La Horde

mar 12, 2010 5 commentaires de Marv

LA HORDE de Yannick Dahan et Benjamin rocher

L’histoire :
Décidé à venger la mort d’un des leurs, des policiers prennent d’assaut une tour HLM, dans laquelle s’est barricadée une bande de gangsters. Mais la tour va se retrouver assaillie par une armée de morts-vivants et flics et malfrats n’auront d’autre solution qu’unir leurs forces pour vaincre la horde…

OPERATION FRISSON
Alors autant vous le dire tout de suite, il sera difficile de prétendre à un quelconque recul critique un minimum objectif pour moi. Non pas parce que j’ai fait parti des 300 geeks a jouer les figurants, apparaissant dans le film pendant au moins un bon quart de seconde dans le rôle-titre, ni parce que ma main passe à la postérité wharolienne en étant sur l’affiche du film (tout a droite, la plus proche du shotgun d’Ebouaney, c’est bibi), mais parce que je m’attaque au premier film du mec qui m’a donné envie de faire de la critique de films en premier lieu. Si vous lisez ça, ici, maintenant, ben c’est a cause de lui. Plus qu’un maître a penser de l’art de la rhétorique ou qu’un mentor de l’analyse filmique doublé d’un fin amateur de substances psychotropes, il a représenté ma meilleure école de Cinéma (et donc si je deviens un mauvais réalisateur, je pourrai toujours dire que c’est de sa faute), le mec qui m’a enseigné ce qu’est le 7ème art, l’importance de la technique, d’un découpage, d’un cadrage, de la supériorité de la réalisation et de la mise-en-scène, de se démarquer des guerres de chapelles et des Ayatollahs de tous bords qui ne manqueront pas, soyez en sûrs, de dézinguer le film avant même qu’il sorte en salles.
Si je parle a tout bout de champ de cojones, d’oeuvres viscérales, de montage, l’importance capitale du film de genre comme garde-fou sociétal, vecteur de puissance d’évocation et de libération d’imaginaire ou d’outil hygiénique de subversion, c’est a cause d’un chauve toulousain fan de star trek et de steven seagal, qui décrit spielberg comme le cinéaste le plus complet de l’histoire du 7ème art, est capable de dresser des filiations entre les Carpenter, Mctiernan, Coen, Zombie d’aujourd’hui et les Hawks, Ford, Peckinpah d’hier et dénonce les “pantalonnades gonzos” comme la gangrène du cinéma français entre deux parties de Warcraft en bouffant des choucroutes à la bière.

"Bonjour c'est pour le recensement"

Après avoir contribué à Positif et Mad Movies et fait les beaux jours de canalsat sur DVD Amor puis le mythique Opération Frisson, première émission du PAF a dire du mal des sorties dvd et a ne pas hésiter a raconter à l’antenne ses brouilles burlesques avec les attachés de presse, ce qui lui a valu une réputation telle qu’il se trouve craint et presque jamais invité sur les plateaux télé critiques qui n’ont de critiques que le nom, et il suffit d’avoir vu la bête se charger de cas cliniques (François Bégaudeau sur Halloween et Christophe Honoré sur Starship Troopers, entre autres) qui comprennent autant le cinéma que mon système digestif comprend la cuisine indienne pour comprendre que le toulousain peut détruire la crédibilité de n’importe lequel de ces imposteurs en deux temps, trois mouvements.
Symbole iconique malgré lui d’un mouvement de pensée Geek au pays des fromages qui puent comme l’a pu l’être Kevin Smith à ses débuts (toutes proportions gardées), et jusqu’à encore très récemment seul défenseur télévisuel des Del Toro, Peter Jackson et autres Sam Raimi, le voilà qui passe de la théorie a la pratique et du verbe à l’action.

THE WILD BUNCH
Comme premier film, Dahan (accompagné ne l’oublions pas de l’indispensable Benjamin Rocher) annonce franchement la couleur : Huis-clos, zomblards, Flics, Gangsters, shotguns, explosions, traitement comic-book, sans concessions, hardcore autrement dit une véritable profession de foi pour un cinoche de genre français intègre et viscéral (voyez) et offre aux cinéphages acharnés un monument de culture geek aussi jouissif que dévastateur.
Que les choses soient bien claires, après avoir sué sang et eau au financement (minime de 2 millions d’euros, autrement dit presque rien) et avoir ramés sur le styx pour soigner la post-prod, La Hordeapparaît comme un véritable miracle de production dans une industrie sur le point de renoncer presque définitivement au cinoche de genre, sous la forme d’une déclaration d’amour au cinéma que NOUS on aime doublé d’un bon coup de shotgun dans la face de tous ceux qui nous empêchent d’en voir plus souvent.

