Moonraker

juin 01, 2010 2 commentaires de

MOONRAKER de Lewis Gilbert
Ian Fleming’s Moonraker
1979

L’histoire :
Le détournement d’une fusée amène l’agent 007 à enquêter sur les affaires douteuses de Hugo Drax, l’un des hommes les plus riches du monde décidé à détruire toute vie sur Terre pour créer une race humaine pure en orbite. De Rio de Janeiro à Venise en passant par l’espace, James Bond va devoir livrer la première bataille spatiale du genre humain pour sauver le monde.

OUTER SPACE NOW BELONGS TO 007 !
Le succès éclatant de l’Espion qui m’aimait pousse la production a garder une ligne de conduite digne des plus gros blockbusters. Mais en 1977 le phénomène Star Wars est tel que la franchise est poussée à flirter avec la science-fiction, voire même le space opera. Broccoli décide donc d’adapter le seul roman de Fleming dont le titre pourrait laisser présager une histoire spatiale, Moonraker.
Du livre, on ne gardera que le titre et le nom du méchant, le reste ressemblant plus à une version bigger and louder de Casino Royale.
Pour le scénario comme pour la réalisation on ne change pas une équipe qui gagne et on va essayer plus ou moins de re-faire le même film sorti 2 ans plus tôt. On remplace le vol de sous-marins par un vol de fusées (autrement dit on revient quasiment au même pitch que On ne vit que deux fois) et on garde le même ton : voyage improvisé autour des plus beaux paysages du monde, un méchant qui veut détruire le monde, des scènes d’action spectaculaires et épiques, une bataille militaire dans un milieu hors du commun, des décors gigantesques et un sens du comique bien organisé. On va même garder le même homme de main, Jaws qui va devenir un allié de dernière minute sous la pression des jeunes fans.

Hélas, deux éléments vont éloigner Moonraker de ce qui aurait pu être le meilleur des Bonds. Le premier c’est un mauvais équilibre entre humour et sérieux : trop de place est consacré au comique de situation et trop longtemps tandis que les scènes sérieuses (les meilleur moments du film) se font trop rares. Le deuxième élément c’est cette lourdeur perpétuelle à insister sur des choses à éviter, comme la relation hors sujet entre Jaws et une petite suisse, le manque total de profondeur des personnages ou le kitschissime des scènes finales dans l’espace.

En fait il y a deux films dans Moonraker : celui d’un coté qui est bordélique, kitsch, parodique et qui part totalement en couilles dans les 20 dernières minutes. Et de l’autre il y a le film convaincant, très sérieux, enchaînant des séquences de pure tension (l’ouverture débutant par une chute libre d’un avion sans parachute filmé du point de vue de chuteurs, l’exécution d’une secrétaire particulière par des dobermans hargneux, Bond enfermé dans une centrifugeuse humaine, Bond piégé à l’arrière d’un réacteur de fusée prêt à s’allumer, la découverte Kubrickienne de la gigantesque station spatiale, et le final reprenant avec plus ou moins de subtilité le couloir de l’étoile de la mort à la sauce bondienne).

Parlons d’ailleurs de l’image signature du film, c’est-à-dire Bond dans l’espace. Pour être exact, ça ne concerne que 20 minutes et la toute fin du film. Les scènes de vol de fusées sont assez belles sans atteindre un niveau ILMesque, et les maquettes et décors de Ken Adam sont assez convaincants. Le seul truc qui gène c’est lorsque la bataille commence entre l’armée anglaise et américaine envoyant des troupes affronter l’armée de Drax dans l’espace au moyen de pisto-lasers. Et là on a ce qu’on appelle dans le jargon un problème. Car autant Le monde hors-normes de Bond peut aider la suspension d’incrédulité avec un homme assez fort pour sauver le monde et accomplir des prouesses physiques et intellectuelles mais même par rapport à cet univers, le coup de la bataille spatiale aux lasers c’est too much. Même si la plupart des cadres restent poétiques et très beaux ou incroyables sur le plan technique (certains plans ont 48 couches superposées d’effets spéciaux, ce qui leur donnent une grande richesse et une grande complexité) l’ambiance générale de la fin du film se dessine trop entre parodie volontaire et folies scénaristiques. Le larger than life franchit ici une limite trop grande pour la saga et malgré le succès public du film, il faudra revenir à des bases et avoir les pieds sur terre pour ne plus se permettre de partir en vrille.

