On y était : Expo Japonissime (Foire de Lyon, mars 2010)

avr 14, 2010 9 commentaires de

C’était un samedi matin. Le samedi 27 mars 2010 pour être plus exact. Nous avions entrepris, avec un ami partageant la même fascination (à des degrés toutefois différents) pour la culture japonaise en général, la section manga et anime en particulier, de fouler le sol d’une exposition abritée pendant une dizaine de jours par la Foire de Lyon. Cette manifestation, étrangement baptisée Japonissime, devait nous combler : si mon camarade ne cherchait qu’à assouvir un certain plaisir des yeux, j’espérais, pour ma part, découvrir quelque chose d’inédit et je m’etais bien préservé de tout spoiler inopiné.

Alors que nous nous farcissions l’embouteillage d’usage, j’imaginais déjà un vrai rayon manga, faisant deux fois la taille de celui de la Fnac de Lyon (qui est très respectable), avec un stand par éditeur, devant un mur bardé d’esquisses inédites signées par les auteurs de mangas les plus célébres et exécutées au pinceau sur des formats allant de l’A4 à l’A1.

Je voyais aussi une salle d’arcades avec les jeux vidéos qui ne franchissent habituellement pas les frontières de la péninsule du soleil levant ou qui mettent 2 ans à être traduits dans nos langues, dans des stands saturés de couleurs, de lumière et de son.

Et allez, soyons fous : une armée de ditributeurs automatiques d’ustensiles et substances étranges à usage unique… un salon de thé à l’ancienne, les sept merveilles du monde de l’origami, une reproduction photographique grandeur nature d’un quartier de Tokyo, UN COMBAT DE SAMOURAI…

Le tout exposé par des japonais habillées comme à l’ère Edo faisant respecter aux visiteurs les délicats protocoles de communication qu’impose leur langue et leur culture…

Eh ben, tudieu, pour pas dire autre chose! J’ai rarement été aussi loin de la vérité. Explications.

Tout d’abord, nous constatâmes avec un brin de déception que l’espace dédié à cette exposition ne dépassait pas la taille du petit hall numéro 5. Nous arrivions alors via le hall numéro 10, complètement à l’opposé de notre destination, et étions restés dubitatifs quand à l’impressionnante marée de jacuzzis qui s’étendait devant nos yeux. Un bref coup d’oeil sur le plan nous fit comprendre notre erreur de jugement, tout en nous laissant tout doucement craindre le pire.

Le premier contact avec l’espace dédié à la culture japonaise, une fois la foire traversée, faillit presque dissiper nos doutes : un adorable petit stand avec plein de reproduction de Zanpakutos (les sabres) célèbres de la série Bleach, à des prix plus que raisonnables. Bon, les lames suintaient le toc à grandes eaux, mais tout cela était fort coloré et faisait sensiblement chavirer nos âmes de fans. Du coup, la suite nous prit à froid…

L’unique moment de bonheur de la matinée, tout de toc conçu.

Oui, parce que la suite nous révéla le vrai niveau de ce salon, ses ambitions et ses limites. Pour faire simple, si vous habitiez dans un patelin de 1000 habitants à 80 km de la première ville de plus de 10,000 âmes, que la librairie du coin ne contenait qu’un livre de cuisine centré sur les sushis et les 3 premiers tomes de Dragon Ball et que vous n’aviez jamais croisé le moindre asiatique de toute votre vie, vous auriez certainement adoré ce salon pour la masse de clichés qu’il étalait sans honte à des fins bassement mercantiles mais ô combien ludiques pour qui est habituellement coupé du monde.

Bienvenue, dans le temple du cliché.

