James Brown : Pantalon chaud et sac tout neuf

fév 28, 2010 7 commentaires de

Il est vrai qu’en français, les textes de James Brown ne donnent pas grand chose…

« Hot pants » et « Papa’s Got a Brand New Bag » ne se traduisent pas vraiment bien dans la langue de Molière.

Mais loin de moi l’idée de vous faire une thèse sur les traductions anglo-françaises des titres funky de James, je vais plutôt essayer de retracer brièvement la carrière de ce génie musical,  et vous parler de ce qu’il a révolutionné en tant qu’artiste. Car si Elvis était le roi du rock, James Brown était sans conteste l’empereur de toute la culture noire américaine…

Tout les bons artistes viennent du Sud des Etats-Unis..

James Brown ne coupe pas à cette tradition, tout comme Little Richard et d’autres artistes avant et après lui, il vient du sud profond de l’Amérique, qui, vous vous en doutez, est une région extrêmement pauvre à cette époque. Le monde venait de sortir de la crise de 29, et certains états des Etats Unis était dévastés par la misère. Bref, il nait en 1933, et vit son enfance dans un bordel avec sa tante (et oui !). Dans le bled où il est, il n’y a pas grand chose à faire alors il passe le plus clair de son temps à mendier et à voler (à main armée) dans la grande ville voisine d’à côté : Macon en Georgie, où de grands artistes ont vu le jour notamment Otis Redding ou encore Little Richard…

Plusieurs  centres de redressement plus tard, Bobby Byrd, ( celui qui chante « Get on Up » dans « Sex machine » ) qui admire les performances de James en prison,  devient son pote et en sortant de prison, ils décident de monter un groupe : The Gospel Starlighters, qui devient par la suite The Famous Flames en 1955, et c’est là que tout démarre avec le premier single « Please, Please, Please » en 1956.

Le complexe Little Richard

Il faut pas se leurrer, nous les petits blancs européens , on se rend pas compte de l’importance de Little Richard dans la musique américaine, mais là bas, c’était un dieu vivant, un extra-terrestre. Tout artiste noir qui se respectait se prévalait de lui en musique et tout les afro-américains voulaient lui ressembler et notamment au niveau des coupes de cheveux…

La preuve...

Après avoir écumé les scènes du monde entier pendant une décennie, Little Richard arrête subitement sa tournée pour devenir prêcheur gospel, et James Brown parvient à récupérer le reste de sa tournée. S’en suit une multitude de hits avec notamment « Try Me » et « Bewildered » et le « style James Brown » commence à se dessiner….

L’ascension de Junior et la naissance d’un nouveau genre

James Joseph Brown Junior transforme la soul des années 1960 en funk, et c’est une révolution rythmique, artistique et sociologique qu’il nous impose à cette époque :

Révolution rythmique, car cette « nouvelle musique » est basée sur « The one » où tout se base sur le premier temps. Mais laissons Bootsy Collins, bassiste de James nous raconter « the one »  :

Révolution artistique : Dans le titre « Cold Sweat » (1967), on comprend bien ce que veut dire Bootsy, la basse est nettement mise en avant et le premier temps est bien appuyé, ce qui donne le groove à la suite de la mesure.

Ce morceau, d’ailleurs, pose donc les bases d’un genre nouveau pour l’époque : Le Funk . Et quand j’écris Funk, je pense à « LE funk » pas « LA funk ». Pour moi, ce sont deux genres radicalement différents : le funk est pratiquement inventé par James tandis que la funk (prononcer fonk), est plutôt située entre fin 70 et début 80, avec des artistes comme Shalamar, Delegation etc…

Ce qui est marrant, c’est ce que veut dire le mot funk : A l’époque dans les boites de nuit où passait les artistes noirs et où l’on dansait jusqu’à épuisement, les gens disaient « It’s funky in here », ce qui voulait en gros dire que ça sentait la sueur ! Non pas d’un point de vue péjoratif, mais tout simplement que, si ça sentait la sueur, c’est que la musique était bonne !

Révolution sociologique :  La communauté noire qui s’était appropriée le rock avec Little Richard découvre avec joie ses nouveaux rythmes avec ferveur, et James leur fait reprendre confiance en eux. C’est plus tard, en 1968, que le message de JB se concrétise avec « Say It Loud ! I’m Black I’m Proud ! », véritable hymne à la revendication d’égalité des noirs.

