L’homme au pistolet d’or
THE MAN WITH THE GOLDEN GUN de Guy Hamilton – 1974
Ian Fleming’s The Man With The Golden Gun
L’histoire :
Le MI6 reçoit un message. Une balle d’or, ornée d’un matricule 007. C’est signé Francisco Scaramanga alias « L’homme au pistolet d’or » dont la réputation de tueur a gages n’a d’égal que celle de Bond. Il ne rate jamais sa cible et maintenant sa cible c’est 007. James Bond part donc à la recherche de son assassin. Personne n’a jamais vu son visage, mais Bond lui connaît un détail marquant : L’homme au pistolet d’or a aussi un troisième téton !
HE NEVER MISSES HIS TARGET AND NOW HIS TARGET IS 007
Si les mauvais films pouvaient se quantifier en mètres, L’homme au pistolet d’or serait l’Everest des Bonds.
On atteint avec ce 9ème film le fond du fond du fond et c’est pas peu dire.
Le tandem Hamilton-Mankiewicz va ici tellement loin en termes de nullité filmique que même le plus hardcore et aveugle des fans de 007 ne peuvent pas défendre le film.
Tout est la parodie d’un cliché usé 1 milliard de fois, chaque ligne de dialogue est plus lourde qu’un éléphant racontant les pires blagues Carambar d’Arthur, les Bond-Girls sont des corps vides de sens, les ennemis sont des attardés dont on se demande comment ils font pour mettre un pied devant l’autre et je doute même que James Bond lui-même possède une réflexion dépassant le Quotient Intellectuel d’un pot de yaourt vide !
Outre la stupidité générale du métrage, la réalisation est ahurissante tellement elle opte pour une stratégie de l’échec qui parait presque préméditée a ce stade. Les scènes d’actions sont toutes handicapées par le rythme d’un sanglier ivre mort et ont autant de justifications que la 1001ème enclume que peut prendre un coyote dans un cartoon. Rien ne porte le film, rien ne le sauve, tout est lissé, politiquement correct, même les meurtres se font sans la moindre goutte de sang ou once de violence.
Tout ce qui pourrait nous intéresser a travers le voyage de Bond aux philippines, c’est la promesse d’un duel old school a la western entre les deux protagonistes. Et quand ce moment arrive enfin, il est lui-même tourné au ridicule dans une sorte de fête foraine qui se voudrait ténébreuse et qui fait moins peur, plus ridicule et plus carton-pâte que la grotte du dragon de Disneyland. Quand on pense que la même année, Spielberg sortait Les Dents de la Mer, on sent un fossé de taille planétaire entre un film exemplaire et novateur pour ce qui est de représenter l’action au cinéma et de l’autre le 9ème film d’une franchise qui n’est plus que l’ombre parodique d’elle-même, insultant le créateur de la saga au degré le plus vil.
La trilogie de la honte s’achève sur une performance du pire possible qui puisse arriver dans un Bond.
A vrai dire c’est à se demander comment la franchise a pu survivre à un tel échec (justement récompensé par un bide au box-office).
Les +
-Christopher Lee. Même si il est l’ombre de lui-même, c’est Chistopher Lee ! C’est quand même Dracula, Saroumane, le Comte Dooku et l’homme au pistolet d’or ! Pour avoir participé à 4 des plus grandioses franchises de l’histoire du 7ème art, on lui pardonnera d’être tombé dans le pire Bond officiel.
-La cascade de la vrille parfaite en voiture, pour la première fois présentée au cinéma sans que la voiture finisse son atterrissage en miettes ou en explosant.
-…c’est tout.
Les –
-Roger Moore fait du sous-Connery
-Hamilton fait du sous-Hamilton
-Mankiewicz fait du sous-sous-Mankiewicz
-Barry fait du sous-Barry
-la Bond-girl est la plus niaise et la plus débile de tous les temps : elle ira jusqu’à activer un laser avec son popotin !
-Même les effets spéciaux sont cheap
-Le pire homme de main de tous les temps : un nain d’1 mètre 10 nommé Nick-Nack dont les armes les plus redoutables sont la rhétorique et le cynisme (et en VF avec la voix de Roger Carel)
-le coup du troisième téton…
-Christopher Lee en Jogging
-Le retour du shériff J.W. Pepper…même pas digne d’une parodie de side-kick
-une poursuite en canoe inutile, mal faite et embarrassante au possible
-L’accumulation de scènes honteuses, dont l’extirpation d’une balle d’or avec les dents situé dans le nombril d’une danseuse du ventre.
-la mode kung-fu exploitée à l’aune de la mort de Bruce Lee, particulièrement douteuse.
-On s’ennuie pendant 90% du film. Et ça pour un Bond c’est impardonnable.
-Rythme mal géré qui devient insupportable
Note générale : 0,5/6
Sur l’échelle des Bonds : 1/7
Considéré la plupart du temps comme le pire épisode de la saga, vous qui n’avez jamais vu le film, soyez bénis et ne soyez pas fous, fuyez ! Fuuuuyez devant ce désastre ciné cataclysmique, cette bouse intergalactique indéfendable trop longue et lassante pour attendre ne serait-ce que des vannes drôles au 4ème degré.
Contre-exemple parfait, le film montre tout ce qu’il ne faut pas faire au cinéma de manière générale et au cinéma d’action de manière précise.