Ceux qui, comme mon compagnon d’infortune, étaient déjà un peu initiés à la culture du soleil levant comprenaient les premiers l’étendue de la fumisterie alors que les accros de mon genre refoulait désespérément l’évidence : cet exposition était décidément une belle arnaque à 5 euros par personne (et encore, ce tarif n’étant accessible qu’en matinée et sous présentation d’un ticket de métro lyonnais). Une pauvre réplique de temple qui aurait plus claqué en modèle réduit tout de légos construit, un nihon teien (jardin japonais) qui ferait passer le plus dégarni des prés pour les jardins de Versailles, et autours, un restaurant à sushis hors de prix (déjà que ce n’est pas bon marché en ville), quelques reproductions de mangas archi-connus, un stand de jeux vidéos à peine plus grand que celui de la Fnac avec les dernières nouveautés de l’année dernière, quelques pauvres stands de produits dérivés, un atelier dessin… et c’est presque tout.

Le titanesque « videodrome » au design audacieux.

Il fallait se rendre à l’évidence : je venais de griller une grasse matinée pour des nèfles. Mon camarade de régiment s’en voulait déjà de m’avoir fait part de ce non-évènement alors que je me morfondais moi-même en repensant à tout l’enthousiame qui m’animait encore 20 minutes plus tôt. Le pire, c’est qu’il fallait que j’aille bosser l’après-midi.

Le « coin » manga… littéralement…

Je me saisissais alors nerveusement du guide pour voir si nous n’avions tout simplement pas choisi le pire jour pour faire acte de présence : Soirée cosplay… mouais…, concert Bernard Minet… Oula, il tourne encore, monsieur  » je signe des autographes qu’aux vrais batteurs qui ont la boule entre l’index et le pouce »? L’homme qui pensait savoir chanter juste ? L’être qui a révolutionné la langue française ? NON MERCI. Sinooooon… tous les jours, spectacles de Kodo Drums… Bon, on va attendre un moment et essayer de positiver…

Le coin des reproductions de trucs connus, avec au mileu, des gens que je ne connais pas.

Abruti par la déception, je ne réalisais que tardivement que je venais de faire en un temps record deux tours de la totalité de l’exposition « dédiée au Japon ». Je fixais alors le seul stand qui apportait un peu de fraîcheur : l’atelier d’initiation au manga, dans lequel des inconnus s’essayait au dessin dans le cadre de petits concours périodiques organisés à cette fin. Je m’étais juste écarté d’un autre présentoir sur lequel celui qui devait sans doute être le plus japonais de tout le staff exhibait sa maîtrise de la calligraphie.

L’oasis dans le désert.

Je vous passe les détails du spectacle de Kodo Drums. Alors, c’était peut-être la version économique de ce concert, mais deux percussionnistes occidentaux et une chanteuse asiatique sur une scène de kermesse éclairée à la lumière naturelle transparaissant par les élégants carreaux de hangar du bâtiment, ça fait un peu léger. Le tout diffusé par un son pourri de chez pourri, parasité par les gamins qui braillent à gauche et à droite…. STOP. On arrête les frais et on se barre !

Un p’tit cliché pour la route?

Nous arrivons vers la voiture, encore sous le choc : cela ne fait même pas deux heures que nous nous sommes garés. Enlevez 30 minutes de déplacement dans le bâtiment (aller-retour), 20 minutes à gamberger en attendant le spectacle de Kodo, et 10 minutes à s’assurer qu’on ne s’était pas trompé d’endroit, et dites-vous qu’on s’est longtemps forcé à essayer d’apprécier l’intolérable, juste pour ne pas admettre qu’on avait pas sacrifié une belle matinée à compter nos orteils pour venir se noyer dans une foule hagarde au royaume des clichés à deux balles. Bref, pour ceux qui étaient venus que pour ça et qui s’y connaissaient un petit peu, j’estime que cette exposition était un piège à cons. Il y avait même, comble de l’amateurisme, les fameux robots aspirateurs autonomes (qui datent donc de l’année passée) et un soit disant « micro-musée de la console de jeu » avec trois pauvres bécanes des années 90 (même pas branchées). Du foutage de gueule, on vous dit !

