L’Espion qui m’aimait
THE SPY WHO LOVED ME de Lewis Gilbert
Ian Fleming’s The Spy Who Loved Me
1977
L’histoire :
Deux Sous-marins nucléaires ont disparus. L’un est Britannique, l’autre Russe. Pour la première fois les deux puissances vont devoir s’allier face à un ennemi commun : l’infâme Stormberg. Terré dans une gigantesque base submersible, il est sur le point de lancer une attaque nucléaire massive dans le seul but d’anéantir la race humaine ! Des Alpes Autrichiennes à l’Egypte en passant par un Supertanker, James Bond doit affronter son plus grand défi.
IT’S THE BIGGEST. IT’S THE BEST. IT’S BOND ! AND BEYOND !
Après 3 épisodes consécutifs terriblement mauvais, la franchise bondienne s’offre un sursaut d’orgueil duquel elle en sortira grandit a jamais. Le constat objectif est simple et clair : L’Espion qui M’aimait est le meilleur Bond des années 70, le meilleur Roger Moore, et le meilleur film d’action de sa génération. Subjectivement, c’est aussi mon préféré. Il y en a plusieurs causes mais la première et la plus évidente c’est que c’est le plus James Bond des James Bonds. Quand vous pensez à Bond, l’imagerie populaire et la mémoire collective vous dicte un grand anglais en smoking noir buvant un vodka martini avant de serrer une de splus belles femmes du monde entre ses bras. C’est ce que le film montre. Vous imaginez des cascades impossibles dans le monde réel pourtant bien effectuées à l’écran in vivo. C’est ce que le film montre. Vous Pensez à une voiture que vous rêveriez d’avoir, à des paysages beaux à en pleurer, a des explosions extraordinaires, à un fou multimilliardaire dans une base sous-marine qui veut conquérir le monde et qui à un homme de main muet et increvable. C’est ce que le film montre. Et même plus encore.
Pour ce qui est de l’histoire, il est décidé de revenir à des fondamentaux, au dernier film qui a su créer un équilibre entre la réussite au près des fans, du public et des critiques, c’est-à-dire On ne vit que deux fois, dont on va reprendre un pitch de base similaire (remplacez les fusées par des sous-marins) et le même réalisateur, Lewis Gilbert, toujours aussi frais et passionné par l’Aventure avec un grand A.
NOBODY DOES IT BETTER !
Ce qui choque avant tout c’est la beauté et la pureté apportée au cadre. Il faut dire qu’ils ont engagé dans leur équipe l’un des plus grands directeurs de la photo de tous les temps, Claude Renoir, neveu du réalisateur Renoir et petit-fils du peintre Renoir. On peut donc constater que la plupart des plans se composent de véritables tableaux dont les couleurs deviennent des lumières ambiantes. De manière stylistique, les bonds entrent ici dans une ère de renaissance dont on comprendra que le soin de l’image est aussi indispensable que la vodka au martini. Véritable délectation de tous les instants pour l’œil, le film séduit d’abord par l’image, puis par l’action.
Dès l’ouverture (une des plus belles cascades de l’histoire du cinéma) le ton est donné : place à la grandeur. Grands espaces, grands environnements (le désert d’Egypte, la mer avec la Sardaigne, la neige avec les Alpes) et gigantesques décors (Le Tanker et Atlantis, qui n’est pourtant qu’une maquette) pour contraster un monde du gigantisme avec l’échelon humain, celui d’un insecte, faisant ainsi prendre conscience du concept du « larger than life » en montrant comment un seul individu peut faire la différence et sauver la planète entière.
Et le film ne contredira jamais cette devise, que ce soit avec l’impressionnante arrivée à l’Atlantis (voir ce plan hallucinant sans coupe partant d’un bateau avec les personnages et filmant l’horizon jusqu’à cette base gigantesque dont on est obligé d’admettre l’existence par le mouvement de la caméra alors qu’il s’agit d’un effet spécial dérisoire), la course-poursuite avec la Lotus Esprit (partant d’un combat sur des routes vertigineuses contre un hélicoptère et finissant dans la mer contre des plongeurs et des véhicules amphibiens rappelant fortement ceux d’Opération Tonnerre), une séquence de combat dans l’Orient Express, le désamorçage d’un missile nucléaire, et enfin l’arrivée d’un sous-marin dans un supertanker se poursuivant par la bataille incroyable entre l’armée de Stormberg et un bataillon de soldats menés par Bond lui-même en tenue militaire.
