Janua Vera

mai 12, 2010 1 commentaire de

Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski (éditions )

Voilà un recueil de nouvelles que je suis content d’avoir lu ! Merci au Cercle d’Atuan pour la découverte.

Je me souviens encore de certains recueils de nouvelles qu’on nous faisait lire au lycée… rarement passionnant en ce qui me concerne. Il a fallut attendre Miroirs et Fumées de Neil Gaiman pour renouer avec ce format.

Et je découvre cette fois-ci un auteur qui m’ai inconnu, Jean-Philippe Jaworski. Auteur de quelques jeux de rôles, il à écrit ensuite le recueil qui m’amène : Janu Vera, collection de nouvelles se situant dans le Vieux Royaume, monde médiéval fantastique, encore que la fantasy s’y fasse rare. En huit nouvelles distinctes, c’est à un petit voyage dans les temps anciens d’un monde inconnu que nous convie l’auteur.

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La première de ses nouvelles porte le nom du livre : Janua Vera. Relativement courte, mais dégageant un parfum de mythe et de légende, ce passage s’intéresse au Dieu-Roi Leodegar qui reigne sur le vieux royaume. Chaque nuit il est réveillé par un rêve, qui se termine invariablement par des coups donnés sur une porte. Et ses sujets s’inquiètent, comment un Dieu vivant peut-il être troublé par ses rêves. Leodegar ne comprend pas. Il va chercher par tous les moyens la clé de cette énigme qu’il ne comprend pas, nous entrainant à sa suite dans cet univers onirique, teinté d’une flamboyance sur le déclin.

Le style de Jaworski est assez incroyable. Sa connaissance et son utilisation du vocabulaire français (autant le dire tout de suite, il faudra garder un dico sous la main) est saisissante. Il dresse le portrait de lieux et d’ambiances de façon précises et envoutante. Et que dire de cette plongée dans la tête d’un homme qui a tout conquis, tout unifié, mais doit se souvenir qu’il n’est qu’humain, devant cette porte ?

J’ai adoré cette petit tranche de vie (au sens propre) ; Leodegar est impressionnant, hautain et chancelant, avec une aura grandiose. On pourrait aussi passer des heures à s’interroger sur le parallèle entre le souverain et son royaume grandiose mais vacillant.

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La deuxième nouvelle s’intitule Mauvaise Donne. On y découvre, plusieurs siècle après la vie de Leodegar, Don Benvenuto, assassin dans la prestigieuse république de Ciudala. Acceptant un contrat confié par son mentor, notre homme se retrouve rapidement mêlé à un vaste complot, qui l’amènera à user de toutes ses ressources et de toute sa tête pour s’en sortir. Excellent nouvelle, on retrouve ici la savoureuse maitrise du français qui fait le style de notre auteur. Le découpage est exemplaire, avec un rythme quasi parfait. Sans oublier des personnages fascinants et profonds. Le personnage principal, Don Benvenuto peut sans problème concourir dans la catégorie des « salopards sympatiques », auquel on s’attache très rapidement. Cette nouvelle a une suite, Gagner la Guerre, dans laquelle on retrouvera notre héros pour la suite des ses aventures. Et c’est tant mieux, tant la nouvelle m’a laissé sur ma faim.

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Notre auteur, barbu en plus

Un groupe d’homme, dont un chevalier, souhaite traverser un guet, détenu par une petite bourgade. Seulement la châtelaine du coin en à interdit l’accès. Le groupe sollicite alors audience pour obtenir l’autorisation de passage. Telle est l’histoire de la troisième nouvelle, Le Service des Dames. Jaworski nous invite ici à une aventure en deux partie. La première explore allègrement les us et coutume de la courtoisie médiévale. Partie fort bien menée, tant elle ressemble à un jeu que se jouent deux personnages. La deuxième partie relate une petite expédition avec notre trio. Je ne suis pas le plus qualifié pour en juger, mais d’autre lecteurs du Cercle ont trouvé les description que fait Jaworski des chevaux tout à fait exemplaires.

J’aime beaucoup le personnage d’Aedan, le chevalier : à l’aise avec la courtoisie légèrement mordante, il sait aussi réfléchir vite et bien. La Châtelaine est merveilleusement… retorse.  La chute est une petite merveille.

