Octopussy

juin 15, 2010 Pas de commentaire de

OCTOPUSSSY de John Glen
Ian Fleming’s Octopussy
1983

L’histoire :
L’alliance lors d’un traffic de bijoux entre un riche homme d’affaires nommé Kamal Khan, un génral russe véreux et une mystérieuse propriétaire d’une île en Inde exclusive aux femmes déclenche la curiosité de 007, d’autant qu’il est lié à la mort étrange de 009, déguisé en clown et tombé en mission avec un œuf d’or Fabergé à la main. Bond ne se doute pas alors que l’affaire cache un complot militariste sur le point de détruire Berlin avec une bombe nucléaire lors d’une réunion de généraux occidentaux. De l’Inde au cirque Karl Marx de Berlin-Est en passant par une mission d’appoint en Amérique Du Sud, Bond va devoir se surpasser pour sauver une fois de plus la situation.

NOBODY DOES HIM BETTER
13ème Bond et 6ème épisode consécutive pour Moore. Après l’austérité de la Grèce dans Rien Que Pour Vos Yeux, nous voilà face à l’immensité et la féerie de l’Inde.
Sans doute persuadé qu’il est en train de quitter le rôle de l’agent secret (alors qu’il en fera un 7ème 2 ans plus tard), Moore se demande si il n’est pas en train de faire le Bond de trop, ou même si il ne l’a pas déjà fait. Le précédent opus avait été un retour sur terre brutal et étrange pour le Bond de Moore, si bienveillant et souriant d’habitude. Un peu comme Connery avec On ne vit que deux fois (épisode marginal mais déterminant pour tous les suivants vous l’aurez remarqué) On va aller vers quelque chose de plus léger, de plus évasif, comme un retour old school a une sorte de sérial. Bien sûr l’opération est calculée de la part de Broccoli : Indiana Jones (la revanche de Spielberg/Lucas pour ne pas avoir eu la permission de faire un 007) a cartonné et enterré au box-office tout ce qui avait été entrepris dans le film d’action et d’aventure. A Bond donc de réagir et de fournir une réponse, une concurrence sérieuse.
Pour Glen, le réalisateur ça signifie faire la part entre deux mondes : l’univers Bond de Moore, humoristique, le moment détente de la guerre froide et la rigueur dure, brutale, fiévreuse et toujours plus folle des séquences d’action, l’autre star des Bonds.