Le film se découpe donc entre grand moment épique et scènes comiques (le personnage de Jaws, grand tueur à la mâchoire d’acier inoubliable) sur fond d’ampleur apocalyptique.
Comme dans un grand huit, le film prend son spectateur et ne le lâche plus, offrant un sens du divertissement à une échelle inimaginable.
Le film donne même des instants de pauses beaux, magiques et lyriques, souvent en compagnie de paysages majestueux et de la James Bond-girl, la belle Anya Amasova (jouée par l’excellente Barbara Bach), vraie équivalent féminin de 007 sur tous les plans, faisant ainsi de la femme non pas une pauvre fille à sauver ou a mettre dans le droit chemin, mais une alliée sine qua none à la victoire finale. Pour la première fois depuis longtemps, on s’essaie à une vraie écriture des personnages et de relations intimistes dans un Bond, ce dont la Bond-girl profite pour gagner en épaisseur, ce qui se répercute sur le personnage de Bond au final.

Glouglouglou
En s’éloignant totalement des livres de Fleming une bonne fois pour toutes, l’Espion qui m’aimait prouve qu’on peut être fidèle à Fleming dans son essence sans adapter un livre pour autant du moment qu’on reste moderne et toujours dans la même philosophie, ce qui deviendra primordial pour les épisodes suivants.
Tout a donc été pensé et réalisé dans l’objectif de produire un film de qualité, une alternative à la réalité faite de sensations fortes, de volupté, de luxe, d’images belles à couper le souffle et d’actions au charme poétique d’un épicurisme immédiat.
L’idéal bondien donc.
Les +
-Roger Moore, brillantissime et exemplaire, il porte le film sur ses épaules avec une légèreté et une crédibilité inouïe. Pour la première fois de la saga, on prend conscience que cet homme est un vétéran, qu’il est né sur les champs de bataille de la seconde guerre mondiale et qu’il est à sa place seulement une arme à la main face à une armée pour protéger jusqu’à son dernier souffle sa patrie. On prend conscience qu’il est Commander, et qu’en temps de guerre ouverte, il ne serait pas agent secret mais à la tête d’une flotte navale et qu’il y serait au moins autant a sa place que dans un Casino si ce n’est plus ! Et à l’image du film on trouve un équilibre parfait entre le soldat qui devient sauveur aux proportions bibliques et de l’autre un humour et des envolées douces et romantiques comme dans une aventure d’un conte enfantin.
-La Bond-Girl, Anya Amasova, belle et dangereuse, elle est le modèle de la Femme Fatale qui sévira dans les décennies suivantes.
-La photo de Claude Renoir. Il faudra le voir pour le croire…
-Les Décors de Ken Adam, poussé a bout dans ses idées mégalomaniaques. Ce qu’on imaginait jusque-là possible seulement en maquette prend vie à taille réelle et filmé de façon si impressionnante que le moindre mur semble être plus haut que la façade d’une montagne et dont les hommes ne sont que des insectes. La base d’Atlantis et l’intérieur du Tanker font partis des plus grandes pièces d’histoires de l’héritage bondien.
-La séquence de pré-générique, valant la vision du film à elle seule.
-Le Générique de Maurice Binder, tout simplement le meilleur de tous. Les précédents ressemblent à des brouillons à coté et les suivants à des redites. Visuels incroyablement beaux, enchaînement de couleurs saturées et de tous les thèmes bondiens dans une féerie bien à l’image du film.
-Jaws, homme de main pourvu d’une dentition métallique assez problématique pour les rapports sociaux. Le plus grand homme de main de la saga, littéralement.
-Le ton, passant de l’humour bien maîtrisé à un grand sérieux lors des scènes d’action.
-La voiture évidemment, superbe Lotus Esprit ’77 amphibie utilisée a sa juste valeur… « Can you swim ? »
-Un format scope 2.35 rendant compte de ce que doit être un beau plan large.
