Demain ne meurt jamais
TOMORROW NEVER DIES de Roger Spottiswoode
1997
L’histoire :
Dans un monde où les mots sont devenus les nouvelles armes, les satellites de communication la nouvelle artillerie et la presse ses bataillons, le magnat du plus grand empire médiatique de tous les temps deviens l’homme le plus puissant de la planète. Complotant un conflit entre le Royaume-Uni et la Chine pour s’assurer une couverture médiatique globale, contrôlant l’information avant même qu’elle ne paraisse et pouvant toucher n’importe quel homme n’importe où, seul James Bond peut empêcher la 3ème guerre mondiale d’éclater.
YESTERDAY IS A MEMORY
TODAY IS HISTORY
TOMORROW IS IN THE HANDS OF ONE MAN
En 1996, Cubby R. Broccoli rend l’âme et laisse à sa descendance en héritage la production des Bond.
Après 2 années d’écritures et de ré-écritures aussi chaotique que sa mise en chantier (le scénario changeait au jour le jour sur le tournage), le tandem mythique Dana Broccoli/Michael G. Wilson (l’âme/le coeur) revient au modèle le plus chéri par leur père : L’espion qui m’aimait.
Le grand secret du film est tout simplement là : Demain ne meurt Jamais est le remake de l’Espion qui M’aimait. Et ce dernier étant lui-même à l’origine une variation de On ne Vit Que Deux Fois déjà plus tard reprise dans Moonraker et même jusque dans Goldeneye, il est facile de comprendre l’orientation choisie : montrer le summum d’action et d’aventures possible, en continuant le travail de modernisation abordé avec Goldeneye tout en collant surtout au plus près de l’image du Bond-film (qu’on peut opposer sur le papier au Bond-fleming présent par exemple dans les Dalton et les Craig). Le cahier des charges est pour une fois rempli à la lettre jusque dans ses moindres détails, tout ou presque y passe : les enjeux de dingue, le smoking, le martini, la voiture, le pré-générique (un des meilleurs de toute la saga), le générique, le thème, la chanson, les musiques (énorme boulot de David Arnold), les deux bond-girls complémentaires (une d’histoire et une d’action), Q, M, Moneypenny, les gadgets, les alliés, un homme de main quasi-invincible (Stamper est un ubermensch dans toute sa splendeur aryenne), un grand méchant à l’égo aussi énorme que sa base, des décors gigantesques à détruire, des paysages exotiques de rêve, un poil de sensualité (un bout de fesse à Oxford, Teri Hatcher en porte-jaretelles dans le meilleur plan de sa carrière), du larger than life en veux-tu en voilà et de l’action qui pète dans tous les coins dont un marché terroriste rayé de la carte, un dogfight improbable, une frégate ravagée, une descente de building improvisée, un saut HALO, une course-poursuite moto contre hélico, un parking allemand démonté à la roquette, une baston kung-fu, une base marine assiégée à la grenade pour terminer sur la royal navy et l’aviation chinoise se défoulant conjointement comme des p’tits fous sur la-dite base dans un torrent de feu et d’acier infernal. Quantitativement, on ne pourra pas nier que le film joue la carte de la surenchère en toute honnêteté, et les respirations sont courtes et peu nombreuses. A part ça ? Et ben comme d’habitude, un mégalo doté d’une puissance de feu hors-du-commun et d’une armée entière d’hommes de main à sa disposition concocte un plan bien huilé et Bond n’est que le petit grain de sable qui va faire s’écrouler la grande horloge d’un empire comme un gigantesque château de cartes se prenant des millions de dominos dans la gueule !
Quelques ombres au tableau : des incohérences en pagaille, une Teri Hatcher et un Jonathan Pryce un peu limite, un scénario faiblard, une overdose d’action dans la dernière heure et de manière générale presque rien qui se rapproche de Ian Fleming. On est priés de laisser son cerveau au vestiaire pour cette fois.
Mais on y trouve surtout une bonne humeur générale communicative, une réalisation invisible (mais pas tâcheronne, grosse nuance), des effets spéciaux qui font leur boulot (le quota de destruction et d’explosions rempli pour 3 films), des cascades suicidaires totalement irresponsables, un casting de joyeux lurons doués pour la comédie (arrh ! le terrible vincent schiavelli et zon térrible acczent chermaniqueuh !), un montage rythmé du feu de dieu, des références en pagaille, un score jouissif, des punchlines qui font mouche, un Brosnan plus bondien que Bond (maturité adolescente, nymphomane alcoolique nihiliste et auto-destructeur, donc magnifique) et un final exemplaire de malade. Alors c’est sûr, y’a pas de quoi laisser un grand film dans l’histoire du cinéma, mais c’est un épisode franchement agréable et qui n’a pas encore pris trop de coups de vieux.
