Iron Man 2

avr 30, 2010 3 commentaires de

IRON MAN 2 de Jon Favreau

L’histoire :

Le monde sait désormais que l’inventeur milliardaire Tony Stark et le super-héros Iron Man ne font qu’un. Malgré la pression du gouvernement, de la presse et du public pour qu’il partage sa technologie avec l’armée, Tony n’est pas disposé à divulguer les secrets de son armure, redoutant que l’information atterrisse dans de mauvaises mains. Avec Pepper Potts et James « Rhodey » Rhodes à ses côtés, Tony va forger de nouvelles alliances et affronter de nouvelles forces toutes-puissantes…

SHOOT  TO  THRILL

Iron Man a été un succès public et critique. Il était donc naturel et prévisible de voir une suite vite se mettre en route. Nous autres geeks étions donc excités telles des pucelles pompettes à un bal de promo avant leur premier compostage. Le résultat fut…inattendu. Et difficile a décrire.

Qu’on aime ou pas Iron Man premier du nom, on peut reconnaître objectivement des qualités sincères, comme la volonté de donner un charme cool aux personnages (notamment par l’improvisation des acteurs), la volonté de donner aux fans ce qu’ils demandent (la construction d’un univers partagé), la volonté de faire les choses bien sinon du moins correctement. La technique, sans aller jusqu’à atteindre des sommets faisait du film une bonne surprise pour pas mal de monde, parce que c’était propre, bien emballé, frais.

Mais l’optique d’une suite pour un film de super-héros pose problème. Faut-il recopier le premier ? faire du bigger and louder ? chercher une nouvelle orientation ? dépasser les enjeux et faire quelque chose de plus grand ? approfondir les personnages ? Le choix de Favreau et de Marvel Studios sera finalement de faire tout et n’importe quoi. Tout et son contraire. Mais surtout de se plier comme un ouvrier docile aux demandes des portes-monnaies. Le cahier des charges est cette fois si absurde, si évident que Favreau aurait pu le filmer en plan fixe qu’on aurait pas vu la différence. En fait, ça va si loin dans l’abandon de velléité artistique ou d’humanité dans l’histoire et les personnages qu’on peut imaginer sans peine les briefings de prods…

He was turned to steel in the great magnetic field When he travelled time for the future of mankind

Studios Marvel, préprod d’Iron Man 2…

-Favreau : bon alors là tu vois on a la première scène du film avec Stark et direct on place sa relation avec Potts au coeur de l’histoire. Ils ont un petit dialogue dans l’avion, et on fait comme dans le 1, on met de l’humour. Elle jette son casque dehors et il doit se jeter dans le vide pour rattraper son casque et là paf il atterrit sur la scène du stark Expo. Pas con, hein ?

-costard-cravate anonyme : Maaaaaaaais t’emmerde pas avec ça coco ! (il prend le scénar et le jette dans une corbeille) Qu’est ce qu’on s’en fout ! Tu sais ce que ça a rapporté les jouets Iron Man sur le 1 ? Faut qu’on fasse comme WB avec Batman, Jimmy !

-Favreau : C’est Jon.

-costard-cravate : Mais bien sûr, Johnny ! Alors le gars la première fois qu’on le voit, faut qu’on fasse comme Batman 2 et Superman 2 tu vois, ça doit être Iron Man direct. Le mec il est tout seul, il se jette dans le vide, il fait 2-3 vrilles et ensuite on finit la scène baaaah comme t’a dit, quoi.

-Favreau : mais…..mais c’est naze.

-costard-cravate : les gosses adorent ! ils veulent voir Iron Man ! Ils en ont rien a foutre de Stark ! Donne leur Iron Man ! T’as combien de scènes avec lui en armure dans le film ?

-Favreau : euuh, ben en comptant celle-là (qui doit faire 40 secondes), ça fait 4.

-costard-cravate : 4 ?? sur 2 heures de film ??? ooh oh ohhh ! alors toi t’a des couilles mon salaud ! Tout le monde veut voir le gars en armure et toi tu veux chier a la gueule des spectateurs ? alors ça, j’aime ! ça, j’adore !

-Favreau : mais non, mais c’est pour approfondir les personnages avec le scénar de Justin Theroux…

-costard-cravate : Mais bien sûr, mon Johnny (il allume son briquet et le jette dans la corbeille). Tout ce que tu veux. Tu as carte blanche. Bon alors c’est quoi ta première scène d’action ?

-Favreau : Ben c’est Iron Man contre Whiplash…

-costard-cravate : qui ? Quoi ? me parle pas comme à un de ces demeurés boutonneux de no-life et leurs conneries ésotériques ! On a qui ?