Jaworski renouvelle ici son vocabulaire de fort belle manière pour s’adapter à un ton plus léger en première partie. Si les différentes parties sont bien marquées, la nouvelle se lit bien.Tout juste une légère baisse de rythme au début de l’expédition, mais ça ne m’a pas gêné.

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Une offrande très précieuse. Pas ma préférée celle-là, j’ai eu du mal à la lire. L’histoire d’un soldat grièvement blessé suite à une échafourrée qui à mal tournée. Il se retrouve à traverser une forêt étrange, portant son compagnon mourant. Ce n’est pas toute l’histoire, mais je peux pas en dire beaucoup plus sans gâcher le récit . Le personnage est intéressant dans la mesure ou il subit beaucoup, et sort du moule des personnages maitre de leur vie, de leur destinée, de leur liste de course… Lui il veut pas décider, ni choisir ; il veut juste faire ce qu’on lui dit.  Et il souffre, blessé dans les premières pages, il va trainer ses blessures pendant toute la nouvelle, et je peux vous dire qu’on souffre avec lui, looooonguement.

C’est surtout le rythme avec lequel j’ai eu du mal : dans la forêt, les interminables marches… Ça peut s’expliquer par ses blessures qui lui brouillent le cerveau… Ça peut s’expliquer par son lourd passer, qu’il traine avec lui à chaque pas. Mais ça reste long. Le récit accélère sensiblement plus tard, juste a temps pour nous servir un épilogue poignant. A noter qu’on retrouvera le chevalier Aedan dans un rôle plus que secondaire.

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La cinquième nouvelle se présente sous la forme d’un petit conte, le bien nommé Conte de Suzelle.

Joli travail de l’auteur qui arrive en une cinquantaine de page à nous faire vivre la vie de Suzelle, depuis on enfance, avec un sens du détail et du rythme pointu (et c’est peu de le dire tant les périodes peut intéressantes pour elle nous semblent lentes).
L’histoire en elle-même est jolie aussi, j’ai tout de suite accroché a cette gamine maladroite mais au final plus attachante que les autres. Elle n’a pas eu une vie rêvée c’est sur. Mais à la fin, elle a eu la chance de retrouver, brièvement, une partie de son enfance, de ses émotions enfouies, un petit bout de rêve. Mon seul regret, ne pas en savoir plus sur ce mystérieux Annoeth qui ne vieillit pas, mais Jaworski ne s’étale pas sur les éléments fantastiques de ses récits, quand bien même il s’agit d’un elfe.

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Et un hommage, un ! Jaworski s’emploi dans Jour de guigne à explorer un genre qui à fait le succès de Terry Pratchett : la fantasy burlesque. On découvre ici Maitre Calame, qui se retrouve affligé du terrible syndrome de Palimpseste : quoi qu’il fasse, il est poursuivit en tout chose par une malchance des plus tenaces-, et heureusement pour le lecteur, des plus cocasse. Malheureusement pour notre héros, sa malchance est double, puisqu’il se trouve atteint par ledit syndrome alors qu’une vague de meurtres atroces plonge la ville dans l’horreur.

Bien qu’étant un hommage appuyé à Sir Terry, Jaworski utilise ici son propre style, et c’est d’autant plus plaisant à lire. Le décalage avec les précédentes nouvelles est frais et l’aventure est menée tambour battant. Je me suis bien amusé devant les péripéties improbables et dangereuses de Maitre Calame. La légèreté du ton en fait une histoire entrainante. Je l’ai lu d’une traite, le sourire au lèvre ; c’est une des plus « fluide » que j’ai lu jusque là, elle coule de source. Et a vrai dire, c’est une touche de fraicheur bienvenue entre certaines autres nouvelles plus triste.

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Couverture d'une édition des Moutons Electriques

Ils sont deux, deux hommes, courant la nuit dans le bois. Et ils appellent, sans jamais cesser, un prénom de femme. Et tandis qu’ils cherchent, les habitants n’osent sortir… Encore une excellente nouvelle ! Un Amour Dévorant s’apparente à la fois à une histoire de fantome terrorisant une simple bourgade, et à une enquête polière visant à élucider la présence de nos fantômes. Plutôt bien menée, intrigante, elle nous offre une galerie de personnages et de petites mésaventures savamment racontés. Le premier chapitre est une petite merveille d’ambiance et de mise en place, qui m’a de suite happé dans l’histoire. La suite alterne entre ambiance et enquête d’un personnage singulier, voulant coute que coute élucider ce mystère.