Pour résumer un film totalement fucked up de bout en bout. Et donc rien que pour ça, totalement admirable.

Les +
-le score de David Arnold, une des meilleures musiques de toute la saga rendant justice au personnage et à toute l’envergure de sa mythologie.
-la chanson de sheryl crow, d’un classicisme de fer et aidée d’une intro majestueuse.
-la chanson de générique de fin par k.d. lang, surrender. tout simplement la meilleure chanson bondienne en 30 ans.
-le remix du theme par moby.
-Brosnan qui rempile et remplit son contrat sans se forcer, déjà dans de bonnes vieilles pantoufles. sharp, smooth, le mr. kiss kiss bang bang en bon uniforme.
-Le Pré-générique, un modèle du genre, 8 minutes d’action épique grandiose.
-le côté jouissif a voir en grand méchant un clone de rupert murdoch et de l’empire Fox. Visionnaire…
-Gotz Otto aka Stamper. Einen guten karikaturen choucroute von deutschland.
-Vincent Schiavelli qui a une scène hilarante (alors qu’elle devrait être dramatique mais bon…).
-la séquence du parking, ou comment bien utiliser la marque BMW : massacrer toutes les autres bagnolles allemandes du film.
-la poursuite moto/hélico. ça c’est du larger than life.
-toutes les références aux autres épisodes de la saga qui fourmillent tout le long du film.
-une mythologie riche et respectée.
-le ton ultra-militariste anti-chinois ou du moins ambigu l’année où le Royaume-Uni dut se retirer de Hong-Kong. Méditez là-dessus.
-le final, reprenant plus ou moins celui du tanker dans l’espion qui m’aimait. un terrain de jeu propice à destructions diverses pour finir en domaine apocalyptique.
Les –
-Johnatan Pryce, qui joue bien la comédie mais a la malchance de tomber sur l’un des méchants les plus faiblards de la saga
-Teri Hatcher, juste une mauvaise actrice.
-Michelle Yeoh. Excellente quand il faut donner des mandales dans la tronche, excécrable pour donner la réplique. Ah bah on peut pas tout avoir.
-une réalisation de yes-man.
-le trop-plein d’action en deuxième partie.
-Des dialogues parfois non-sensiques pour appuyer un humour lourdingue.
-une production design inégale pouvant passer du luxe créatif à une pauvreté visuelle en un quart de seconde (voir la partie allemande).
Note générale : 4,5/6
Sur l’échelle des Bonds : 5/7
La suite bigger and louder par excellence. Un film débordant d’action sans toutefois jamais réussir à égaler ses modèles.
Ultra-bourrin, épique et parfois même viscéral, marquant ainsi l’apogée iconique de 007 dans sa posture d’énorme blockbuster d’action.
de l’entertainment à l’état pur, ni plus, ni moins.

CE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS
-La folle histoire de Demain ne meurt jamais :
Si certains se demandent encore comment un réal comme Roger Spottiswoode est arrivé à la barre du film, il ne faut pas oublier que la franchise bondienne s’est toujours enorgueillit de compter d’excellents monteurs au poste de réalisateur. Et il se trouve que Spottiswoode a été le monteur de Sam Peckinpah (notamment les chiens de paille et pat garett et billy le kid) et c’est sans doute pour ses capacités à découper en séquences nettes un film au scénar hasardeux.
Les premières ébauches de l’histoire remontent aux années 80 et cette vieille tentation des producteurs d’amener bond en Chine (une poursuite en moto sur la muraille de Chine était écrite à la base pour le dernier Roger Moore) coïncidant avec l’acte de sécession du Royaume-Uni se retirant de Hong-Kong en 1997.
Bruce Feirstein, script-doctor de l’ombre accouche du premier script complet fin 96. L’histoire comprend une chasse au trésor avec une réserve d’or dans un sous-marin anglais coulé en mer de chine, une bond-girl australienne et pas mal d’autres idées avortées.