Cela dit, malgré le ridicule de certaines scènes, l’ensemble reste assez agréable et fun pour remplir des conditions de simple gros film de divertissement.

Les +
-La musique de John Barry, frôlant parfois celle de John Williams en excellence. A l’écoute de la b-o seulement, on était en droit d’attendre un chef d’œuvre à l’écran.
-Le méchant Hugo Drax, joué par un Michael Lonsdale très à l’aise dans un Blofeld frenchy.
-La liberté sexuelle. On aura rarement vu Bond enchaîner autant les conquêtes dans un seul film… « Comment passer 5 heures à Rio quand on ne danse pas la samba ? »
-L’ouverture, qui a conservé toute son intensité aujourd’hui. Une chute libre sans parachute où Bond semble presque s’envoler comme Superman. La marque de fabrique de l’ère Moore : fou, drôle et dangereux, tout en même temps.
-Un Bond à Venise, c’est toujours un grand moment…
-La féerie poétique se dégageant des décors et des maquettes de Ken Adam, revenant pour la dernière fois sur un Bond.
-La scène de la centrifugeuse humaine qui parait hors de propos tellement elle est bonne.
-L’arrivée improvisée de Bond dans l’espace et la montée en flèche de la tension lors d’incroyable Climax .

Les –
-Le générique, ridicule.
-La chanson du générique de Shirley Bassey, tout aussi ridicule.
-Jaws, plus ridicule que jamais.
-La petite copine de Jaws, encore plus ridicule que lui.
-Les scènes spatiales, qui ont la palme du ridicule.
-en fait l’accumulation d’éléments ridicules…

Note générale : 3/6
Sur l’échelle des Bonds : 4/7
Film schizophrénique par excellence, déchiré entre séquences d’action de grande envergure et un ton général frisant avec une folie douce parfois drôle mais trop souvent ridicule, Moonraker se sauve par une rigueur technique dans chaque scène et des moments purs vraiment épiques virant à la féerie, comme si Bond rêvait sa vie le temps d’un film.
Pas un des meilleurs épisodes, loin de là mais assez intéressant et divertissant  pour valoir le coup d’œil.

May the force be with him

CE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS

-Sept Bonds pour Roger Moore et leur grand point commun c’est qu’ils ont tous quelque chose de français. Cette fois c’est simple puisque le film est une co-production française ! Outre des décors français (le château de Drax, l’intérieur de la station spatiale tourné dans le plus grand studio français de l’époque détenu par TF1) on peut y voir une galerie impressionnante d’acteurs français : Michael Lonsdale dans le rôle de Drax (grand acteur vu dans Munich de Spielberg, Le Procèsd’Orson Welles, Paris Brûle-t-il ?, sous la direction de Francois Truffaut avec la Mariée était en noirBaisers volés mais aussi Hibernatus avec De Funès, La Grande Lessive de Mocky, Monsieur Klein avec Delon,Folle à tuer de Boisset, Le Souffle au cœur de Louis Malle, le Fantôme de la liberté de Bunuel, Les Chariots de feuLe nom de la Rose avec Sean Connery, Ronin avec De Niro, 5X2 par Ozon, et prochainementGoya’s Ghosts sous Milos Forman) Corrine Cléry (connue pour sa participation au film culte Histoire d’O), Georges Beller (grande liste de daubes françaises avec la plupart de nos stars des années 70-80, ainsi qu’un petit rôle récent dans Kaamelott) et l’impressionnant Jean-pierre Castaldi, dont le fils Benji a pu rencontrer Roger Moore à l’âge de 8 ans à peine, comme quoi les rencontres les plus improbables sont parfois celles qui se produisent le plus souvent !

-Si je vous dis d’imaginer une scène au cinéma montrant deux hommes sautant d’un jet en plein vol se battant bec et ongles dans les airs pour s’approprier un parachute et que vous avez un peu de culture, vous allez me répondre Point Break bien sûr avec Keanu Reeves et Patrick Swayze.
Mais ce que vous ne savez pas forcément, c’est que cette scène est en réalité un plagiat plan par plan de la séquence pré-générique deMoonraker. Pour cette scène folle, on inventa de nouvelles caméras (car la vitesse de défilement 24 images par seconde fait du battement d’images quand on filme en pleine chute libre) et de nouveaux systèmes (les caméras-men devaient sauter en même temps que les acteurs avec des caméras vissés sur des casques tandis que les cascadeurs devaient porter des parachutes invisibles sous leurs vêtements.) Plus de 80 sauts furent exécutés pour avoir tous les plans requis.

