi noter que pour la première fois depuis plus de 20 ans Bond n’a aucune scène passée sous l’eau… et qu’a l’inverse, il a une scène au milieu des flammes et deux autres séquences d’action en plein air représentant sa verticalité car sur le plan analytique, bond est un héros qui monte ou descend mais reste immobile, figé dans le temps et ne peut pas aller “de l’avant” ou en arrière. D’où la poursuite sur les toits comprenant sauts, chutes et références à Vertigo, et d’où la scène de dogfight avec un vieux DC-3 à la mort aux trousses, ou l’avion va le plus haut possible avec de se crasher, pendant que Bond effectue sa chute sans parachute comme dans Moonraker. Si ça c’est pas de la verticalité…et d’ailleurs c’est un truc que vous pouvez voir transparaître dans chacun des films. Parce que dans la tête des producteurs, chaque nouveau Bond doit être meilleur que le précédent, aller encore plus haut….Pas pour rien que le mec s’est retrouvé éjecté dans l’espace au bout de 11 films…
Le plus drôle c’est que tout cette histoire de profondeur psychologique sert finalement de belle excuse pour que Bond reprenne ses racines de Fleming et se montre plus violent, plus brutasse et plus badass que jamais. L’exemple le plus frappant se trouve au final d’Amalric : on pense que 007 a enfin compris la leçon, qu’il faut pas se venger parce que ça sert à rien, il semble sauver Greene d’une mort certaine et en fait non non non, c’est juste pour lui réserver une mort encore plus pénible et sadique ! Tiens Mathieu, amuse toi a boire de l’huile de moteur dans un désert sans fin, ça t’apprendra a faire des films avec Depleschin, enflure ! Badass, je vous dis…
Par contre, le mec qu’il a toutes les raisons de buter, celui qui a entraîné Vesper dans sa chute, quand enfin il le retrouve, il l’épargne ! Tu m’étonnes que le public comprenne plus rien au personnage quand tu lui sers une aussi énorme contradiction en 3 minutes !
Mais bon, le boulot est fait. La parenthèse est bouclée et la révolution semble enfin achevée avec ce plan du collier s’engouffrant dans la neige façon OHMSS. L’homme a trouvé sa “source de réconfort”, son Quantum of Solace.
Il est pour toujours condamné, emprisonné dans son propre esprit et n’aura plus qu’un but dans sa vie : faire pénitence en servant la Reine jusqu’à la mort.
Il fallait montrer comment James était devenu Bond, c’est fait. Il fallait montrer pourquoi Bond a du devenir 007, c’est accompli. L’icône est née, dans la douleur et le sacrifice. C’est maintenant que les choses sérieuses commencent.
Et c’est très bien comme ça.

Les +
-Daniel Craig, d’une justesse absolue. Le plus dur et froid des Bond, c’est lui. LE vrai Bond.
-Ian Fleming est honoré, et pour une fois pas juste référencé ou adapté mais analysé avec sérieux et pertinence.
-Gemma Arterton. Strawberry Fields Forever.
-Olga Kurylenko. Presque une silhouette des génériques à l’état brut et qui remplit bien son job.
-Quantum. Le nouveau SPECTRE est enfin là, et il est pas là pour jouer les figurants.
-David Arnold, qui livre son étude la plus poussée sur les thèmes profonds. Un vrai travail d’analyse musicale.
-le générique, avec enfin, le retour des silhouettes.
-la chanson de jack Black/alicia keys, dans la lignée de celle de chris cornell, même si moins puissante.
-la séquence d’ouverture en Aston-martin, donnant le tempo du film.
-le plan continu de la chute à Sienne.
-La séquence de dogfight, suivie de la chute suicidaire. Du pur Bond larger than life comme il en faut.
-La séquence de l’opéra, une des scènes les plus oniriques de toute la saga.
-le final dans l’hôtel. Les flammes et les explosions achèvent le visuel violent du film.
-la direction de la photo, magnifique.
-Marc Forster. Autant tout ce qu’il tente ne fonctionne pas forcément(les erreurs de montage, c’est lui), mais il impose une vraie marque de réalisateur et ça change tout.
-toute la symbolique, la profondeur, la substantifique moelle du film, vertigineuse et donnant une multitude de niveaux de lecture.
-la production design, très orientées sur des décors en extérieur, donnant une empreinte éclairée et lumineuse.
-les paysages très bien trouvés. Le désert (du chili) en particulier.
-le rythme. le film allant très vite et étant très court, on a pas le temps de s’ennuyer (ni d’aller pisser).
-le scénar, qui arrive a condenser en phrases quasi mono-sylinbiques et en très peu de scènes le monde moderne, le parcours de Bond, les obligations financières et des enjeux importants avec une sacrée cohérence.
-le peu d’humour, bien dosé.