Beau à mourir

Autant ultra-référentiel que généreux et radical dans sa mise-en-scène, Dahan et Rocher réalisent ni plus ni moins que le premier avatar d’une nouvelle culture badass à la française digne de ce nom qui n’a rien a envier à ses concurrents espagnols, mexicains, anglais, ricains ou même néo-zélandais. Vendu sur l’argument “The shield meets 28 jours plus tard“, le film tend plutôt son pitch vers un remake officieux d’Assault sur le Central 13 de Carpenter auquel il offre (plus que son remake de richet) une deuxième santé et une approche digne d’un Rob Zombie sur son Halloween en même temps qu’une relecture pertinente et respectueuse du genre huis-clos. Un peu a la manière d’Une nuit en Enfer, le film glisse et bascule du polar au fantastique via un traitement comic-book assumé et d’un premier degré sans faille sans que ça l’empêche de virer dans des débordements comiques qui permettent de faire respirer le récit. Armé d’un casting de puissants salopards à l’interprétation toujours sur le fil (grand jean-pierre martins), toujours intense (énorme aurélien recoing, méconnaissable), parfois même too much (Eriq Ebouaney hurlant dans le vide…), cadré serré, souvent à l’épaule et découpé en fonction du sens du plan (et pas du dialogue) Dahan évite les scènes plans-plans et les champs/contrechamps, prend parfois le temps de bien articuler ses scènes (le toit), de composer soigneusement ses beaux plans (le premier zomblard, Paris version apocalyptique en pano large ou le même paris entre-aperçu via le reflet d’une porte vitrée faisant furieusement penser àMunich et la Guerre des Mondes), aligne les moments de bravoure et d’épique comme on en rarement vu dans le genre zomblard (dont une gatling semblant tout droit sortir de Predator ou du Vulcan Raven de Metal Gear Solid ou encore une pure vision de l’enfer digne d’un dessin de Frazetta et de la jaquette du premier Doom avec la scène la plus badass de toute l’histoire du cinéma français, d’une puissance iconique rare et je suis pas peu fier de dire que c’est celle où j’apparais), donne du grain a moudre a sa superbe b-o (composée par Christophe Fennertz, un sous-Michael Giacchino habitué aux musiques de jeux videos comme Medal of Honor) et n’hésite pas a éjaculer des hectolitres de liquide sanguin à la gueule du spectateur qui doit se rendre compte que c’est un putain de miracle que le film se ramasse seulement une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement (alors que pire l’aurait condamné à un ghetto dans la distribution).

"J'insiste, prenez un chewing gum Emile"

Alors comprenez moi bien, je dis pas que tout est parfait (y’a des raccords dans l’axe qui me font grincer des dents, des dialogues gonzos bien tartinés de bout en bout et la chanson de rap du générique de fin est a hurler de rire), je ne crie pas au grand chef d’oeuvre définitif qui parviendrait a rattraper 30 ans de retard d’un seul coup en 1h40, mais il comble un vide vertigineux et face à une telle démonstration de sincérité, de volonté, d’ambitions, de générosité, de radicalisme, de respect et de compréhension du cinéma de genre on ne peut que s’incliner et en redemander.
Putain, vivement le prochain.

5/6
La coïncidence tombe bien : Le premier film de zombies français est aussi un des meilleurs modèles du genre.
Digne héritier de Carpenter, Milius et Peckinpah et lourd symbole geek, La Horde marque de par sa simple existence une forme de succès salvateur qui ne doit pas rester un prêche dans le désert.

"Chérie ça va couper"

Ciné Français, Cinéma

A propos de

Descendant direct des plus grands héros de l'espèce humaine, le Marv est un aventurier au coeur d'or, dont le courage et la bravoure sont si puissants qu'ils pourraient lui faire soulever des montagnes ou des jupes par la seule force de sa pensée et dont les exploits sont si impressionants qu'ils sont vénérés jusqu'au pays du soleil couchant. Sans peur, humble et d'une modestie folle, le Marv, ce grand romantique, est un passionné. Amoureux du cinéma depuis 1895, le Marv n'a de cesse que de bouffer de la pelliculle jour et nuit quitte à en exploser. Le Marv est particulièrement féru de cinéma de genre, de tout ce qui se prête à la subversion, la culture geek, la contre culture et qui montre les tripes de son auteur. Le Marv dèteste le politiquement correct et le cynisme. Mais ce que le Marv préfere, ce sont les films qui arrivent a aligner à l'image un sens aigu de l'awesomeness, un propos philosophique, une pertinence métaphysique, des femmes nues et des grosses explosions.

5 réponses à “La Horde”

  1. fylyp82 says:

    Ca a l’air bieeeeeeeen 0_0

  2. Marv says:

    cooool.
    (manque juste le T du the du the wild bunch)

  3. grishka says:

    J’ai été agréablement surpris quand je l’ai vu au cinéma celui-là !
    Bien foutu (de toute façon un petit budget n’est pas forcément un gros obstacle pour faire un film de zombies), j’ai pas grand chose à ajouter au a ton texte Marv.
    En tout cas “il était temps” !

  4. Kryska says:

    Ouh pinaise ! Ca m’a l’air assez fun tout ça ! En tout cas ta critique fait mouche Marv, on sans que c’est tes tripes qui parlent ^^
    Oui bon ok c’était facile comme jeux de mot… En tout cas ça me donne envie de voir le film :-)

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