Spottiswoode retravaille le script de Feirstein (intitulé Tomorrow never Lies – Demain ne ment jamais) entouré de sept mercenaires de l’écriture filmique dont Robert Collector (l’homme invisible de Carpenter) et Nicholas Meyer (scénariste et réalisateur de Star Trek II et Star Trek VI). Puis ils seront suivis encore par une demi-douzaine d’autres script-doctors, visiblement coincés avec un scénar devant répondre aux exigences des producteurs (un espion qui m’aimait moderne) et du studio (du placement de produit réglé à la seconde près). Malgré un casting commencé en amont, le premier jour de tournage, le scénario est loin d’être achevé et comprend de strous béants et ni teri hatcher ni johnatan pryce ne sont encore castés. Le rôle d’Eliott carver, a d’abord été offert à Anthony Hopkins qui est resté 3 jours sur le tournage avant de fuir ce qu’il décrira comme le bordel le plus insensé qu’il ai jamais vu. Teri Hatcher accepte le rôle dans l’urgence et à contre-coeur, d’abord pour un salaire mirobolant et plus important que celui de Michelle Yeoh même si on ne la voit que dans le premier tiers du film et malgré le fait qu’elle soit déjà enceinte de 4 mois au moment du tournage (ce qui a été admirablement camouflé par les service costume/maquillage).
Et puis vint un nouveau problème : les studios Leavesden crées par la prod parce que pinewood était overbooké pendant Goldeneye sont maintenant remplis a ras-bord par lucasfilm qui y tourne la menace fantôme. La prod sera obligée de créer un nouveau studio gigantesque en plus d’occuper le 007 stage, le plus grand studio de tournage du monde.
tout se complique encore plus quand le gouvernement Vietnamien interdit au dernier moment la prod de séjour sur leur sol (officiellement par manque de moyens, officieusement parce que le ministre de la culture de l’époque détestait bond et l’image anti-communiste qu’il véhiculait dans le monde), eux qui avait prévu d’y tourner le dernier acte du film. La prod se tourne donc vers les philippines et les îles james bond, nommées ainsi après avoir été découvertes et utilisées pour le tournage de l’homme au pistolet d’or en 1974.
En Allemagne, Brosnan continue de plus belle en se prenant un casque de cascadeur dans le visage, résultat : 8 points de suture sur une joue et l’obligation de ne pouvoir filmer qu’un de ses profils (ce qui se voit dans le film par exemple quand carver appelle bond dans sa voiture).
Du tournage, Brosnan décrira l’expérience comme se faire arracher les dents pendant un an.
La malédiction semble encore plus s’abattre le jour de la sortie du film, Demain ne meurt jamais sortant le même jour que Titanic. Malgré ce chemin de croix et le pari insensé du budget (deux fois supérieur a celui de goldeneye et même supérieur aux recettes de ce dernier sur le sol us et si le film se plantait c’était la fin de MGM et United Artists), le film fait un carton dans le monde entier et récolte plus de 333 M $ dans le monde prouvant que Goldeneye n’était pas un coup de chance, que Bond était bien revenu et qu’il était là pour rester encore un bon moment.
-la participation de BMW pour ce film s’élève à 40 Millions de $, soit une large partie du budget total de 120 Millions du film (pub comprise).
-Michael G. Wilson continue ses caméos, ici dans la peau d’un des chiens de guerre des médias de Carver au début du film. Il a même des répliques pour une fois.
-Le titre d’origine du film était Tomorrow Never Lies. Mais une légendaire erreur de typo d’un script par une secrétaire remplaça le L de Lies par un D, changeant le titre en Tomorrow Never Dies, ce qui fut gardé en fin de compte, même si ça a moins de sens. Le verbe Die a été utilisé à deux autres reprises dans la saga : pour Live and Let Die et Die Another Day.
-Le personnage de Michelle Yeoh s’appelait à l’origine Lin Pow, Pow signifiant en chinois « fesses ». N’ayant absolument rien compris aux bond-girls de ian Fleming, elle demanda a ce qu’on change le nom, qui devint Wai Lin. Carver a aussi déjà été utilisée pour une bond-girl, Rosie Carver, la première bond-girl noire officielle dans Vivre et Laisser Mourir.
-Le seul film de la saga a avoir une dédicace en début de générique de fin, en premier carton. La dédicace s’adresse à Albert R. Broccoli, décédé en 1996. En hommage, les films gardent depuis l’inscription « an Albert R. Broccoli production ».
-Le vaisseau furtif géant de Carver existe dans le monde réel. Il a été construit au début des années 80 pour la Royal Navy. Il mesure 50 mètres de long et a la même forme que dans le film.