Les –
-la sensation de vide, venue du peu de personnages (notamment dans la scène finale) là où il devrait au contraire y avoir plus de monde pour élargir les enjeux humains.
-l’épaisseur mono-dimensionelle de la plupart des seconds rôles pour cause de bondo-centrisme.
-Amalric. C’est pas qu’il joue mal ou qu’il a peu d’expressions faciales possibles, mais il a la malchance de tomber sur un rôle construit sur trop peu, sans tares bondiennes, sans réel but personnel…difficile de s’exprimer vraiment quand on est réduit à un costume vide, et qui plus est incompétent sur le plan physique. Un des plus mauvais méchants de la saga.
-Anatole Taubman en Elvis. Forster a pris un de ses potes pour un rôle-gag inutile et contre-productif : si c’est pas le plus mauvais des hommes de mains de la saga, en tout cas il en est pas loin.
-des incrustations de couches d’effets spéciaux un peu voyantes sur quelques plans.
-la séquence en bateau, mal filmée.
-l’absence de Q et de Moneypenny.
-de vulgaires erreurs de transitions dans le montage, notamment ce freeze-frame incompréhensible avant le générique de début du plus mauvais goût.
Note générale : 5/6
Sur l’échelle des Bonds : 6/7
La véritable Révolution.
Un épisode hors-normes, exceptionnel, Flemingien dans l’âme, a la fois comble de badass attitude et de richesse thématique dû à un équilibre sournois entre une équipe maîtrisant son sujet de bout en bout et un élément imprévisible, son propre réalisateur !
Sans le manque de rigueur technique et avec plus de travail fait sur l’aspect mythologique de la franchise, on tenait là l’un des plus grands épisodes de la saga. En l’état, il reste largement le meilleur film de la lignée de ces 20 dernières années, faisant souffler un vent de fraîcheur, de liberté et d’originalité salutaire.

CE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS
-Premier Bond a avoir un duo mixte à la chanson. La chanson devait être à l’origine composée et interprétée par Amy Winehouse, sur des conseils de Paul McCartney (qui une fois de plus aurait mieux fait de la fermer). D’après la prod, la Winehouse était dans un état tellement déplorable qu’elle était incapable d’interpréter quoi que ce soit. C’est la 5ème fois que la chanson ne prend pas en compte le titre du film, la 4ème que le mot “die” fait partie du titre, la 1ère a ré-utiliser un motif musical du précédent film (you know my name de chris cornell).
-Le film marque le retour du gunbarrel classique (encore que modernisé), bien qu’il soit placé a la fin du film au lieu du début. Le seul sens possible à ce placement devarit être du au fait Bond est définitivement devenu LE Bond à la fin du film, ce qui devrait être confirmé par un gunbarrel en introduction du 23ème film.
-Premier Bond a utiliser le a nouveau re-construit cubby stage aka le 007 stage de Pinewood qui avait subi un incendie en juillet 2006 pendant le tournage de Casino Royale.
-Première fois qu’un acteur joue le rôle de Felix Leiter deux fois d’affilée, le seul autre acteur ayant joué deux fois ce rôle était David Hedison qui l’avait joué dans le premier Moore en 73 et le dernier Dalton en 89.
-Premier Bond a utiliser l’un des titres des nouvelles de Fleming depuis Tuer n’est pas Jouer. autre point commun avec ce dernier : la représentation d’un Opéra au cours du film.
-Marc Forster est le premier réalisateur sur un 007 a n’être né ni en Angleterre ni en Nouvelle-Zélande. Il est de nationalité Suisse et est né en Allemagne.
-Avec 106 minutes au compteur, Quantum est le Bond le plus court de toute la saga, une ironie quand on sait que son prédécésseur Casino Royale était le bond le plus long de tous.
-4ème Bond a utiliser un titre de Fleming sans aucun autre élément du roman ou de la nouvelle, un autre point commun parmis tant d’autres avec le film L’Espion qui m’aimait.
-Le film s’approche d’un record de la saga, celui du nombre de lieux utilisés pour le tournage avec 3 continents, un studio et 6 pays. Le record est détenu par Moonraker avec 3 continents, 4 studios et 7 pays. Quantum of Solace est cependant celui qui utilise le plus d’extérieurs variés.
-Premier Bond a avoir a la fois une poursuite en voiture et une poursuite en bateau depuis Vivre et Laisser Mourir. Quantum of Solace est le seul film de la saga a avoir une poursuite a pied, une poursuite en voiture, une poursuite en avion, une poursuite a moto et une poursuite en bateau.
-Premier Bond a sortir sur une année qui termine en 8. Il n’y a pas eu de Bond en 1968, 1978, 1988 ou en 1998.
-Premier Bond a ne pas avoir de montage des scènes d’action dans les posters utilisés pour la campagne promo. Et a mon avis, on y perd.