Entre deux punchlines de Roger, plus pouet-pouet camion que jamais, on aura donc droit à des moments d’anthologie comme une des meilleures séquences de pré-génériques où s’improvise une poursuite entre Bond en mini-jet et un missile a tête chercheuse avant d’humilier à lui seul toute l’armée de Bolivie (ou de Colombie…à moins que ce soit le Chili… C’est pas clair dans le film). On verra aussi une poursuite sur un train (qui rappelle furieusement celle 6 ans plus tard de Indiana Jones et la dernière Croisade, ironiquement) puis dans les rues de Berlin, très longue et pourtant très bien rythmée et palpitante de la première à la dernière minute se concluant par le désamorçage d’une bombe nucléaire à retardement, de quoi faire péter le peacemaker des plus blasés. Et Enfin un grand final hallucinant et spectaculaire où Bond poursuit à cheval un avion, s’agrippe à son toit pendant le décollage, doit s’accrocher alors que le pilote fait des vrilles et des loopings, détruit un des rotors à mains nues, combat l’homme de main indestructible de service, fait atterrir de force l’avion, sors la Bond-Girl de l’avion pendant l’atterrissage, tombe sur un précipice tandis que l’avion se crashe, et se pète à peu de choses près quelques côtes, les deux bras et une jambe. Dans le genre sensations fortes dans un film d’action, on a rarement fait aussi ambitieux et irresponsable, sachant que tout a été fait en réel avec des cascadeurs devant résister a des vents pouvant les tuer alors qu’ils portent des parachutes sous leurs vêtements pas facile à sortir.
En dehors de ça on a un épisode riche en personnages fascinants dont apparemment 3 ennemis principaux pour le prix d’un. Tout d’abord le méchant naturel qui tuerait père et mère pour l’argent, le pendant charismatique de Bond, Kamal Khan. Avec ses faux airs de prince ou de colonisateur, il donne de la classe et du style à un pur sadique. Puis il y a l’ennemi historique, le général Russe Orlov, prêt à déclencher la 3ème guerre mondiale et à conquérir un empire allant de la Bretagne à la Chine, contre l’avis de son gouvernement. Porté par un acteur excellant à interpréter les pourritures communistes avec une rage toujours intacte, il fascine autant qu’il révulse. Et puis il y a l’ennemi qui est en fait l’alliée qui va faire tout basculer, Octopussy. Enfin avec un nom pareil normal qu’elle s’entende avec monsieur 007 minutes, douche comprise.
Mais ce qui change et qui est intéressant c’est que pour la première fois dans un Bond, une femme domine tous les autres personnages et les manipule à sa guise («enfin jusqu’à un certain point, faut quand même pas déconner, c’est qu’une gonzesse» me souffle Roger). Liée à un niveau profond avec Bond (et reliant le film à la nouvelle subtilement, l’un devenant la suite naturelle de l’autre) elle régente une armée personnelle d’amazones (pour pas dire de catcheuses lesbiennes vu tous les symboles et détails crypto-lesbiens du film dont une side-kick adjointe à Monneypenny qui devait bien s’ennuyer toute seule depuis le temps, on me la fait pas…).
Mais malgré une écriture intéressante, 3 séquences d’action redoutables et une Inde magnifique à l’écran, difficile de se dire que le film parvient parfaitement à ses fins.
D’abord l’humour a de plus en plus de mal à toucher au but. Et si Roger peut encore assurer sur des dialogues bien écrits (dont une vente aux enchères impeccable) il finit par rouler en roue libre et à cabotiner plus que jamais (c’est quand même l’épisode où Bond se déguise en clown, signe très distinctif de l’époque Moore)
L’époque Moore d’ailleurs parlons-en. C’est devenu très clair avec cet épisode, la franchise est entrée dans une routine parfois dérangeante. Plus rien ne surprend, on sait qu’il se taper telle fille pour que l’histoire le fasse se bouger d’un point A à un point B, qu’il va être capturé par le méchant à tel moment, qu’il va s’évader, puis qu’il y aura forcément une poursuite à la 47ème minute pour contrebalancer les 3 scènes de dialogues qu’on vient de voir et qu’on verra Q apparaître à tel moment pour engueuler Bond qui passe son temps à déconner et à détruire le matos qu’on lui donne. Plus que classique, le film respecte trop la sacro-sainte formule qui s’est tristement transformée en cahier des charges en gardant le même acteur un peu trop longtemps. Et pourtant c’est pas faute d’avoir essayé des orientations totalement différentes au cours de ses 7 films mais décidément, quand on s’est évertuée a trouver le juste milieu d’un cocktail consensuel qui plaira à tout le monde, on en finit par oublier qu’on a été jeunes, fous et expérimentaux malgré les budgets records.
C’est un symptôme régulier de la saga : à force de s’entendre dire qu’on cartonne, on s’endort sur ses lauriers. C’est aussi ce qui est arrivé à Connery et à Brosnan sur leurs fins respectives.
Au point où ils en sont, impossible de révolutionner quoi que ce soit à moins d’un changement d’acteur. Et vu qu’il en reste encore un derrière celui-ci, je vous laisse comprendre à quel point la mise à la retraite va être douloureuse pour Sir Roger.