Dieu Merci c’est la fin de l’époque Hamilton-Mankiewicz et maintenant Moore va enfin vraiment pouvoir commencer son règne de façon qualitative et plus quantitative.

Un petit Bond
CE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS
-Septs Bonds pour Roger Moore et leur grand point commun c’est qu’ils ont tous quelque chose de francais. Cette fois c’est deux acteurs qui sont à l’honneur puisque outre Hervé Villechaize jouant Nick-Nack et donnant du «Monsieur» à Roger Moore, on a droit à Christopher Lee, francophone maniant parfaitement la langue de Zinedine Zidane puisqu’il a passé une partie de sa vie dans nôtre beau pays.
-Le livre éponyme est une source inépuisable de débats chez les fans. Treizième et dernier roman a part entière (des nouvelles suivirent) a sortir après la mort de Ian Fleming en 1964, il est souvent jugé comme le moins bon de tous et pour cause : Le roman aurait été terminé, corrigé et complété par les héritiers de Fleming, avides de ne pas perdre la poule aux œufs d’or. On y trouve un style étonnamment mou et banal exceptionnel pour un 007 littéraire, et Bond lui-même ne semble être que l’ombre de ce qu’il était, dans un état semi dépressif, cynique et blasé. De toute évidence commencé par un Fleming qui se savait mourrant, qui savait que sa création allait lui survivre et qu’elle lui avait échappé malgré des efforts désespérés dans le but de le tuer (pas mal des derniers romans se lisent comme une chute en enfer abyssale pour 007 où il perd successivement son âme, sa femme, son identité, son job, sa santé mentale et où il finit manifestement par mourir jusqu’à ce qu’on découvre dans le roman suivant qu’il a miraculeusement survécu), le livre est un testament morbide dont Bond aurait sûrement gagné en profondeur s’il en était mort. Du film, le livre ne garde que deux éléments : le troisième téton et le nom du personnage de Scaramanga. Tout le reste est diffèrent : Mary Goodnight n’est qu’une subalterne au même titre que Monneypenny et pas une bond-girl, l’histoire se déroule en Jamaïque et pas aux Philippines et l’intrigue n’a aucun rapport… Même le pistolet d’or est très diffèrent (un colt à 6 coups que Fleming lui-même s’était fait construire à usage personnel).
-Dr. No et son budget de fourmis mis a part , le film est celui qui a fait le moins de recettes de toute la saga, ajustements, Lazenby et Dalton compris. En fait l’échec du film a été tel qu’il a bien failli être le dernier. Hors des problèmes de recettes, le co-producteur Harry Saltzman s’est trouvé avec des dettes venant de bides qu’il produisait avec les recettes des 007. Obligé de vendre ses parts à United Artists, le départ de Saltzman ainsi que l’échec critique et public du film contribua à un hiatus de 3 ans de la saga avant de repartir comme jamais en 1977 avec l’Espion qui m’aimait.
-La chanson originale est de lulu, connue dans les 70’s pour être la femme d’un des Bee Gees, d’où un ton pop très marqué. Au départ une première version avait été enregistrée, très différente par Alice Cooper (qu’il a d’ailleurs sortie sur un de ses albums). Cette version, bien meilleure, est un modèle punchy qui se situe dans ligne droite de l’excellent Live And Let Die de Paul Maccartney.
-Dernier film de la franchise a être tourné en 1.85:1, d’où un penchant pour des cadres hideux plus sensibles a la télé mais totalement inappropriés au grand écran.
-La géographie du monde a changé après le tournage du film. En effet les îles vierges utilisées lors du tournage aux Philippines ont été renommées « les îles James Bond » et sont devenues un coin touristique qui a énormément enrichi la région, toujours existant à l’heure actuelle. En 1997, la production y retourna pour tourner une séquence entre la référence et l’hommage dans Demain ne Meurt Jamais.
-le passé de Christopher Lee en Dracula ressurgit lors du tournage d’une scène dans une grotte d’où s’échappa des milliers de chauve-souris à la surprise de l’équipe. Lee répliqua d’une voix grave «Pas maintenant, Stanislas !». Au passage, en dehors de sa carrière monumentale, Christopher Lee partage un lien avec 007 peu commun : il est le cousin de Ian Fleming ! Ils se sont peu vus étant enfants(Fleming a grandi dans un cadre bien plus bourgeois que Lee) mais une fois devenus adulte, ils se rencontrèrent lors de parties de golf mémorables dans la banlieue de Londres. Soucieux de faire partager avec sa famille du succès de Bond, Fleming voulait à l’origine pistonner Lee pour qu’il ait le rôle de Dr. No dans le film éponyme, influencé dans son choix par l’intérprétation de Lee dans le rôle du Dr. Fu Manchu, grande inspiration bondienne.


ZE James Bond !
Toujours pas eu le temps de le voir ! Je me souviens vaguement des décors du final et de Christopher Lee.
Ca fait drôle de redécouvrir l’époque Moore ^^
Aaaaaah le troisième téton… ça en a fait réver plus d’un(e) ça ! :-p
Je l’ai vu il y a quelque temps et ne m’en souvient donc que très mal, mais je n’avais effectivement pas été très emballé.
C’est à cause de ce film que je m’étais désintéressé des premiers Bond, que par ignorance j’imaginais de la même veine…
Un mal pour un bien : si celui-ci est le pire, je risque rien à voir les autres