Vingt ans plus tard, les jeunes des cités s’empareront du funk de James, poseront leurs voix sur les parties instrumentales et inventeront le rap. « Disco is James Brown, hip-hop is James Brown, rap is James Brown; you know what I’m saying? You hear all the rappers, 90 percent of their music is me » dira t-il à une entrevue fin 90. Qui pourrait réfuter ses dires ?

Discographie Idéale

Comment résumer 75 albums de James Brown ?

C’est relativement dur de faire un tri. Je vais réunir ici les albums marquants, pas nécéssairement ceux qui ont fait le succès de James Brown, mais ceux qui ont fait de lui un artiste « touche à tout », à tous les styles…

On commence par le premier album de 1959 : Please Please Please

Un album de soul, où l’on découvre la puissance de la voix de James.

1960 : Think

On trouve le hit « Bewildered » et « You’ve got the power »

1963 : Live At The Apollo

Un live de légende…

1964 :  Grits and Soul

Un album jazz instrumental avec James à l’orgue. Et oui !

1964 :  Out of sight


1965 :  Papa’s got a brand new Bag

1963 live at the apollo

1965 :  (I got you) I feel Good

Vous imaginez la claque que vous devez prendre à l’époque quand vous entendez I feel good pour la première fois ?

1967 :  Cold Sweat

Le tournant musical

1969 : The Popcorn

Un album Instrumental vraiment funky, dont pleins de samples de batteries ont été extraits..

1969 : Soul on Top

Un Big Band, de la soul, et james : que dire de mieux ?

1970 : Sex Machine

Un live avec  « Get Up I Feel Like Being A Sex Machine« 

1973 : Black Caesar


Superbe B.O pour un film qui n’a rien d’extraordinaire..

1974 : Hell

Magnifique de bout en bout.. c’est un de mes préférés

1988 :  Compilation : Motherlode

J’ai mis ici l’ancienne pochette, celle que je connais, car cette compilation a été rééditée par la suite avec 2 morceaux en plus, elle contient des morceaux non sortis à l’époque, dont le fabuleux « Drive your Funky Soul », un des  summums du groove…

Je vous recommande chaudement Soul on Top, Hell, et Motherlode et les premiers albums de 59 à 61…

Goodies

Je vous ai préparé quelques goodies à voir et à écouter..

Tout d’abord une leçon de danse avec un ensemble très seyant :

Une vidéo qui montre l’application technique drastique qu’il fallait avoir quand on était musicien de James :

Quelques Photos :

A ses débuts

Période 70

Avec Chuck Berry et Bob Dylan dans les années 90

Avec son cocker, et la pose : je-suis-bien-propre-sur-moi-pour-la-photo-qu'on-va-vendre-aux-blancs

Façon Mohamed Ali

Bonus track !

J’ai tellement écouté d’albums de James que j’ai du en faire un mix…J’ai sélectionné des morceaux méconnus dans des styles méconnus de lui. Et puis j’ai fait une superbe pochette pour illustrer ce mix..

A écouter tout de suite :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

A télécharger (clic droit, enregistrer sous) :

http://tinyurl.com/yeyhjz7

May the Funk be with You, Always !

Soopa.

BioZik, Musique

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7 réponses to “James Brown : Pantalon chaud et sac tout neuf”

  1. Kryska says:

    Oh yeah ! Merci Soopa pour ce beau dossier ! Tu as raison, on va laisser tout ça en VO c’est plus funky.
    Je m’apperçois que je connais JB davantage sur ses années 70 et très peu sur la période antérieur. Bien envie de m’écouter les premiers albums ;-)

  2. fylyp82 says:

    That’s The One ! UUH! Troop fort Boosty Collins!

  3. Set says:

    Tu me devances la fylyp! See wha I mean? That’s the One!
    Bon je continue à rien faire en écoutant la compil.

  4. soopa says:

    Content que ça vous plaise !
    J’ai mis du temps, mais c’est sorti !
    a+

  5. Grishka says:

    Sorti de quelques classique archi-connus, je connais très peu. Mais ça donne carrément envie de découvrir (et il serait temps !)

  6. Cuiller says:

    Merci beaucoup beaucoup
    Quel beau travail pour notre plaisir
    Super

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