-Ironiquement, Fleming décrivait dans le roman d’origine comme « a Lonsdale figure » sans savoir bien sûr que près de 30 ans plus tard Drax serait joué par un acteur du nom de Michael Lonsdale.

-Jusqu’à l’arrivée de l’ère Brosnan, Moonraker devint et resta le plus gros succès de la franchise.

-La Bond-girl Lois Chiles fut vue dans la série Dallas pendant 25 épisodes, le film Mort sur le Nil ainsi qu’un petit cameo auto-clin d’œil dans le premier Austin Powers.

-En dehors de la référence assumée à Star Wars et celles évidentes pendant le film à Casablanca et Les Sept Mercenaires, il y en a une autre faite à rencontres du 3ème type lorsque Bond ouvre une porte avec un mot de passe sont les notes de musique célèbres du film de Spielberg.

-Selon certaines sources, Orson Welles a tenté d’adapter Moonraker en 1959 avec Peter Lorre dans le rôle de Drax.

-Première fois qu’on voit Bond monter à cheval.

-Pour la scène de baston entre Bond et Chang à Venise, on dépassé de loin le record de sucre-glaçe brisé pour une seule scène.

-Autre record brisé, celui du nombre d’acteurs en apesanteur dans un même plan (par cordage). Ils devaient être près d’une cinquantaine.

-C’est la cinquième et dernière fois qu’on entendit le 007 theme de John Barry.

-Le budget sandwichs du film dépassait à lui seul le budget de Dr. No.

-Troisième et dernière participation de Shirley Bassey. Encore aujourd’hui, elle reste la seule chanteuse à avoir travaillé sur plus d’un Bond.

-Claude Renoir, l’excellent directeur photo de l’Espion qui m’aimait, devait reprendre son poste sur cet opus mais du abandonné lorsqu’il perdit la vue.

-Deuxième passage à Venise pour 007. Il y a passé la fin de Bons Baisers de Russie et y est retourné pour un petit congé improvisé dansCasino Royale.

-L’un des deux seuls Bonds avec On ne vit que deux fois où Bond ne conduit jamais de voiture. Par contre c’est le seul qui contient deux scènes de poursuite en bateaux.

-Sur la station spatiale, Drax dévoile son plan montrant une société prête a naître avec autant de femmes que d’hommes. Mais lorsque la bataille finale commence, toutes les femmes semblent avoir disparus alors que les hommes se battent et meurent tous les uns après les autres. Puisqu’on ne voit que la Bond-Girl et la petite copine de Jaws s’en sortir, on peut en conclure que le film détient largement le record de femmes tuées dans un Bond.

Il tire plus vite que... non attendez...

Ciné reste du monde, Cinéma

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A propos de l'auteur

Descendant direct des plus grands héros de l'espèce humaine, le Marv est un aventurier au coeur d'or, dont le courage et la bravoure sont si puissants qu'ils pourraient lui faire soulever des montagnes ou des jupes par la seule force de sa pensée et dont les exploits sont si impressionants qu'ils sont vénérés jusqu'au pays du soleil couchant. Sans peur, humble et d'une modestie folle, le Marv, ce grand romantique, est un passionné. Amoureux du cinéma depuis 1895, le Marv n'a de cesse que de bouffer de la pelliculle jour et nuit quitte à en exploser. Le Marv est particulièrement féru de cinéma de genre, de tout ce qui se prête à la subversion, la culture geek, la contre culture et qui montre les tripes de son auteur. Le Marv dèteste le politiquement correct et le cynisme. Mais ce que le Marv préfere, ce sont les films qui arrivent a aligner à l'image un sens aigu de l'awesomeness, un propos philosophique, une pertinence métaphysique, des femmes nues et des grosses explosions. Vous pouvez me retrouvez sur mon forum

2 réponses to “Moonraker”

  1. fylyp82 says:

    J’avais adoré la bataille spatiale, à l’époque, même si elle a pris un petit coup de vieux aujourd’hui. Ca représentait bien ce qu’aurait pu être la préhistoire du combat spatial !

  2. El Jc says:

    Entièrement d’accord sur le côté parfaitement ridicule de certains aspects du film. C’en est même souvent pathétique. Je n’en garde pas de bons souvenirs mis a part quelques rares scènes.

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