Heavy Rains

avr 16, 2010 4 commentaires de

HEAVY RAINSQuantic Dream 2010 – PS3

Les jeux vidéos… Un sujet qui encore aujourd’hui divise les foules. Certains y trouvent un plaisir simple, occasionnel. D’autres sont de véritables aficionados qui scrutent chaque sortie, testent chaque jeu.

Et puis il y a les autres, qui ne comprennent pas, et y trouvent la source de bien des maux. Après tout, si un quelqu’un commets un meurtre et qu’on retrouve un jeu vidéo autre que le Solitaire chez lui, et bien c’est à cause du jeu tout ça, non ? Et les journalistes n’arrangent pas les choses…

Mais bien que très intéressant, ce n’est pas le débat qui m’amène ce soir, je suis venu parler de Heavy Rain, dernier-né des frenchies du développeur Quantic Dream. La boite a été créée en 1997 par David Cage et Guillaume de Fondaumière. Nulle autre ambition que de créer des jeux, mais des très bons jeux. Si vous me demander le nom de deux grand jeux d’aventure, je peux vous en citer deux, sortis en 1999, tous les deux francophone : Outcast (d’Appeal, qui n’existe plus) et The Nomad Soul de Quantic Dream.

Ce dernier est un jeu d’aventure incroyable, dans lequel le héros incarne au sens propre le corps d’un habitant d’un monde parallèle. Déjà à l’époque, David Cage tentait déjà de contourner l’habituel système de game over : si le personnage mourait, le joueur pouvait la plupart du temps se réincarner dans le premier avatar passant à portée. Ambitieux autant sur la forme que sur le fond :  il appartenait au joueur d’explorer un monde immense et particulièrement vivant. Un énorme boulot a été fourni pour rendre le tout cohérent et beau. La deuxième raison pour laquelle j’adore ce jeu, c’est qu’il m’a fait découvrir David Bowie, qui en a composé une partie de la bande-son. Aujourd’hui, bien qu’ayant toujours mon exemplaire du jeu en bon état, j’ai un peu de mal à y jouer à cause d’une maniabilité d’un autre âge.

Le deuxième coup d’éclat de Quantic Dream se nomme Fahrenheit : sorti en 2005, il s’agissait d’un jeu d’aventure novateur mettant le joueur aux commandes de plusieurs personnages lié à une étrange affaire de meurtre rituel. Le jeu témoignait d’une volonté inébranlable de mettre la narration au service du joueur, de rapprocher deux mondes en apparence différents, mais qui partagent beaucoup de points communs : le cinéma et les jeux vidéos. Réalisation soignée (réalisation de film : chaque plan, chaque scène est réalisée, découpée comme au cinéma), bande-son soignée, et toujours le même soin du détail. Un effort particulier à été porté sur l’interface : pas de barre de vie, d’inventaire ou autre carte. Rien que le personnage et son environnement : devant chaque élément avec lequel il peut interagir, le joueur effectue, à la souris ou à la manette, un mouvement qui correspond plus ou moins au mouvement du personnage. Les séquences d’actions se présentent elles sous la forme de QTE : des scènes ou le joueur doit enchainer des combinaisons de touche indiquées à l’écran pour s’en sortir. Pas parfait, notamment du fait d’un scénario un peu bancal mêlant meurtre et magie sur fond de prophétie, et se terminant de façon trop rapide. Très bel effort tout de même, il n’a rien à envier à bien des séries.

Et nous voilà en l’an de grâce 2010. La PlayStation 3, ma console préférée, est sortie en 2007 et continue de dévoiler des trésors de possibilités. Quantic Dream, soutenu par Sony, nous sort alors un jeu longuement attendu : Heavy Rain.

Le jeu reprend le flambeau de Fahrenheit, tout en l’amenant vers des sommets.

Nous allons suivre le destin de quatre personnages : Ethan mars, architecte brisé à la suite d’un drame familial ; Madison Paige, journaliste insomniaque ; Norman Jayden, profiler drogué du FBI ; et Scott Shelby, détective privé. Tous les quatre se retrouvent liés, certains par hasard, d’autres par obligation, à l’affaire du Tueur aux Origamis. L’assassin enlève des enfants, qui sont ensuite retrouvés morts, noyés, avec un origami dans la main.

La première chose qui frappe, c’est l’ambiance. Magnifiquement porté par la puissance de la PS3 et par le talent des game designers de Quantic Dream, le jeu distille une atmosphère de thriller envoutante, tantôt tragique et cruelle, tantôt énergique et mystérieuse. Une vraie réussite qui doit autant au talent, qu’aux influences du 7e art. La partie sonore (musique et bruitage) est elle aussi parfaite. Sur un 5.1, tout est merveilleusement réaliste, je m’y croyais vraiment.
Ensuite, le jeu des acteurs. Et il s’agit bien ici d’acteur, puisque chaque personnage est joué en motion capture par des acteurs en chair et en os, certains pour les mouvements, d’autre pour les animations faciales criantes de réalisme. Ce n’est pas encore Avatar, on voit toujours clairement qu’il s’agit d’un personnage virtuel, mais pour autant le travail est tel qu’on ressent les émotions, les petites subtilités aussi bien que dans un film.

