Les Vampires
LES VAMPIRES de Louis Feuillade - 1915-1916
IRMA VEP
La France a inventé le serial. Le feuilleton filmé à suivre, les sagas à suites à l’infinies, les séries télé, c’est nous.
Bon ça vient pas vraiment de Vampires mais de Nick Carter mais c’est quand même français à la base. Et puis après carter il y a eu Zigomar, et après ça la saga des Fantomas, et enfin en 1915, Les Vampires de Feuillade.
Comme son nom l’indique de manière évidente, la saga de Feuillade (10 films entre 40 min et une heure) ne parle pas du tout de suceurs de sang mais d’un groupe de criminels poursuivi par un journaliste sans relâche à travers Paris.
Chaque semaine, le texte qui accompagne le film paraît dans le journal, et on retrouve l’épisode suivant avec le texte qui va avec la semaine d’après, et ainsi de suite jusqu’en 1916. Feuillade s’inspire de la peinture, de romans, de ses précédents travaux (fantomas, c’était lui aussi) et il écrit l’histoire au fur et a mesure qu’il l’a filme (ce qui se ressent dans les derniers épisodes, de plus en plus longs et de plus en plus compliqués).
Bien sûr c’est du cinéma muet. Les intrigues complexes doivent être quand même assez lisibles pour qu’on puisse les piger a travers le langage corporel des acteurs. L’image est donc particulièrement soignée, marquante, remplie de symboles. L’image-signature reste donc Irma Vep (anagramme de..de…arme vip ?), la première vamp du cinéma (d’où le terme, bah oui). Une silhouette très féminine serrée dans un costume de soie noir très moulant. D’abord personnage secondaire, elle devient si évidente, si populaire, qu’elle prend de plus en plus d’importance jusqu’à devenir la chef des Vampires. Erotique, surréaliste, lyrique, ses apparitions font preuve d’une beauté étrange, nouvelle, macabre. On sent ici l’inspiration directe ou indirecte de millions de travaux, films et autres. Pas étonnant que les surréalistes se soient jetés sur l’actrice (Musidora, sans déconner, elle s’appelait Musidora) pour en faire leur égérie. C’est le sexe et la violence, l’amour et la mort, eros et thanatos, tout en un seul personnage. Une somme de poésie, un noir profond qui la fait naturellement ressortir de chaque plan puisque c’est du noir et blanc très grisâtre. C’est le fantasme des hommes et un pouvoir imaginaire libérateur que de voir cette femme aller de toit en toit et faire ses acrobaties pour transgresser la loi et toute forme d’autorité.


"Selina Kyle, vous êtes virée ! Quant à Bruce Wayne, pourquoi diable vous déguiser comme Batman ?"
Et oublions pas qu’on est Fin 1915-Début 1916. On est en plein milieu de la première guerre mondiale alors que les français crèvent partout dans les tranchées. Le public avait besoin de s’échapper de cette réalité étouffante, besoin de pouvoir rêver, de pouvoir imaginer autre chose, besoin de se divertir. C’est une saga d’utilité publique qu’a fait Feuillade. D’autant que c’est pas un con : même si il flirte parfois avec le fantastique, il tient coûte que coûte a placer son univers larger than life et ses personnages ô combien théâtraux dans une réalité tangible, crédible. Pour lui c’était du décor naturel et de simples extérieurs. Mais pour nous, qui voyons ça avec un siècle d’écart, c’est un film historique, qui nous rend compte de l’environnement de cette époque, a quoi ressemblait la vie, les rues, Paris, les maisons, le quotidien. L’intérêt est donc multiple a le découvrir ou le revoir aujourd’hui : c’est une source d’histoire, une source séminale infinie pour le cinéma de genre (dont nous sommes les garants, les initiateurs et les maîtres absolus en cette époque) et c’est vraiment fun. Alors oui c’est très vieux et faut s’accrocher pour ceux qui sont pas habitués au muet, mais ça reste vraiment prenant et rempli de pépites et on se dit souvent « meeeeerde, ça aussi, ça venait de là ?! ». Et ça, c’est la marque des grands.
6/6
poétique, envoûtant, drôle, addictif et visuellement un trésor qu’on a jamais cessé de piller depuis.

Punaise, mais c’est que ça donne envie!
(aaah, la fameuse Musidora!! tiens, on dirait Fantomette…)
Pas vu celui-ci ! Mais je suis preneur. A quand un petit article sur Nosferatu ?
quand y’aura une théma Häälleumande sur chroniques ciné^^