Les +
-le point fort du film : les 3 grandes scènes d’action du film. Le final est un symbole époustouflant et haletant d’un James Bond de 56 ans, prêt à se mettre intentionnellement en danger de mort et à se faire mal comme il a jamais eu mal, juste pour se prouver à lui-même qu’il est encore en vie. Ce qui amène à…
-Roger Moore, imparable lors des scènes sérieuses.
-Maud Adams. J’imagine la difficulté d’interpréter un rôle aussi mystérieux avec un nom a coucher dehors et elle s’en sort parfaitement. Une Bond-Girl mature, dominant Bond et tous les autres pendant les trois-quarts du film. Un peu à l’image de Bond, c’est un personnage aventurier qui à tout vécu et qui tente de retrouver une jeunesse perdue en se mettant en danger. Ses dialogues avec 007 marquent la fin d’une période, insistant sur le fait qu’ils sont les produits d’une génération en voie d’extinction. Comme si ils profitaient une dernière fois d’un monde trop petit pour eux, avant de s’arrêter de courir. D’ailleurs c’est aussi ce qu’exprime la chanson. Bon je sais, ça a l’air déprimant dit comme ça, mais oublions pas que c’est un épisode humoristique.
-Louis Jourdan dans le rôle de Kamal Khan. Ne serait-ce que pour sa prononciation si française et voluptueuse du nom Octopussy, son style de jeu si charmant et ses répliques cinglantes envers Bond (dont la punchline culte « You seem to have a nasty habit of surviving ! »), il s’en tire très bien dans un registre où on croyait déjà avoir tout fait.
-Steven Berkoff en Orlov. Le méchant général russe par excellence, fou et avide de guerre (« The west decadent and divided ! »), bref le penchant russe a peine déformé de ce qu’est Bond dans le fond.
-Les hommes de mains, assez nombreux : Des jumeaux spécialistes du lancer du couteau et un certain Gobinda, grosso modo la version indienne de Jaws, l’immortalité et le ridicule en moins, la rage en plus.
-la deuxième Bond-Girl au service de Khan, une suédoise au charme assez vulgaire, la belle Magda, portée par Kristina Wayborn top model pour magazine à ses heures perdues…
-La musique de John Barry, très très en forme sur les derniers Moore. Naviguant entre morceaux poétiques et crescendos explosifs. Très agréable à l’oreille, avec un pur bijou (the Chase bomb theme) dans le lot.
-James Bond qui passe le mur de Berlin pour sauver la ville entière en 1983 ou comment avoir 6 ans d’avance sur l’histoire qu’on connait.

Les –
-Le générique, trop classique avec une chanson de Rita Coolidge endormante au possible.
-Les amazones d’Octopussy, spécialistes en arts martiaux avec des costumes dont même les figurants de Mad Max 3 ne voudraient pas. Il y a des jours ou les 80’s font mal aux yeux…
-Bond camouflé dans un crocodile en plastique…
-Bond camouflé en cadavre qui fait peur aux passants…
-Bond qui s’échappe de lianes en lianes en reprenant le cri de Johnny Weissmuller…
-Bond qui fait de l’auto-stop…et se fait prendre par des bavarois très désireux de lui faire goûter choucroute et bières en chemin…
-Bond en clown… La messe est dite, Roger ! Faut que tu sortes du stade maintenant. Quoi un autre ? Comment ça un autre ? Mais t’en a pas marre de ces enfantillages ? Non ? Bon ben au moins ça fait plaisir à quelqu’un…
-La scène de Q. Bond prend une caméra de surveillance et fais des gros plans sur une secrétaire et sa grande capacité pulmonaire. D’ailleurs on a trop de gadgets dans ce film.
-Toutes les scènes d’action hormis les 3 citées plus haut, dont un remake rapide de The Most Dangerous Game, autrement dit une chasse à l’homme à dos d’éléphant en pleine jungle.
-Comme toujours avec Moore, un humour dont on aurait fait mieux de ne pas trop insister… Mais ça passait si bien à l’époque…
-Fleming est loin, très loin…

Note générale : 4,5/6
Sur l’échelle des Bonds : 5/7
Bon épisode grâce à de bons personnages, une intrigue complexe, une poignée de moments épiques et gracieux.
Seuls ombres au tableau : l’humour qui plombe le film et un classicisme de fer. Le film manque cruellement de rigueur perfectionniste, de jeunesse et de folie mais Octopussyreste surtout un étalage du cahier des charges sans jamais chercher à les sublimer.
Pour Moore, ça sent définitivement le sapin mais il y a encore assez à boire et à manger là-dedans pour s’amuser.

CE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS

-Sept Bonds pour Roger Moore et leur grand point commun c’est qu’ils ont tous quelque chose de français. Cette fois c’est encore le méchant bien frenchy, nôtre Louis Jourdan national vu dans Le Comte de Monte-Cristo d’Autant-Lara, il joua Pierre Mendès-France dans la série climax dont fut issue le premier Casino Royale dans les années 50, il fut le narrateur d’Irma la Douce de Billy Wilder, mais aussi un savant fou dans les nanars intergalactiques La créature des marais et sa triste suite avec Heather Locklear. Il prit sa retraite en 1992 et on entendit plus jamais parler de lui depuis.

