Le Voyage dans la Lune
LE VOYAGE DANS LA LUNE de George Méliès - 1902
UN SAUT DE GÉANT
Méliès n’a pas inventé le Cinéma. Il n’a pas inventé le montage, ni la narration. Il n’a pas inventé le film d’amour, ni le polar, ni le porno, ni la comédie musicale, ni le western, ni le film d’action. Il a pas inventé non plus le documentaire, ni le gore, ni le burlesque, ni la comédie, ni l’animation.
Par contre, il a peu près inventé tout le reste.
Méliès a été le premier metteur-en-scène tel qu’on l’entend aujourd’hui, le premier auteur. C’est le premier a avoir eu une velléité artistique, c’est le premier qui a vu une caméra comme un peintre voit un pinceau. C’est un français qui a inventé le cinéma, mais c’est aussi un français qui a inventé l’objet-art de cinéma. Et c’est ce même français qui a inventé le cinéma de genre. Pas un anglais, ni un américain. Ça vient pas d’Eisenstein, ni de Griffith, ni d’Edison. Le cinéma de genre, c’est une invention française. C’est a nous.
C’est donc à Méliès qu’on doit le premier film fantastique, le premier film d’horreur, le premier film d’aventure, le premier film à énigmes, le premier film de guerre, le premier biopic et surtout le premier film de science-fiction.
Alors techniquement, le premier film de s-f n’est pas Le Voyage Dans La lune, mais La Lune à un mètre, du même Méliès (1898) où un astronome rêve de la Lune. Mais avec Le Voyage Dans La Lune, c’est un peu l’ancêtre du blockbuster qui est monté : de grands moyens, une durée très longue pour l’époque (environ un quart d’heure selon la vitesse), des effets spéciaux, des héros, des méchants, un happy end, de la violence, de la romance, de l’aventure, du rêve, de la magie. Et non seulement la s-f c’est français, mais en plus ça s’inspire d’un bouquin aussi français, de la Terre à La Lune de Jules Verne. C’est vraiment la culture française qui inspire la création artistique française. C’est dire a quel point ça fait partie de nôtre patrimoine et de nôtre culture. Et c’est ce qui a amené au serial, le serial à la série b, puis à Star Trek, puis à 2001, puis à Star Wars, puis à Avatar.

Au clair de Terre
L’histoire raconte comment le professeur barbenfouillis va créer un obus et le faire propulser sur la Lune. Une fois arrivés, les astronautes combattent les sélénites (une vieille légende grecque reprise par H.G. Wells en son temps), ils s’échappent et rentrent sur Terre en héros avec un sélénite accroché à l’obus. Le film consiste en une dizaine de saynètes en plans fixes, chaque effet venant du plateau (comme au théâtre) ou à la caméra : superpositions, fondus, effets de montage (les sélénites explosent dans un nuage de fumée quand on les frappe). Il y a un côté féerique dans l’aventure : les astronautes rêvent des étoiles, il neige sur la Lune, celle-ci est personnifiée par Méliès lui-même avec l’obus dans l’oeil… Les plans sont composés, minutieusement, élégamment. Il y a du style, de la texture, de la recherche plastique.
Il y a aussi une émotion qui se dégage, une expérience, un divertissement, quelque chose qu’on ne retrouve pas dans la nature et que seul l’art de la représentation pouvait créer. Et c’est créée par le trucage, par la technique, par le fait de faire de grands décors compliqués, de placer de l’action a mesure que le film avance. C’est une leçon de Cinéma rudimentaire mais essentielle que trop oublient aujourd’hui. C’est du noir et blanc, c’est muet, ça dure une dizaine de minutes, ça a plus d’un siècle, et ça a pourtant plus de peps, d’inventivité et de création artistique que la plupart des films français aujourd’hui. Et quand Edison a volé une copie pour en tirer des milliers d’exemplaires sans verser un centime à Méliès, ça a été le début de la fin. Une dizaine d’années plus tard, Méliès prenait se retraite définitive et forcée, ruiné. C’est peut-être le vol de propriété intellectuelle qui a achevé Méliès, mais a chaque fois qu’on oublie la leçon de cinéma, la leçon du rêve, la leçon du merveilleux, la leçon d’art qu’il nous a donné avec Le Voyage dans la Lune, c’est lui qu’on tue une nouvelle fois.
6/6
Chaque réalisateur, chaque scénario, chaque film qui a touché de près ou de loin à la science-fiction le doit et le devra pour l’éternité à un français : George Méliès.

Jeviens d’apprendre quelque chose… l’ignare que je suis se demandait encore d’où venait cette image de la lune qui se prend un cigare en pleine face…
Où le trouver?
trouvable en dvd dans n’importe quelle fnac rayon classiques, souvent avec d’autres films de meliès.
Grand moment de cinéma. C’est vrai qu’on réalise rarement ce qu’on doit à Méliès. A chaque fois que je vois ses films, je suis absolument étonnés par les trésors d’ingéniosités et d’imagination qu’il a déployé à l’époque.
Je l’aime déjà alors que je ne l’ai jamais vu, je n’en connais que quelques images, et puis c’est de la culture générale. Méliès m’a toujours fascinée. J’ai le film dans un coin, il faut vraiment que je me prenne le temps de regarder ça, tiens, depuis le temps que je me le dis…
L’image est archi connue, mais je n’ai jamais vu le film. Va falloir remédier à ça !