A Lire : Monster
Une fois n’est pas coutume, cette histoire se passe en Allemagne.
L’auteur de ce seinen, Naoki Urasawa, est japonais. Son personnage principal l’est aussi. Kenso Tenma est un jeune neurochirugien prometteur, engagé la fille du directeur de l’honorable Eisler Memorial Hospital de Dûsseldorf, en Rhénanie-du-Nord – Westphalie. Nous sommes en 1986, donc avant la chute du mur de Berlin.
Un soir, le brave Tenma docteur réussit une miraculeuse opération sur une célébrité locale, un chanteur d’opéra du nom de Rosenbach. Ce n’est que le lendemain qu’il réalise que cette vie fut sauvée au détriment de celle d’autre patient, un modeste ouvrier d’origine turque, pourtant arrivé en premier au service des urgences. Un violent dilemme entre politique hospitlière et conscience professionnelle hante alors notre médecin en herbe.
Quelques temps plus tard, la police découvre un carnage dans la demeure d’un politicien fraîchement exilé d’Allemagne de l’est. Les époux Liebert et leur fils baignent dans leur sang, une balle en pleine tête. Seule la soeur jumelle du petit garçon est encore indemne, retouvée le regard figé de terreur devant le corps inerte de son frère.
Inerte, mais vivant ! Et transporté illico à l’hopital où officie le docteur Tenma…
Je salue au passage l’ami qui m’a prêté les 18 tomes de ce manga qui sort des sentiers battus, loin des super-pouvoirs et du Japon. Voici un polar résolument humain aux airs de road movie, dans lequel vous découvrirez une autre interprétation du mot « Monster ».
Comme pour brouiller les pistes, l’auteur, après un bref prologue en images de deux petites pages, placarde un extrait de l’apocalypse selon Saint-Jean, chapitre 13, verset 1 & 4 :
And I saw a beast rise up out of the sea, having seven heads and ten horns, and upon his horns ten crowns, and upon his heads, the names of blasphemy. And they worshipped the dragon which gave power unto the beast: and they worshipped the beast, saying, « Who is like unto the beast? Who is able to make war with him? »
La grande force de Monster, c’est donc son scénario, complexe et fascinant, qui nous plonge d’abord dans le mileu hospitalier germanique vu par un japonais. Le premier chapitre m’a fait penser que j’avais affaire à un Say Hello to Blackjack (1) exotique (un manga psychologique de Shuho Sato racontant la dure intégration d’un étudiant en médecine dans le monde hospitalier nippon). Une impression que Naoki Urasawa écarte d’un revers de plume une fois le drame de la famille Liebert introduit dans son récit.
(1) A ne pas confondre avec Black Jack d’Osamu Tezuka, mais il y a effectivement un lien entre les deux.
La tension est palpable et se construit autours de multiples accalmies, pendant lesquelles l’auteur fait voyager ses personnages à travers une Allemagne en pleine mutation (avec en prime un petit détour par Prague), composant notamment avec les malaises latents entre citoyens allemands et immigrés turcs. C’est d’ailleurs cet aspect du manga qui rend cette reconstitution si authentique, même si l’analyse qui est en livrée reste superficielle et romancée. La question des réminiscences de l’extrême droite, si particulière dans l’histoire de ce pays, est également l’un des thèmes centraux de Monster. Enfin, petit détail qui mérite aussi d’être relevé, cette histoire se déroule sur plusieurs années.
Côté dessin, le réalisme est à l’honneur. Bien qu’assez austère, le trait de Naoki Urasawa n’en reste pas moins agréable par sa simplicité. Une mention spéciale au talent de physionomiste de ce mangaka qui nous gratifie d’un design très particulier en ce qui concerne le dessin des visages dans leur ensemble. Certains regretterons peut-être le manque de spectacle au profit du texte, mais c’est ce qui fait tout le charme de l’ensemble de l’oeuvre, indéfectiblement soutenue par une lisibilité impeccable et un découpage sobre mais efficace d’un bout à l’autre.
Monster a d’abord trouvé le chemin de la publication dans les pages du magazine japonais Big Comic Original (de l’éditeur Shogakukan) entre 1994 et 2001. Une fois achevé le récit fut ensuite adapté en série animée par le sudio Madhouse en 74 épisodes, diffusés dès le 7 avril 2004 sur NTV (Nippon Television Network Corporation). La critique a visiblement salué cette réalisation, fidèle à sa version papier (votre serviteur n’a malheureusement pas eu le temps de tout voir pour se forger un avis). En France, c’est Kana qui s’est chargé de la reliure et de la traduction des 18 tomes. Petit coup d’oeil aux génériques de début et de fin de l’anime.
Naoki Urasawa a également publié un roman, Another Monster (toujours chez Shogakukan), qui répond aux questions restées en suspen à la fin du manga. Malheureusement, la publication en caractères latins n’a pas eu lieu (ou alors elle est sacrément bien cachée). Avis aux fans intéressés, ce petit lien propose une traduction bénévole en anglais par un certain Stephen : http://www.mangascreener.com/stephen/monster/am/amonster.html (traduction encore ou à jamais inachevée).
Je n’ai pas trouvé mieux pour l’instant et rend donc hommage à ce philanthrope.
Pour finir, Monster passionnera tout public disposant d’un minimum de culture générale tout en donnant une autre idée du manga. Je suis pour ma part heureux de n’avoir rencontré le docteur Tenma que longtemps après la fin de ses aventures. L’attente aurait été insupportable dans le cas contraire !
Si vous ne devez en lire qu’un : Le tome 1, Herr Doktor Tenma.
Et pour finir, mon préféré : Le tome 10, Pic Nic.
Prix Fnac : 6.99 euros.
PHB










Le dessin est certes assez sobre mais d’une efficacité surprenante de réalisme et de précision de trait. Il ne m’en faudrait pas beaucoup plus pour m’intéresser au manga. Mais j’avoue que ta présentation me donne envie de me plonger dans cette histoire assez rapidement !
Bon bah faudra que je lise la suite (a partir du tome 3). Mais on en finira jamais de faire des listes de trucs à lire…
En tout cas, effectivement, l’ambiance change et c’est assez plaisant de trouver des mangas originaux comme celui-là.
Ta première remarque est tout ce qu’il ya de plus justement dit, Kryska! Il est fort, le bonhomme.
Sinon, bien entendu, il est déconseillé de partir à la recherche de Anonther Monster, avant d’avoir lu l’intégrale du manga. Je ne l’ai pas précisé plus haut, c’est maintenant chose faite!
Gryshka, comment t’as pu tenir en t’arrêtant au tome 3…. quelle volonté. Je crois pour ma part que je m’était fait les 18 en moins de 3 jours (et en plus ça se lit pas vite…)
[...] qui ont déjà lu Monster, du même auteur, reconnaîtrons aisément le style de Naoki Urasawa : son trait sobre mais [...]
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