-Favreau : Downey contre Rourke. mais on voit pas leurs visages, ils ont des armures… c’est du virtuel, vous savez…

-costard-cravate : Non mais t’es malade, coco, tu veux ma mort ou quoi ?! Rourke déjà tu va montrer son visage, ça va bien vendre sur les affiches. Montre un peu du sale, du muscle, faut qu’on fasse comme si il était vraiment the wrestler… Et puis pour Downey…il peut pas avoir une voiture ?

-Favreau : quoi ?

-costard-cravate : bah j’ai les mecs du marketing jouets sur le dos, et on a rien a leur vendre comme voiture Iron Man. J’ai bien essayé de refourguer les Audi qu’on voit toutes les 10 minutes, là ça va, pas de problèmes, le placement de produits marche bien, c’est du matraquage pur et dur, à l’ancienne ! Mais les Audi, ils en veulent pas. Ils veulent une batmobile, tu vois. Il a pas une batmobile dans les comics ?

-Favreau : bah non…Il vole. pourquoi il aurait besoin d’une caisse pour se battre ?

-costard-cravate : non mais on est pas là pour faire de la logique mon bonhomme ! (le scénar a finit de flamber). Tu le tourne où ?

-Favreau : Le sud de la France. Cannes par exemple, ce serait pas mal…

-costard-cravate : mais voilà, on l’a nôtre batmobile ! Tu va a monaco, et tu le mets dans une formule 1 à la con !

-Favreau : Mais…enfin…quoi ? Pourquoi il ferait une course de formule 1 ? ça n’a aucun sens !

-costard-cravate : Mais tu va arrêter de nous emmerder avec tes questions de sens ! Il va dans la caisse et il fait la course ! Et là paf, Rourke débarque et ils se bastonnent ! ça va faire bien sur le trailer, ça !

-Favreau : Mais c’est complètement débile !

-costard-cravate : Enfin, Jon, tu deviens lucide.

Now the time is here for Iron Man to spread fear Vengeance from the grave Kills the people he once saved

Et c’est ainsi qu’on se retrouve avec une parodie de la storyline de la guerre des armures, où le scénar semble en fait se coller à la perfection à celui de Robocop 2, où chaque séquence est un prétexte au placement de produits, de jouets (le casque et le lanceur en plastique pour les 5-8 ans sont carrément dans une scène d’action sauf que là y’a plus aucune justification de rien, on est revenus aux travers de batman et robin !!!). Les mecs sont là pour faire du fric, ils s’en cachent même plus ! Ils nous faut tel jouet à tel moment, telle marque sur telle scène et démerdez-vous pour faire une histoire avec ça !

On est donc dans un film schizophrène, écrasé entre de rares espaces de libertés (les scènes d’actions abandonnées par favreau et mise en scène par Genndy Tartakovsky, un génie de l’anime us) et les exigences de la franchise : il faut faire la pub pour ses financiers mais aussi pour les futurs films, quitte a ce que ça soit ridicule et sans rapport avec l’histoire comme pour le bouclier de cap america ou le marteau de thor. Le bouclier de cap c’est encore pire : Coulson lui demande si il sait ce que c’est, Stark lui répond que oui et s’en sert de cale-meubles : WTF ? si il a la moindre idée de la valeur, de ce que représente cet objet quasi-sacré, n’est-il pas sensé lui présenter un minimum de respect ? Quand Cap arrivera il lui dira « je t’ai gardé ton bouclier au chaud, c’était un honneur et il m’a servi de cale-meubles » ?? Il n’y a plus de logique dans rien, les fous tiennent l’asile. Le Fury de Samuel L. Jackson vire a la parodie out of character, la veuve noire n’est qu’un vulgaire garant putassier pour les amateurs de silhouettes (et j’en fais partie, elle est mega-bonne, c’est vrai), Favreau se jette lui-même des fleurs en se sur-filmant et en se mettant en valeur (2 scènes d’action !! même war machine en a pas autant !! WTF !!). Quand aux personnages principaux, c’est une vaste mascarade honteuse. Justin Hammer n’a plus rien a voir avec le personnage des comics et se résume à Rockwell cabotinant a mort en méchant péteux. Mickey Rourke cachetonne (un million de dollars foutu en l’air) et fait n’importe quoi (si vous arrivez à justifier l’intérêt artistique de la sous-intrigue sur le perroquet, vous êtes champion du monde….de la mauvaise foi). Gwyneth Paltrow est fade a mourir (et maquillée comme une voiture volée), Don Cheadle est un pantin militariste…plutôt convaincant en fait vu le personnage des comics. Et enfin, Robert Downey Jr. Le bon vieux Robert, naturellement sympathique ici, en fait des tonnes. Il est constamment sur le fil du rasoir, prisonnier de scènes qui manifestement l’emmerde (tout ce qui tourne autour de la maladie) et de dialogues qui semblent de plus en plus sages et de moins en moins improvisés.  Il n’y a pas de rythme, pas de montage, pas de réal qui tente quoi que ce soit qui sorte du cadre du formatage prévu. La photo est moche, la prod design pauvre. Il n’y a pas de magie dans ce film. C’est artificiel de bout en bout, pré-mâché et bâclé sans talent particulier. Tout ces moyens, tout ce fric, tous ces discours, toutes ces promesses, tout ça pour arriver à des scènes comme un combat de 120 secondes tout mouillé sur une piste de formule 1 à monaco. Permettez moi donc pour exprimer ma pensée, de paraphraser l’un de mes poètes préférés, le grand Vincent Moscato :

Mais de qui se moque-t-on ?

