Gainsbourg (vie héroïque)

mar 18, 2010 2 commentaires de Marv

GAINSBOURG, VIE HÉROÏQUE de Joann Sfar
L’histoire :
Une nuit qu’il était à se morfondre, dans quelque pub anglais, au coeur de Londres, parcourant l’amour monstre de Pauwels, lui vint une vision dans l’eau de Seltz…

ILS VAINCRONT LES MALEFICES JUSQU’EN 70
Bon, moi, Gainsbourg…je trouve ça pas mal. Gainsbourg pour moi, c’est la liberté, la folie, la poésie, la VRAIE provocation, c’est a dire celle qui emmerde tout le monde y compris les plus soi-disant “tolérants”, une véritable manifestation d’expression libre qui enverra se faire enculer tout ce qui pourra l’enfermer a moyen terme dans une case. Gainsbourg, autant de par sa vie que par son oeuvre parvenait a toucher l’indicible, la beauté, la douleur, la connerie, la corruption, la rédemption et encore une fois par-dessus tout envoyer se faire foutre la terre entière. Bref un modèle de liberté d’expression capillaire et de fuck you attitude que vôtre serviteur n’hésite pas a pilier à la moindre occasion, plus souvent qu’a son tour.
Aussi, la tentation de vouloir adapter la vie de Gainsbourg apparaît tout autant irrésistible que comme un piège inextricable. Car quand bien même on pourrait trouver 1001 angles d’attaque différents pour approcher le salopard aux grandes oreilles, parvenir a trouver et a filmer la substantifique moelle du sujet sur un simple long-métrage revient a devoir expliquer la physique quantique en 30 secondes à des CM2.

Almeria

Mais il n’y a pas de sujet inattaquable avec le cinéma, et tant mieux. Alors quand Joann Sfar, dessinateur, prend les commandes de ce premier long-métrage à 20 millions d’euros le bébé, il fait un choix et l’assume : on ne verra pas un biopic style la môme, on va voir l’histoire de la vie de gainsbourg mais fantasmée par Sfar, avec une vraie bonne dose d’onirisme pur. On va donc parcourir sa vie, les étapes importantes, les gens qui ont compté pour lui, ceux qui ont changé sa vie et le voir a travers le prisme de son double, Gainsbarre, la gueule (Doug Jones ??? Doug Jones ?! qu’est ce que tu fous là, Faune sapien surfer !). Et c’est grâce a cette approche que Sfar se sauve du naufrage, car il n’échappe ni a des pures erreurs de premier long ni a celles des biopics qui veulent bien faire. A vouloir compartimenter chaque partie de la vie du poinçonneur des Lilas, le film finit par ressembler non pas à une suite de sketches comme on pouvait le craindre, mais à une sorte téléfilm avec coupures publicitaires visibles et préméditées. Les différentes parties (l’enfance-les débuts-birkin-la fin) sont hermétiques et raccordées avec deux rouleaux de scotch bien baveux. Rien de plus logique : Sfar n’a pas découpé son scénar comme un scénar mais comme une Bande Dessinée, et c’est bien dans la structure que le bât blesse. Le film dure donc plus de 2 h, mais il manque au moins autant de temps de métrage pour vraiment toucher au but…Un diptyque comme pour le Che aurait été plus approprié, n’en déplaise aux fans intégristes qui n’y verront comme depuis les prémices du projet qu’une tentative scandaleuse d’exploitation morbide du mythe du juif qui chantait nazi rock…

"hey france gall, tu veux que je te montre pourquoi on m'appelle "le poinçonneur des lilas" ?

Alors c’est une vision B.D. franco-belge de la vie de Gainsbourg qu’on a. C’est pas pour autant qu’elle n’en demeure pas moins pertinente. La personnalité de l’homme a tête de chou transparaît via l’interprétation plutôt bonne d’Eric Elmosnino, plus d’ailleurs dans les détails et la sobriété que l’accumulation de tics de langage, oral ou corporel. Encore que, dès qu’on franchit la barre temporelle des cheveux gris, le jeu de l’acteur comme tout le film semble sombrer dans une caricature casse-gueules jusqu’au générique de fin. A ce titre, rien a spoiler : le film est dépourvu de fin. Il manque une scène ou une séquence entière, je sais pas, mais il manque une fin ou une résolution et Sfar, qui reste coincé, d’une part figé par la taille de la légende et de l’autre coincé dans sa vision de papier finalement réductrice…

