Avatar
Avatar de James Cameron
(Spoiler Inside©)
Avant même de faire Titanic, James Cameron bossait déjà sur Avatar. Plusieurs années de ré-écriture plus tard, les techniques d’effets spéciaux semblent enfin permettre la concrétisation de cet univers hors norme : Pandora.
Fort de ses 2 h 45 de pellicule, le métrage de Cameron nous propose donc d’embarquer dans une aventure qui n’a d’autre prétention que de nous faire rêver un peu, un divertissement en somme.
Le pitch de base est assez simple : les humains découvrent une exoplanète, dont les sols recèlent un nouveau métal prometteur, qui ne se vend à rien de moins que 10 millions les 100 grammes. Seulement, voilà, la fameuse planète, Pandora de son petit nom, est assez hostile, et se trouve habitée par les Na’vi. Difficile à décrire, humanoïdes bipèdes, ils empruntent autant à l’homme qu’aux félins, mesurent dans les 3 m de haut et sont tout bleu. Ces grands schtroumpfs n’ont rien trouvé de mieux à faire que d’habiter au-dessus du plus vaste gisement de métal du coin, gisement que les corporations humaines aimeraient beaucoup exploiter. Le programme AVATAR a alors été créé pour approcher les Na’vi, les étudier. Grossièrement, un humain va prendre le contrôle d’un corps Na’vi entièrement fabriqué à partir des gènes Na’vi et Humains. Le héros (l’un d’entre eux), Jake Sully débarque à ce moment là sur Pandora pour participer au projet.
Worthington,Rodriguez,Weaver,Moore : "ces graphiques ne veulent strictement rien dire !"
Ne nous voilons pas la face, le scénario ne brille aucunement par sa complexité. Pas de faux suspens, certains éléments de l’histoire se devinent assez vite. Comme d’habitude après avoir vu un film, j’ai jeté un oeil au critique « 0 étoile » des spectateurs sur Allociné : le script y est abondamment critiqué pour sa simplicité, sa naïveté, son manichéisme… Autant de critiques faites à Star-Wars lors de sa sortie donc : manichéen à l’extrême, politisé, simplicité des enjeux, parcours initiatique… Une intrigue simple n’a jamais fait un mauvais film. Si les histoires manichéistes donnaient toujours des pellicules médiocres, ça se saurait. Dois-je rappeler que dans le top 250 des meilleurs films de tous les temps sur IMDB, alimenté par les votes de tous les types de spectateurs, on trouve entre autres : WALL-E (un autre film écolo en 3D, et au scénario assez convenu), tous les Aliens, Indiana Jones, Terminator… Autant de métrages aux scénarios relativement fins, mais bien amenés.
Est-ce un film écolo ? Non, certainement pas, c’est un film dont un des sous-textes parle d’écologie. À aucun moment le film n’est commercialisé comme un pamphlet sur le retour à la nature. L’écologie est bien une mode, mais pas cantonnée aux USA loin de là. Certes, la promo (différente dans chaque pays je vous rappelle, puisqu’elle est adaptée à des cultures et des contextes divers) nous parle d’effets spéciaux révolutionnaires, d’un budget colossal… Ce qui est entièrement vrai, mais il ne faut pas oublier que la façon dont est vendu l’oeuvre, ne représente pas forcément le film lui-même ; malheureusement, ça joue surement beaucoup trop sur l’approche des spectateurs. Rien qu’en enlevant toute référence au budget et au mot « révolutionnaire », on retire la matière de 3/4 des critiques négatives… Si le film était présenté comme un spectacle simple et écolo sur les bords, pas comme un bloc-buster blindé de dollars et de 3D, on lirait pas les mêmes critiques. Ça ne rend pas le procédé recevable, mais la pub ne l’a jamais vraiment été. Gros budget = film cher, c’est tout, pas mauvais film ou bon film. Essayons de faire la part des choses entre l’annonce et le produit.
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Pardonnez-moi cette tirade, et revenons au film lui-même. Je ne qualifierais pas les effets spéciaux de « révolutionnaire », tout simplement parce que depuis quelques années ça ne veut strictement rien dire. Ils sont très bons, c’est un fait ; mais ce qui fait la force du visuel, c’est le soin du détail et l’incroyable cohérence du tout. A côté, 2012 fait vraiment « virtuel » à l’écran. On reconnait là la patte de WETA Digital et WETA Workshop (de Peter Jackson, les boites derrière le travail colossal du Seigneur des Anneaux) qui ont une approche quasi historique/scientifique de Pandora. Il est difficile aujourd’hui de créer des choses vraiment inédites (merci le web), et pourtant la vision de Cameron de ce monde hostile à l’homme est assez rafraichissante. Chaque élément, aussi étrange ou onirique soit il semble avoir toujours été à sa place, chez lui dans son environnement. Il faut voir la forêt de nuit, ou chaque brin d’herbe ou feuille bouge, brille et réagit à ce qui l’entoure. C’est une nature mystérieuse, magnifique et sauvage qui attend le spectateur. La faune n’est pas en reste, même si elle est un petit peu moins inspirée.