Si vous saviez combien ça coûte en plus…

Ceux qui me lisent sur le blog savent que je n’aime pas trop casser, et que j’essaie toujours de trouver le petit point positif qui fait la saveur du truc. Mais là, franchement, c’est pas possible, je ne peux pas cautionner ça. Avec tout le respect que je dois aux organisateurs, cette « exposition » était aussi bâclée que le laissait supposer son nom. Alors, oui, je n’y étais qu’un jour. Oui, c’était un samedi matin. Oui, j’ai certainement dû en rater des choses. Mais ce que j’ai vu ne m’a pas donné l’impression d’avoir manqué l’évènement de l’année. Au final, le seul point positif de la matinée, c’est que j’ai pu fantasmer devant les jaccuzis, dont voici un superbe spécimen.

Je veux le même, mais en blond !

Merci à mon compagnon de misère qui m’a accompagné dans cette dure épreuve et qui aura au moins eu la satisfaction de porter le même chapeau que Chopper (le petit renne de One Piece) pendant cinq minutes.

La preuve !

PS: Ci-joint, le site de la Foire de Lyon. Ah et il y avait aussi un tournoi de PES League, mais dans le hall d’entrée (je crois…). Lyon a quand mieme mieux à offrir !

Divers, On y était !

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9 réponses to “On y était : Expo Japonissime (Foire de Lyon, mars 2010)”

  1. samsagace2 says:

    Très bon article Fylyp même s’il me fait revivre une heure sombre de ma vie que je veux oublier le plus vite possible.
    N’empêche, j’aurais du l’acheter ce chapeau.

  2. fylyp82 says:

    Clair que tu aurais dû l’acheter. Regarde cet évènement de ta vie comme un souvenir dont tu parleras la larme à l’oeil à tes petits enfants.

  3. Kryska says:

    Bah mes pauvres amis… on sent toute la blase que ça vous a mis en tout cas !
    Et oui, la super-star Bernard Minet sévit toujours ^^, mais attention, pour l’autographe il faut être batteur…
    Le coup de « la boule entre le pouce et l’indexe » je pensais pas que tu t’en rappellerais mdr

  4. samsagace2 says:

    En parler à mes petits enfants? Certains c’est la guerre ou la déportation, moi c’est Japonissime. Et je ferai comme eux, je déformerai la réalité pour ne pas traumatiser les enfants.

  5. modele (canada) says:

    ‘meme pas branchees et en etat de marche’ -> intéressant yout ça :D

  6. fylyp82 says:

    Bien sûr que je m’en souvenais du détail de l’index. Ca, c’est de l’info exclusive !
    Sinon, je me remet doucement de ce drame….

  7. shawn says:

    Je n’ai rien compris à votre histoire de Bernard Minet. Il a passé plus d’une heure à signer des autographes et se faire prendre en photo avec le sourire et toujours un petit mot gentil.
    samsagace1
    Vu comment vous résumez votre matinée, je suis pas sûr que vous soyez d’une nature bien aimable. Facile alors de juger le travail des organisateurs et autres alors que vous ne pensiez qu’à aller pioncer dans votre lit. La France qui ne fout rien mais qui donne des leçons.

    • Kryska says:

      Le coup de la France qui ne fout rien, c’est un peu dur quand même…
      Dis toi qu’en plus de donner « des leçons », nous avons chacun un boulot dont les horaires n’ont rien à voir avec le fonctionariat.
      Après, si le concept de donner notre avis dans un article certes subjectif ne te convient pas, libre à toi. Mais évitons les raccourcis malheureux si tu veux bien. ;-)
      Pour le coup de l’indexe : c’est du vécu. J’ai rencontré Bernard Minet au salon du Monde de la Nuit à Paris il y a quelques années. Il s’était alors fait un petit caprice de star à ne vouloir signer des autographes qu’aux batteurs… La preuve que tu es batteur ? Tu as une bosse entre le pouce et l’indexe !

  8. fylyp82 says:

    Bernard, sors de ce corps !

    Sinon, la France qui ne fout rien s’est levé samedi matin pour aller voir ce que la France qui faisait nimps a organisé… et c’est déjà trop.

    Toutes proportions gardées, mon ton est certes un peu acerbe, ce qui est loin d’être dans mes habitudes, mais quand c’est mauvais, il faut dire que c’est mauvais, et c’était mauvais !

    Mais merci quand même de pas être d’accord !

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