-Maud Adams, tenante du rôle-titre fut La James Bond-Girl secondaire de L’homme au Pistolet d’or, le 2ème Moore en 74. Il est étonnant de voir qu’elle a joué dans le 2ème et l’avant-dernier Moore, qu’elle a toujours eu en face d’elle une Bond-Girl suédoise comme elle a chaque fois alors que 007 n’y a jamais fait un tour et qu’elle fut la seule actrice a revenir une deuxième fois dans un rôle diffèrent. Des rumeurs persistantes affirment même qu’elle fait un cameo figurant dans Dangereusement Vôtre

-Lors de la séquence de la poursuite en train, la doublure de Roger Moore, accrochée sur le coté, se prit un poteau, lui brisant les deux jambes sur le coup. Il dû faire 8 mois d’hosto et de rééducation pour pouvoir remarcher. Il reprit le travail dès le film suivant…

-Les jumeaux tueurs devaient être à la base….les frères Bogdanoff !!! Mais au moment du casting, le fait qu’ils n’étaient ni bon en anglais ni très performants devant une caméra les recalèrent.

-Roger Moore avait une fin de contrat pour Moonraker. A l’origine il ne devait pas faire Octopussy et c’est James Brolin qui allait le remplacer officiellement, tout s’est joué a peu de choses, comme à chaque fois.

-Dernier film à révéler le titre du prochain à la fin du générique. A partir du suivant, et toujours depuis, un simple vague et prophétique « James Bond Will Return » trône les fins de génériques.

-On voit une course de chevaux au début du film pour la seule et unique raison que Cubby Broccoli était passionné d’équitation en ce temps-là. A noter d’ailleurs que Bond monte à cheval dans tous les films entre 1982 et 1988. c’est également pour sa passion pour le tennis qu’on voit l’ex-champion Vijay Rmritraj en homme de liaison en Inde, une raquette de tennis a la main dans une scène de poursuite ridicule.

-Q participe au combat sur le terrain pour la première fois. Mauvaise idée.

-première apparition de Robert Brown en M officiel.

-La chanson-titre est la seule avec celle de Casino Royale a ne pas comporter le titre du film dans la chanson. En même temps va me faire rimer Octopussy avec autre chose que Wussy ou Pussy…

-On a vu l’œuf Fabergé bien malmené dans un autre film à grand budget, 20 ans plus tard dans Ocean’s Twelve (qui au passage ne manque pas niveau références bondiennes).

-En France, le film est sorti à 1 mois d’intervalle de Jamais Plus Jamais, 007 officieux concurrent réalisé par Irvin Kershner (l’Empire Contre-Attaque, ça vous dit quelque chose ?) et avec Sean Connery. Pour tout savoir sur ce que les fans ont appelé « La guerre des Bonds » rendez-vous dans la critique de ce dernier film, prochainement.
En attendant, voici comment La campagne marketing française a anticipé l’arrivée du trouble-fête, par un slogan léger et subtil.

Ciné reste du monde, Cinéma

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A propos de l'auteur

Descendant direct des plus grands héros de l'espèce humaine, le Marv est un aventurier au coeur d'or, dont le courage et la bravoure sont si puissants qu'ils pourraient lui faire soulever des montagnes ou des jupes par la seule force de sa pensée et dont les exploits sont si impressionants qu'ils sont vénérés jusqu'au pays du soleil couchant. Sans peur, humble et d'une modestie folle, le Marv, ce grand romantique, est un passionné. Amoureux du cinéma depuis 1895, le Marv n'a de cesse que de bouffer de la pelliculle jour et nuit quitte à en exploser. Le Marv est particulièrement féru de cinéma de genre, de tout ce qui se prête à la subversion, la culture geek, la contre culture et qui montre les tripes de son auteur. Le Marv dèteste le politiquement correct et le cynisme. Mais ce que le Marv préfere, ce sont les films qui arrivent a aligner à l'image un sens aigu de l'awesomeness, un propos philosophique, une pertinence métaphysique, des femmes nues et des grosses explosions. Vous pouvez me retrouvez sur mon forum
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