-Premier Bond depuis On ne vit que deux fois a ne pas utiliser le trademark “Bond, James Bond”. Bien que tourné plusieurs fois, toutes ses utilisations ont été virées au montage. C’est la 4ème fois que ça arrive et la 4ème fois également qu’on entend pas le trademark “vodka martini, shaken not stirred”. Sacrilège.
-Quatrième bond a utiliser un désert comme terrain de jeu. Le désert Atacama du Chili est connu et reconnu pour être l’endroit le plus invivable de la planète, aucune vie n’y émerge et il n’y a jamais plu depuis qu’on l’observe. D’après la NASA c’est l’endroit sur terre le plus proche du sol martien, d’où son utilisation pour expériences en vue de futures voyages sur Mars.
-Troisième Bond a montrer les appartements personnels de M. Cette fois on a droit à sa salle de bains. Charmant.
-Mr. White est le deuxième ennemi récurrent de toute la saga a avoir été joué par le même acteur (le premier étant Jaws en 77 et 79). Si il revenait dans le prochain, il serait l’ennemi le plus récurrent de la saga depuis Blofeld.
-Le film est sorti en 2008 soit pour le 100ème anniversaire de la naissance de Ian Fleming (28 mai 1908).
-22ème film officiel de la saga, second avec Craig, sixième avec Judi Dench, cinquième avec David Arnold, quatrième a être écrit par le tandem Purvis/Wade, deuxièmea être ré-écrit par Paul Haggis. Ce dernier a terminé le script de tournage deux heures avant le lancement officiel de la terrible grève des scénaristes de la WGA en 2008. le scénario a été par la suite officieusement retouché par des script-doctors mercenaires. True heroes.
-Le film a coûté 225 Millions de $ a produire, marketing compris, le plus cher de toute la saga, de loin et le plus lourd budget de son année de sortie. Il a rapporté 168 M $ aux us, 586 M dans le monde soit 1 Million de plus que Casino Royale aux us et 8 de moins à l’international. Les millions de dvd et de blu-ray vendus dans le monde font bien sûr grimper le chiffre total au-delà des 600 Millions.
-14 aston-Martin ont été détruites lors du tournage de la première séquence en Italie, dont une a terminé sa course dans lac Garda. L’épave de l’Aston repêchée, valant plus de 100 000 euros a été rachetée par un fan pour une somme de plus de 300 000 euros. Quand on aime on compte pas.
-La pré-production du film a commencé en 2006, en plein tournage de Casino Royale. tout est venu de l’idée piquée à un documentaire sur l’eau en amérique du sud, présentée comme le nouveau pétrole. Michael Wilson a alors écrit un premier traitement dans la foulée. Au poste de réalisateur, on offra le poste à Paul Haggis (qui refusa de peur de ne pouvoir tenir des délais il est vrai très serrés) puis à Roger Mitchell qui travailla sur le film quelques jours le temps de se rendre compte qu’aucun script n’était prêt à quelques semaines du tournage. La sortie, initialement prévue pour mai 2008 fut alors repoussée à novembre, a la faveur d’un décalage de sortie d’harry potter et le prince de sang-mêlé.
-Forster voulait prendre les Alpes Suisses comme décor final du film, ce qui fut refusé pour deux raisons : les coûts de production et le fait que les lieux étaient exactement les mêmes que ceux de Au service secret de sa Majesté. En cas de futur remake mieux vaut éviter les environs…
-Bruno Ganz a faillit avoir le rôle de Greene, mais Amalric avait déjà signé. D’après les fans et contrairement à ce que croit Amalric, le personnage possède bien une tare physique propre aux méchants bondiens : des yeux de cafard. Amalric était visiblement destiné a jouer le rôle d’un méchant dans un Bond un jour ou l’autre : il jouait un ennemi de Danil Craig dans Munich, fils de Michael Lonsdale (Drax dans Monnraker) dans le même film et fils de Max Von Sydow (Blofeld dans Jamais plus Jamais)dans le scaphandre et le papillon. Greene est le 4ème méchant francais de la saga, après Drax, Kamal Khan (Octopussy) et Elektra King (Le monde ne suffit pas).
-Quelques mots sur Fields. Le personnage a été écrit comme une variation de Mary Goodnight, personnage récurrent des livres et bond-girl officielle del’homme au pistolet d’or. son look s’inspire grandement de Tracy di Vicenzo (Au service secret de sa majesté), son destin de Jill Masterson (Goldfinger). Son nom complet est dans la grande tradition des dames flemingiennes, Strawberry Fields, clin d’oeil à la chanson des Beatles (dénommant une femme et l’ophelinat d’enfance de Lennon)et à la couleur de ses cheveux. C’est la 5ème rouquine de la saga, la première depuis Tracy.
-Tom Ford en personne a été engagé pour créer les 11 costumes de Craig pour ce film.