-17 BMW furent détruites pendant le tournage. oups.
-Avant le climax du film, on peut clairement voir à l’écran les îles james bond utilisées pour le repère de Scaramanga dans L’Homme au Pistolet D’or.
-Première apparition du nouveau walther ppk P-99, l’arme fétiche de 007.
-En mettant de côté les personnages de Bond, Q, M et Moneypenny, c’est le premier et encore à ce jour le seul et unique film officiel de toute la franchise à ne faire jamais référence à un des romans d’origine d’aucune manière. Tous les films de Dr. No à Tuer n’est pas Jouer reprennent des titres des romans d’origine. Permis de Tuer reprenait des éléments du livre Vivre et Laisser Mourir, Goldeneye était nommé en référence à la résidence Jamaïcaine de Fleming, Le Monde Ne Suffit Pas marche dans les pantoufles d’au service secret de sa majesté, Meurs un autre Jour se sert du livre Moonraker comme base, Casino Royaleet Quantum Of Solace reprennent des titres des romans d’origine.
-Demain ne meurt jamais est le premier film de toute l’histoire du cinéma a avoir un budget entièrement couvert par les marques publicitaires. Outre BMW, les donations venaient de L’Oréal, Heineken, Ericsson (le téléphone), Omega (la montre), Smirnoff, Brioni, Bollinger, Avis et Electronic Arts.
-le saut HALO signifie High Altitude Low Opening Jump. BJ Woth vétéran de la cascade, a fait 8 sauts pour le film. soit un peu moins que les 88 qu’il avait du faire pour Moonraker en 1979.
-Bien que ça fasse parti intégrante de la mythologie bondienne depuis les pyramides, c’est la première fois qu’on voit Bond coucher avec une femme mariée dans un des films.
-Il n’existe que 3 bonds a passer sous la barre des 2 heures. Les Diamants sont éternels, Demain ne meurt jamais et Quantum Of Solace.
-les scènes sous-marines ont été tournées dans le bassin que Cameron a utilisé pour Titanic.
-Autre lien étrange avec James Cameron : l’un des premiers titres de travail du film était….Avatar. Du coup à chaque fois qu’on tape Avatar sur IMDB, on tombe sur Demain ne meurt jamais.
-Le gimmick de la voiture télécommandée vient étrangement d’une parodie des bonds, OK Connery (1967).
-Johnatan Pryce peut se vanter d’une distinction unique : celle d’avoir joué a la fois un grand méchant de la franchise et Ian Fleming lui-même dans un documentaire biopic de 2008.
-Terminons sur la belle histoire de David Arnold, LA véritable révélation de Demain ne meurt Jamais. En 1996, a peine connu pour ses scores de Stargate et Independance Day, il sort un album de remixes qui devint un indispensable de chaque fan qui se respecte : Shaken and stirred, the david arnold james bond project, réunissant thèmes electros, reprises de thèmes de John Barry et de certaines chansons, parmi lesquelles You Only Live Twice repris par Bjork, we all the time in the world repris par Iggy Pop, et surtout l’incroyable reprise d’on her majesty’s secret service de 9 minutes par les propellerheads. Repéré par John Barry, flatté de l’attention, il mit un point d’honneur à ce qu’il aie le poste de compositeur pour ce 18ème opus. En sort une des meilleures b-o de toute la franchise, compilation de morceaux extraordinaires, épiques et lyriques comme à la grande époque des meilleurs Barry.
La chanson d’origine devant être chantée par Pulp, elle échoua finalement à Sheryl Crow car elle était plus connue. La chanson Surrender de générique de fin, hommage brutal de percussions à Shirley Bassey est chantée par kd Lang, lesbienne notoire et ex-petite amie de Leisha Hailey, interprète d’Alice dans The L Word.
Le DVD du film a une piste audio ne contenant que le soundtrack d’Arnold sans les dialogues ni les bruitages. Autant vous dire que non seulement le film y gagne, mais qu’il en devient un superbe morceau de bravoure d’1h59.


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Niveau improbable, ravagé et improvisé, je vous laisse découvrir ce manifique générique ^^
http://www.youtube.com/watch?v=hqTLbhIpEXk&feature=related
BABA POOOO
BABA POOOO
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Faudrait que je le revois mais il m’avait laissé un plutôt bon souvenir me semble t’il.
énorme ! cmb !