Reste un casting foutrement excellent même si caricatural (Mouglalis, Philippe Katerine, feu-Lucy Gordon, forestier entre autres), une b-o soignée même si à des années-lumière des oeuvres d’origines, une réelle compréhension musicale de l’évolution du fumeur de gitanes (c’est le minimum syndical hein), et son rapport aux femmes, même si il ne fait que littéralement caresser la surface de son sujet sans jamais vraiment parvenir à le…pénétrer.
Et puis le vrai avait déjà un côté complice convenu sur le fait qu’il se vende sur sa personnalité , il jouait de ça et rien de plus normal que de le voir aujourd’hui exploité une fois encore pour envoyer chier le monde entier, spectateurs inclus. Et un extrait de la personnalité de Gainsbourg qui transparaît sur grand écran, qu’il soit fugace, faux, parodique, caricatural ou même totalement artificiel, reste quand même un extrait de Gainsbourg.
C’est plus qu’il n’en faut pour suivre de près les futurs travaux de Sfar, ou espérer d’autres biopics de celui qui conta l’histoire de melody nelson, et peut-être qu’un jour, il en émergera le film impossible qui mettra au moins les fans d’accord. Dans le bon sens.

...hmmrmrmmm'emmerdez avec vos histoires hrmmmmm

3/6
Et ben c’est pas faute d’essayer et Sfar peut se permettre de récolter le mérite d’avoir au moins tenté de filmer un de ces sujets soi-disant “infilmables”.
Si vous voulez avoir la vraie vie de Gainsbourg, ben y’a toujours les bouquins et wikipedia. Si vous voulez une pointe, mais juste une pointe hein, de folie et de poésie et de facilité à l’image du bonhomme et ben maintenant y’a ce film. C’est peu, mais c’est un début.

Ciné Français, Cinéma

A propos de

Descendant direct des plus grands héros de l'espèce humaine, le Marv est un aventurier au coeur d'or, dont le courage et la bravoure sont si puissants qu'ils pourraient lui faire soulever des montagnes ou des jupes par la seule force de sa pensée et dont les exploits sont si impressionants qu'ils sont vénérés jusqu'au pays du soleil couchant. Sans peur, humble et d'une modestie folle, le Marv, ce grand romantique, est un passionné. Amoureux du cinéma depuis 1895, le Marv n'a de cesse que de bouffer de la pelliculle jour et nuit quitte à en exploser. Le Marv est particulièrement féru de cinéma de genre, de tout ce qui se prête à la subversion, la culture geek, la contre culture et qui montre les tripes de son auteur. Le Marv dèteste le politiquement correct et le cynisme. Mais ce que le Marv préfere, ce sont les films qui arrivent a aligner à l'image un sens aigu de l'awesomeness, un propos philosophique, une pertinence métaphysique, des femmes nues et des grosses explosions.

2 réponses à “Gainsbourg (vie héroïque)”

  1. fylyp82 says:

    L’exercice semblait en effet périlleux, voire présomptieux au regard du profil inimitable du bonhomme. Après tout, c’est un artiste que l’on découvre avec délice à travers ses chansons, ses clps et ses interventions télévisées (aaah! le “I want to fuck” you sur le plateau de Drucker…). En faire un film était, à mon sens, une démarche prématurée, sinon inutile.

    Mais après, ça n’engage que moi.

  2. Kryska says:

    Jamais vraiment été attiré par l’artiste, même si son côté gros dégueulasse et provocateur sans limites a été une aide inimaginable pour traverser le (quasi) désert artistique français du miieu des années 80. Son message ? Sortez-vous les doigts du cul et faites de la vraie musique, pas de la daube, bordel !
    Même si son style ne plait pas toujours, Gainsbourg a au moins le mérite d’avoir bousculé son monde pour le faire bouger un temps soit peu dans le sens de la création et de l’innovation artistique.
    Un film sur cet homme ne me choque donc pas. Je ne me suis pas déplacé au ciné pour le voir, mais je ne dis pas non de le voir en dvd à l’occase…

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