-Les caméos du film comprennent la petite fille de Charlie Chaplin (Oona Chaplin) en réceptionniste, Alfonso Cuaron et Guillermo Del Toro en voix de pilotes, Forster en un des chefs de Quantum à l’opéra (il est le seul a prononcer le mot “Quantum” dans le film), le président d’Aston-Martin en adjoint de Greene et Michael G. Wilson en client d’hôtel de Haïti.
-Rappelons que le Kina Lillet utilisé dans le film pour le Vesper Martini n’existe plus depuis 25 ans. Si quelqu’un vous dit qu’il boit des vrais vodka-martini à la Bond, c’est un menteur.
-L’expression “Quantum of Solace” n’est jamais prononcée dans le film. Elle vient de la nouvelle d’origine, une histoire de 10 pages où un gouverneur raconte à bond pendant un dîner une histoire d’amour qui finit mal. Le Quantum of Solace désigne à l’origine le quota minimal d’émotion qui doit exister entre deux amants pour qu’une relation continue d’exister, synonyme de minimum de réconfort auquel aspire Bond dans ce film.
-Outre la fameuse scène de “oilfinger” où Starwberry Fields se transforme en Oil Fields faisant référence à Goldfinger, le film fait énormément de réfèrences à L’Espion qui m’aimait : le pseudonyme Robert Sterling, la chute d’un homme du haut d’un toit lors d’un interrogatoire, la référence dialoguée au Caïre, la poursuite en voiture en Italie fait référence à celle en Sardaigne de 77, la représentation d’un spectacle où le parcours de Bond est illustré symboliquement sur scène et ça va jusqu’à reprendre l’image classique de Bond et la Bond-girl marchant en costumes de soirée à travers le désert.
-Deuxième fois que Bond ne “consomme” pas la Bond-girl principale, la première étant dans Demain ne meurt Jamais.
-C’est la 4ème fois et la 3ème fois consécutive que Bond perd d’une manière ou d’une autre son permis de tuer.
-Dominic Greene est le deuxième ennemi (consécutif en plus) a ne pas être tué directement par Bond mais par d’autres ennemis. Deuxième fois également que sa mort est uniquement suggérée (la première étant celle de Koskov dans Tuer n’est pas Jouer).
-Deuxième Bond consécutif a avoir Bond qui termine sans une fille dans les bras.
-Deux fins fantômes auraient été tournées, absentes du montage final : l’une montrant un dialogue Mr. White retrouvé par un Bond vengeur, qui aurait mené à l’un des chefs de Quantum, vu dans l’opéra et à la mort définitive de White. La deuxième serait ce même dialogue, sans tierce personne, se résolvant par White tirant une balle a bout portant sur Bond, s’effondrant a terre, comme a la fin du livre bons Baisers de Russie. ça aurait été le premier cliffhanger de la saga au cinéma mais la piste fut abandonnée parce que selon wilson/brocoli ça les aurait forcé a faire une trilogie Quantum, or ils prévoiraient un 3ème épisode pour Craig plus détaché et proche d’un vrai nouveau Bond classique.
Cela dit il y a de bonnes chances que lorsque “James Bond Will Return”, Quantum will Return aussi.










Attitude
Eh ben, sacrée vision du film! Pour ma part, j’ai accroché au 2eme visionnage, le premier m’avait laissé un gout d’inachevé.
C’est vrai que le côté brute est très appréciable. Faudra que je lise Fleming un jour…
Très bon film, bien pensé, et comme tu dis une vraie réflexion sur Bond. Après mes plus gros reproches se portent sur certains passages de la réalisation un peu bancal.
Pour les amateurs “classiques” de bond, je dirais que la difficulté vient du fait que Quantum perd beaucoup de son attrait sans Casino Royale.
Enfin bref, pour moi, a voir et revoir avec le même plaisir !
Vu aujourd’hui en DVD. Franchement bien foutu, et effectivement le film est d’un rythme effrené du début à la fin, sans pause pipi de prévue ^^
Par contre petit point noir en ce qui me concerne : la qualité du générique de début. L’interprétation de “Another way to die” fait bien palichonne à côté de celle hyper explosive de Cornell. Un duo Alicia Keys/Jack White à la limite de la justesse, et une qualité de son qui laisserait presque à penser que l’enregistrement se serait fait à la va-vite entre deux portes de studio. Quand on connait un minimum les capacités techniques dont la chanteuse fait preuve en règle générale, on ne peut que déplorer cette interprétation de “minimum syndicale”.
Bien sûr il ne faut pas juger tout le film sur ce petit raté (et ce n’est que mon avis de zicos qui n’engage personne), et c’est certain que je verrai et reverrai ce magnifique Bond !
Et tout à fait d’accord sur ce point : Craig est définitivement LE Bond !
Franchement, bravo pour cet article! C’ est complet et bien fait .