Les appelleurs, puisque c’est leur surnom, content parmi les plus chouettes fantômes que j’ai rencontré en lecture. Non qu’ils soient aimables, mais leur consistance, leur apparence, leur histoire et leur réactions sont juste géniales. Point de forme blanche éthérée ici, juste le reflet d’une réalité lointaine. La chute est un petit bijou d’humour noir. Bien qu’elle n’explique pas tout, elle est piquante et clos le récit comme il faut. Certains seront sans doute déçus de ne pas avoir le fin mot de l’histoire, mais ce n’est pas nécessaire, le récit ce tient tel quel.

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Dernière nouvelle (du moins dans mon édition), Le Confident tient du grand art. On se retrouve plongé dés la première page avec le narrateur, un prêtre du Desséché, qui a fait voeu d’obscurité. Cela consiste à choisir de vivre le restant de sa vie dans le noir le plus complet, sous terre. Et le voilà qui nous raconte ses occupation, son ancienne vie, sa perception du temps. Il nous explique ainsi les raisons de son choix, ses difficultés, et nous conte le entrevues qu’il a avec ses multiples visiteurs. Le tout avec une simplicité déconcertante, une humilité et une clarté d’esprit impressionnante.

Le monologue du moribond est prenant, et j’ai a peine eu l’impression de commencé la nouvelle que la fin était là. Pourtant elle n’est pas plus courte que les autres. J’ai bloqué un moment sur les quelques lignes de la fin avec une sorte de long frisson, tant elles impliquent le lecteur directement dans l’histoire.
Tout simplement génial.

§

Que retenir au final ? Déjà que Jaworski est un auteur génial, pointu, et sachant naviguer avec talent dans plusieurs registres, mais en gardant toujours une maitrise peu commune des langue, des mots et de leur contexte. J’ai passé la moitié de mon temps à m’en émerveiller, en ouvrant régulièrement un dictionnaire.

Ensuite que son univers est intéressant. Il ne cherche pas l’originalité à tout prix, en empruntant quelque élément aux classiques du genre, et à la représentation médiévale collective. Mais on sent une histoire fouillée (plusieurs siècles séparent la première nouvelle de la deuxième) et consistante. Il en ressort une impression de cohérence solide, aidée par les multiples références que ce font entre elles certaines nouvelles (ou alors deux nouvelles faisant discrètement référence à un même lieu, un même personnage, un même passé). Elles sont pourtant absolument autonomes, et les petites touches dont je parle flatteront l’imagination des lecteurs attentifs.

Un sacré livre donc, regorgeant d’ambiances et de structures diverses. Jaworski entre de plein pied dans le monde des mes auteurs préférés, et je suivrais avec attention ses prochaines publications (sans oublier de lire son deuxième livre, Gagner la guerre, ou j’aurais la joie de retrouver Don Benvenuto). Sans forcément avoir de suite aux nouvelles du présent ouvrage, j’espère retrouver certains personnages dans d’autres histoires.

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A noter qu’il existe plusieurs éditions, dont une récente, augmentée, avec une nouvelle supplémentaire.

Interview sur ActuSFInterview sur le Cafard Cosmique

Et quelques autres avis éclairés :

Chez BrunissendeLa Bibliothèque de CraklouImaginelfLe Dragon GalactiqueNevertwhereMes lectures de l’imaginaireQuadrant Alpha -

Bibliothèque, Livre

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A propos de l'auteur

Grishka level 4, multi-classé cinéma / informatique / jeux, compétence en Blog-Bazar +1, mac addict. Fan de tout un tas de truc, et quelques autres, je me fais une joie de partager tout ça avec vous dés que mon emploi du temps furtif le permet, autant dire pas tous les jours. Mais un jour le Blog-Bazar dominera le monde ! Vous pouvez me retrouver sur mon blog perso

Une réponse to “Janua Vera”

  1. fylyp82 says:

    A ajouter en haut de la pile des trucs que je devrais commencer à lire, donc !

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