-La musique de Marvin Hamlisch. Sans être à la hauteur de John Barry dans ses grandes heures, on a droit à de grand moments épiques dont un morceau (Bond 77) terriblement bien pensé.
-La chanson-titre de Carly simon. Pur moment de romantisme lançant à l’époque le plus grand slogan de la franchise : Nobody Does It Better.
-L’accumulation de scènes cultes, fun, cool et ultra jouissives.
-Le film a 30 ans et si Cameron et MacTiernan n’avaient pas été là au milieu des années 80, il aurait eu et gardé la couronne du meilleur plus grand film d’action de tous les temps. Cela dit, il reste à la hauteur de ses contemporains qui eux prennent un sacré coup de vieux face à ce monstre pelicullaire.
Les –
-Le méchant a cet étrange défaut de ne pas faire partie des meilleurs dans un film qui aurait dû logiquement le faire, d’autant qu’il est interprété par un très grand acteur de renom.
-Bien que la b-o soit excellente, on ne peut pas s’empêcher d’imaginer si le film aurait été parfait et complet si John Barry s’en était chargé.
Note générale : 6/6
Sur l’échelle des Bonds : 7/7
Chef d’œuvre du film à grand spectacle se dessinant sous la forme d’une invitation au grandiose, à la classe, au rire, au charisme et à l’émerveillement pur.
Grosse baffe technique et visuelle, acteurs habités, histoire démentielle, décors, paysages et cadres dignes du Louvre et réalisation du plaisir instantané, rarement le terme de « grand film » aura été si peu usurpé.
Un Indispensable a placer dans les meilleurs de la saga.

hum...
CE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS
-Sept Bonds pour Roger Moore et leur grand point commun c’est qu’ils ont tous quelque chose de français. Cette fois c’est carrément la Sardaigne et la Corse utilisées pour les extérieurs ainsi que le Sud de la France pour loger l’équipe du film. De plus le méchant même du film, Stormberg est joué par le grand Curt Jurgens, grand acteur autrichien mais ayant passé la majeure partie de sa carrière en France et ayant notamment joué dans les deux Michel Strogoff, Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, Le Jour le plus long, La Bataille d’Angleterre, Pas de roses pour OSS 117 (9 ans avant ce Bond) et un film de Pierre Tchérnia aux cotés de Michel Serraut et Jean Poiret s’intitulant La Gueule de l’autre.
-Le saut à skis du mont Asgard est bien digne de l’Olympe. Saut unique de ce type à l’époque, il fut réalisé par Rick Sylvester, un dingue d’action paré pour les cascades suicidaires. Le saut ne fut réalisé qu’une seule fois et bien que prise par 5 caméras, une seule réussit à garder le cascadeur dans le cadre pendant tout le saut. Cette prise unique et sans coupure peut être vue dans le film. Lors de l’ouverture du parachute, on peut voir par-dessus les couleurs du drapeau anglais, ce qui déclencha une standing ovation lors de l’avant-première Royale du film.
-Premier Bond à avoir été filmé en Dolby Stéréo.
-Premier Bond à n’avoir été produit que par Albert Cubby Broccoli. Ce personnage si excentrique mérite bien une autre anecdote. Pendant le tournage égyptien, la bouffe était si mauvaise que les techniciens ne voulaient plus faire de pause déjeuner. Cubby voulu faire arriver par avion de la bouffe venue d’Angleterre, mais impossible. Alors, tout simplement, il alla lui-même dans un supermarché occidental du coin, et finit par faire tout seul assez de pâtes bien italiennes pour plus de 300 personnes. Al dante.
-Comme je le dis plus haut, le film n’a pas grand rapport avec le livre du même nom, et pour cause : le roman d’origine est une histoire quasi hors-continuité présentant le point de vue d’une Bond-Girl dirigeant un petit hôtel de Province. Bond n’arrive que dans les tous derniers chapitres et il ne s’y passe pas grand-chose en termes d’action. Fleming lui-même avait précisé dans son contrat qu’il était interdit d’adapter ce roman a la lettre et que 10 ans après sa mort, les scénaristes seraient obligés de changer l’intrigue même si ils gardaient les titres des romans et certains noms de personnages. Une intuition salvatrice qui a permis à la saga de se moderniser sans jamais prendre une ride.