Je pose la question à vous, geeks, derrière vôtre écran a vous draper dans vos principes et vos doutes : De qui se moque-ton ??

Je lis des comics, je viens de ma cambrousse, je suis là enthousiaste, le coeur flambant, j’en parle a tout le monde de ce film, j’en ai parlé de partout, excité comme une foufoute, et là, 25ème minute, UNE SCÈNE DE MALPROPRE ?!!  MAIS IL FALLAIT LES EMMANCHER CES SCÈNES-LÀ ! Je veux pas parler technique, bien entendu, bien entendu mais non, mais à un moment donné faut mettre SES COUILLES SUR LE TAPIS ! Faut en montrer ! Qu’on soit bon ou pas bons, qu’on soit inférieurs ou pas inférieurs à la concurrence, et on m’a parlé de budget mais a un moment donné, y’a plus de budget qui tienne ! C’est Iron Man 2 les gars ! C’est le dernier blockbuster de grognards ! Baïonnette au canon, il faut se saigner !! Ils nous ont refait le même film qu’il y’a deux ans ! en demi-teinte ! en quart de chanfrein ! Demi-engagé, du vernis qui s’effrite ! NON ! Moi je dis NON ! De qui se moque-t-on ? De. Qui. se moque. t. on.

Nobody wants him They just turn their heads Nobody helps him Now he has his revenge

A me lire comme ça, on dirait qu’on est partis pour un bon vieux 0/6, hein ?

Et pourtant. Et pourtant malgré tous ses défauts, et y’en a ici un paquet, j’ai envie de le défendre ce film. Parce que je me suis marré. Je me suis vraiment marré. Et prendre du plaisir a voir un film alors que t’es conscient qu’il est débile et bourré de lacunes, ça porte un nom : plaisir coupable.

Iron Man 2  est un pur plaisir coupable. Là où le premier avait (un peu) de l’humain, du crédible, du tangible, du propre, ici ça part dans tous les sens. Les morceaux (le shield, le gouvernement us, hammer, vanko, la déchéance de stark) se mélangent et s’assemblent comme si aucune pièce n’appartenait au même puzzle. Quand rourke parle de son perroquet, on sait qu’on est dans un film débile. Quand la caméra ralentit sa vitesse quand il cadre le cul de Johansson exactement comme pour les fesse de Fox dans Transformers, tu sais que t’es dans un cirque. c’est un véritable témoignage de son temps, d’une dégradation évidente de la manière de faire un blockbuster, de la part de liberté artistique et de création possible, ici réduite a si peu. Et pourtant, je le répète, ce film, j’ai envie de le défendre. Mais pourquoi alors ? Et ben d’abord parce que les plaisirs coupables sont sains pour le système, ils permettent de différencier les fumisteries des films qui aspirent à une certaine noblesse. C’est ce qui fait toute la différence entre une suite d’Iron Man et une suite à Batman Begins. C’est fondamental. C’est même nécessaire.