Pour finir, l’interface reprend les bases de Fahrenheit : aucune indication superflue à l’écran, uniquement le décor, et en surimpression les commandes pour interagir avec les éléments les plus proches. Passer une petite phase d’adaptation (on avance en maintenant R2, et en regardant la direction ou on va avec le joystick droit), tout parait fluide, simple et étonnamment logique.

Le scénario est extrêmement bien travaillé et réserve de très bons moments aux joueurs. D’autant plus qu’il n’est pas figé, je m’explique : le joueur n’est quasiment pas guidé, il avance dans le jeu en effectuant les actions qui lui semblent logiques/intéressantes/nécessaires (on peut même écouter à tout moment les pensées du personnage en cours).  Et il appartient ensuite au joueur d’assumer ses actions, qui auront des répercussions durant tout le jeu. Il existe plus de 20 fins différentes, sans compteur les différentes scènes qui changent complètement selon des choix pris 3 heures plus tôt (voir parfois des scènes qui n’ont pas lieu du tout). C’est juste très bien pensé. Et cette fois-ci, il n’y a pas de game over du tout : chacun des quatre personnages peut mourir, ou bien finir le jeu en vie. Quoi qu’il arrive, l’Histoire continue, mais différemment. David Cage expliquait dans une interview que si ce système offrait évidemment une grande rejouabilité au titre, il faudrait dans l’idéal n’y jouer qu’une seule fois, car se serait la fin qui correspondrait réellement aux choix du joueur. Mais les gamers s’en donneront à coeur joie de recommencer les scènes, encore et encore, pour tester toutes les possibilités. Un système novateur, diablement efficace.
Et tout ceci est rendu possible grâce à David Cage : je ne minimise pas le rôle des autres membres de l’équipe, je souhaite juste mettre en avant le travail d’écriture et la vision de ce maitre d’oeuvre. Encore aujourd’hui, les jeux vidéos sont considérés par certaines personnes comme totalement abrutissants, dénués du moindre intérêt, et de la moindre once d’art créatif. Ce qui est faux, bien entendu. Une équipe derrière un jeu comme Heavy Rain est aussi grande qu’une équipe de film. S’y côtoient toutes sortent de talents similaires : création de décors, écriture, composition de musique, réalisation, gestion des éclairages, développement des personnages, grain et optique de l’image, le tout guidé par des choix artistiques qui ont le même but : créer une oeuvre collective qui touche/plaise. Les deux médias n’ont jamais cessé de puiser l’un dans l’autre les avancées et idées, les références les plus marquantes. La seule différence : l’interactivité (la frontière technique va en s’amenuisant, très rapidement). De plus en plus de jeux ressemblent à des productions hollywoodiennes, et bien des films ressemblent à des jeux dans leur construction. Jusqu’où ira-t-on ?

Et c’est la grande réussite de Heavy Rain : avoir rapproché le Cinéma et les Jeux comme jamais auparavant. Car il s’agit bien là d’un film interactif. Un film dont vous êtes le héros. Un film où vous allez rire et pleurer, trembler et douter : en bref, ressentir des émotions comme si vous y étiez.

Je salue donc le travail de Quantic Dream, du grand art au service non pas d’un média, non pas d’une marque, mais au service du joueur/spectateur, tout simplement. Il est probable que le jeu marque une évolution majeure des jeux vidéos (ou au minimum une date importante dans leur histoire), non pas que d’autres styles de jeu n’aient plus leur place dans nos machines : mais il faudra dorénavant compter avec.

Je pourrais encore vous en tenir une couche, mais il se fait tard… Et je pense que vous avez compris l’idée générale. J’ai adoré plonger dans cette histoire, et j’espère que vous prendrez plaisir à essayer vous aussi.

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Console, Jeux

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A propos de l'auteur

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4 réponses to “Heavy Rains”

  1. ZiX says:

    je suis au milieu du jeu, ce n est pas vraiment un jeu, tout ce qu’on fait c est de bouger le charactere et de presser un boutton pour l interaction, c un jeu ou tu adore ou tu deteste, la seul chose qui me laisse finir c jeu c la presence de 20 different scenario de fin de jeu c tout, le rest c absolument ennuyant et affreux,

    • Grishka says:

      Effectivement y’a pas de demi mesures : on aime ou on déteste. Un style a part, ou l’histoire et l’implication prime sur le reste. Ma première partie reste pour moi géniale, même si j’aurais surement un peu plus de lassitude a découvrir les autres scénarios.

  2. fylyp82 says:

    Ca me ramène à l’époque de 11th hour, tout ça…

  3. Kryska says:

    J’ai testé la démo, qui avait un bon goût de reviens-y. A jouer quand on est seul chez soi, si on ne veux pas être influencer par les potes sur le choix des actions :-)
    Je t’emprunterai volontier ce jeux un de ces 4, Grishka !

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