-le film a reçu 3 nominations aux oscars : meilleure direction artistique, meilleure musique et meilleure chanson.
-Pour la première fois, on peut entendre dans un Bond, outre la musique originale, du Bach, du Chopin et même du Mozart…
-Au total 12 scénaristes ont été engagés pour le film dont a été abouti 15 scénarios très différents. Dans une des dernières versions, la tournure de l’histoire avait un coté très intéressant chez les fans : on devait voir le retour du SPECTRE et de Blofeld. Ils kidnappent les sous-marins comme on le voit dans le film et organisent un chantage contre la survie du monde. Une faction traîtresse naît dans les rangs lorsque le nouveau numéro 2, Stormberg propose la destruction du monde sans chantage. Une mutinerie se transforme en guerre et aboutit à la mort de Blofeld, tué par Stormberg qui crée alors un nouveau SPECTRE. Hélas à l’époque Kevin MacClory vient de remporter un de ses procès contre Saltzman et Broccoli, gagnant ainsi un droit exclusif sur les personnages de Blofeld et du SPECTRE dans le but de réaliser un bond concurrent (il y parviendra en 1983 mais c’est une autre histoire).
-Premier Bond à faire référence de manière directe au passé de Bond, créant une continuité entre les ères des différents acteurs et nous poussant a croire qu’il s’agit de la même personne. Dans une scène de bar, on parle du C.V. de 007, ses états de service à la Royal Navy, son mariage et la mort prématurée de sa femme (ce qui énerve Bond d’un coup).
-Lors de la mort d’un soldat on peut entendre le Wilheim scream si cher à George Lucas.
-Sort à la date fatidique du 7/07/1977, le 10ème Bond fut l’un des plus gros succès de sa décennie, récoltant plus de 180 Millions de dollars dans le monde, pour un budget à l’époque colossal de 13,5 Millions (en comparaison le premier Star Wars n’avait coûté « que » 8 Millions).
-Pour l’intérieur du Tanker le Liparus, Ken Adam construisit le plus grand studio du monde, toujours existant à l’heure actuelle, à Pinewood Studios, le 007 Stage. Un problème éclata alors : impossible d’éclairer suffisamment, aucune caméra ne pouvait filmer l’ampleur de la construction en entier. Adam appela donc un ami a lui pour lui demander conseil : Stanley Kubrick himself ! Le génie barbu lui apporta moult conseils et vint même pendant le tournage incognito pour travailler (il était alors en écriture et en recherche de décors pourShining) à la seule condition que personne ne sache qu’il a aidé. Sa participation au film ne fut découverte qu’après sa mort, en 1999. Le décor fut finalement nommé le Plateau de Jonah, en référence à l’histoire biblique de Jonah dans laquelle il se fait avaler par une baleine. Dans le film, c’est le Tanker qui avalent des sous-marins.
-Réalisateurs considérés pour le film : John Landis et Spielberg. Ce dernier, suite a son refus, inventa son propre Bond avec son pote Lucas pendant l’été 1977 : un certain Indiana Jones…
-Films utilisées comme références directes dans le film (hors-Bond) : Docteur Jivago (on peut y entendre la même musique du personnage féminin principal), Laurence d’Arabie (le style de Lean est bien repris dans les scènes désertiques et même la célèbre musique du film est reprise dans une séquence hommage) et les Dents de la Mer (en vo, le titre du film est Jaws, c’est-à-dire le nom du personnage de Jaws, référence directe à Spielberg en plus du requin combattant Jaws à la fin du film).
-Films qui ont pris l’espion qui m’aimait comme référence (Hors-Bond) : Bridget Jones 2,Austin Powers 3 : Goldmember, Team america : World Police, Love Actually, Lost In Translation, Spy Kids, Le boulet, xXx, les Indestrcuctibles, True Lies et la plupart des James Cameron de manière générale pour les scènes sous-marines.

Je ne peux que partager ton avis sur ce film. Sans conteste la meilleure contribution de Roger Moore au sein de la série, et un film d’action impressionnant.
étrange choix d’image !
On fait avec ce qu’on trouver a 21h30 au boulot ^^
Si j’ai fait une erreur par contre dit le moi !