Ensuite le film entre dans le même travers qu’X-men 3 : des références dans le vide, de quoi donner la gaule aux geeks sans pour autant démontrer quoi que ce soit. D’autant que le « sacrifice » pour poser les bases d’avengers est tout sauf honorable tant qu’on ne sait la manière dont les 3 films suivants vont en profiter. Sauf que là, il arrive que le clin d’oeil soit logique, cohérent et bien amené. Et paradoxalement, de manière probablement involontaire, on en arrive à un point où Iron Man 2 est plus proche des comics qu’il adapte que le premier film ! On a vraiment l’impression de relire certaines storylines, c’est fidèle ! Je ne sais pas si c’est plus important qu’un bon film ou qu’une bonne réal (enfin si, je le sais, mais je me fais l’avocat du diable), mais au moins l’essence des comics est là : des armures différentes, des défis technologiques, des ennemis économiques, physiques et psychologiques, des intrigues d’entreprise et sur la déchéance de Stark, ses alliés, ses inventions, les grosses batailles, l’univers partagé…On y est. Que le film soit bon ou pas, les comics Iron Man ressemblent vraiment à ça, c’est indéniable. Et cette donnée ajoutée à l’humour ambiant à la con sui surplombe le film, donne un spectacle couillon, gonzo, over-the-top, écrit avec les pieds, mais fun. Bordel, c’est fun. Et c’est là qu’on trouve les 2 meilleurs séquences des 2 films : d’abord la scène où Stark ivre-mort pisse devant l’assistance dans son armure et se bat contre Rhodes en Mark II. C’est une scène magnifique. On a la  baston, les enjeux, les personnages, on a tout dans cette scène. C’est cette scène-là qu’il fallait prendre comme mètre-étalon a suivre pour tout le film. Bon on comprend mal comment Stark peut laisser son pote lui voler une armure et s’en foutre jusqu’à la fin du film, mais peu importe : la séquence fonctionne. Et ensuite on a le final. Et là C’est robocop 2 version Armor Wars. Enfin, on a la partouze de métal qu’on attendait et qu’on aurait du avoir dès le premier film. Et c’est vraiment cool, assez long, burné. War Machine est superbe, on retrouve des tonalités de vrai bon buddy-movie a la sauce super-héros (Sam raimi avait déviergé le terrain avec le final de Spider-Man 3 au fait, là où Schumie et les autres s’étaient toujours plantés). Et qu’importe que Rourke en soit réduit à un iron monger bis du pauvre (tiens il devient la dynamo pourpre juste a la fin finalement ?) et que sa fin prête à confusion (il crève ou pas ???). Qu’importe même que le film se conclut sur une remise de médailles effarante de débilité (c’est carrément un pompage des épilogues de Police Academy ! au plan près !). On a même, contrairement au 1, un vrai score. Bon la plupart du temps, Favreau cède a la facilité (another one bites the dust et robot rock, Jon ? really ? come ooon…) et on fait une overdose d’AC/DC mais le score de Joh Debney est très intéressant, on y trouve des références à Goldsmith, Poledouris, c’est vraiment bien écrit pour le coup.

Et c’est ça que je veux retenir de ce film. Et c’est ce qui fait que même si il est un moins bon film que le premier, je le préfère au premier. C’est ce qui fait que malgré tous les éléments qu’on peut en tirer pour détecter une purge, on a aussi ce qu’il faut d’éléments pour prendre son plaisir. Un plaisir vain. Un plaisir de geek. Un plaisir coupable. Mais un vrai plaisir.

Heavy boots of lead fills his victims full of dread Running as fast as they can Iron Man lives again !

3/6
totale mauvaise foi de ma part : sans mon bagage geek, ça vaut pas plus qu’un pet de lapin.
Mais c’est un juste milieu entre une note objective (1 ou 2/6) et le plaisir coupable de fan qu’on en retire (4 ou 5/6).

Ciné Américain, Cinéma

Related posts:

  1. Constantine
  2. Twilight – Chapitre 2 : Tentation
  3. Dawn Of The Dead
  4. The Prestige
  5. Watchmen

A propos de l'auteur

Descendant direct des plus grands héros de l'espèce humaine, le Marv est un aventurier au coeur d'or, dont le courage et la bravoure sont si puissants qu'ils pourraient lui faire soulever des montagnes ou des jupes par la seule force de sa pensée et dont les exploits sont si impressionants qu'ils sont vénérés jusqu'au pays du soleil couchant. Sans peur, humble et d'une modestie folle, le Marv, ce grand romantique, est un passionné. Amoureux du cinéma depuis 1895, le Marv n'a de cesse que de bouffer de la pelliculle jour et nuit quitte à en exploser. Le Marv est particulièrement féru de cinéma de genre, de tout ce qui se prête à la subversion, la culture geek, la contre culture et qui montre les tripes de son auteur. Le Marv dèteste le politiquement correct et le cynisme. Mais ce que le Marv préfere, ce sont les films qui arrivent a aligner à l'image un sens aigu de l'awesomeness, un propos philosophique, une pertinence métaphysique, des femmes nues et des grosses explosions. Vous pouvez me retrouvez sur mon forum

3 réponses to “Iron Man 2”

  1. Grishka says:

    Vu hier soir. Fun, sympa, bon moment de déconnade. Mais quelle sous exploitation de…. tout en fait. Bah, Downey me fait toujours rire alors… ^^

  2. Kryska says:

    J’était à la fois content et déçu en sortant de la salle, sans pour autant pouvoir bien m’expliquer pourquoi. Et j’avoue que, même sans avoir rien lu des BD, je suis plutôt d’accord avec ton analyse.
    En gros : pas aussi bon qu’espéré, mais bon et fun quand même !

  3. Bugsy says:

    En tout cas, j’ai adoré ton imitation de Moscato. C’était après Lyon Bayern je crois! Inoubliable!

Laisser une réponse