Les Na’vi ne s’en sortent pas trop mal, la taille y est pour beaucoup, même si l’on ne la remarque pas pendant la majorité du film. Leurs gestes et mimiques sont parfaitement animés, les rendent vivant. Je me suis plusieurs fois fait surprendre par la véracité et l’authenticité de leurs expressions. Leur culture, petit patchwork de plusieurs influences terriennes (chamanisme, indien…) s’adaptent à merveille à leur situation, peut être un peu trop diront certains.
Les humains ont aussi droit à design soigné et recherché, moins flagrant, car extrêmement conforme à ce qu’on est en droit d’attendre d’un univers SF (les robots bipèdes semblent sortis de Matrix 3).
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Comme souvent (pas toujours OK) dans le cinéma de Cameron, les personnages (Humains et Bleus) sont assez stéréotypés, dans le sens où ils suivent de A à Z la même ligne directrice : l’entrepreneur sans scrupules ne se mettra pas à aimer les Na’vi, le militaire déplaisant ne sauvera pas le monde… Des lignes de conduite claires, sans surprises. Pas de cas de conscience ou d’introspection futile, on va à l’essentiel avec des forces identifiées qui ne peuvent mener qu’au résultat prévu. Côté acteurs pas de surprise non plus, ils sont tous plutôt bien dans leurs chaussures. Sam Worthington confirme le bien que je pense de lui (à l’affiche prochainement de Clash Of The Titans), même si je reste curieux de le voir dans d’autres types de film. Mention spéciale à Sigourney Weaver et Stephen Lang, dont les personnages humains sont parmi les plus réussis. Michelle Rodriguez rentre plutôt bien dans son rôle, mais reste un poil en dessous de ses confrères.
On retrouve dans Avatar certaines obsessions de Cameron, notamment pour les interactions homme/machine/virtuel (revoir les Terminators, Aliens et autre Abysse). On redécouvre aussi avec plaisir sa maitrise de la réalisation, et sa capacité à établir des visuels immédiatement reconnaissables : il donne au spectacle son sens le plus strict, la forme avant tout (avec des concepts qui ont influencé ces dernières décennies cinématographiques, je pense particulièrement à Terminator 2 et à Aliens. Terminator 3 essayera à tort de ressembler à son ainé, avec pour résultat l’échec que l’on connait).
Neytiri, qui contre toute évidence n'est pas une bleue
Le virtuel, futur du cinéma ? On peut aussi voir Avatar comme une réponse à cette question. L’humaine paraplégique qui retrouve une paire de jambes digitale se réaprorprie également la possibilité d’avancer ; la bataille finale, Hommes contre Na’vi numériques. Le colonel Quatrich réussira à synthétiser ceci en une phrase : « Ce sera humain… Ou à peu près ».
Alors le cinéma d’hier va t’il mourir aux dépens du virtuel d’aujourd’hui? Ce qui fait directement écho aux dernières scènes du film où le héros, dans un labo tout ce qu’il y a de plus humain, admet aux spectateurs (il parle à la caméra dans un sens) qu’il ne reviendra plus ici, avant de s’incarner définitivement dans son avatar 100 % digital.
Miracle : les Bleus sont en finale !
On peut aussi voir une image du cinéma virtuel, grand et vivant, assistance à la mort lente du cinéma classique vers la fin du film, dans le « préfabriqué » où l’Avatar retrouve enfin l’humain. Et ceci prend encore plus de sens quand on sait que Cameron a rêvé Avatar depuis plus de 10 ans, quand le virtuel commençait à s’imposer. Vision prophétique ou simple constat des temps modernes, rarement un film n’aura aussi bien porté son nom :
Avatar (Du Sanskrit avatāra, « descente (des dieux sur terre) » :
- Dans les religions hindouistes, chacune des réincarnations de Vishnou.
- [Figuré] Transformation, changement, métamorphose. Le dernier avatar d’un vieux projet.
- [INFORMATIQUE] Personnage numérique représentant dans le cyberespace chacune des personnes se rencontrant pour bavarder en direct dans une réunion sociale virtuelle.
Antidote HD, version 2 [Logiciel], Montréal, Druide informatique, 2009 (un des meilleurs dictionnaires au monde, un peu de pub ça fait pas de mal).
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Je l’ai vu hier soir, et je n’ai pas encore re décollé de Pandora.
Monde magnifique jusque dans ses moindres détails, cet univers m’a littérallement aspiré dès les premières minutes… un film ni trop long ni trop court : on est tout de suite embarqué dans l’histoire ; avec cette sensation étrange d’en être soi-même un des acteurs. Comme si, en un sens, nous avions nous même notre propre Avatar pour évoluer dans cette aventure !
Si je connaissais le succès lié à la sortie de ce dernier film de Cameron au box office, je m’étais refusé de succomber à la tentation de la moindre bande annonce ou teaser avant de voir le film. Je voulais découvrir tout ça une fois dans la salle obscure. Résultat : bluffé dès le début !
Après, dire que ce film est révolutionnaire au niveau technique dans le traitement de la 3D et de la synthèse, je ne suis pas assez callé dans le domaine pour avoir un jugement objectif. Je dirais simplement que l’intégration des effets spéciaux est tellement travaillée qu’on en finit par en oublier leur présence. Tout parraît extraordinairement réel, à ça place. Impossible de tracer une ligne claire de séparation entre organique et numérique. C’est là qu’est à mon sens la réelle avancée technique.
Niveau scénario, effectivement on est dans le domaine du prévisible, mais pas du tout dans celui de l’ennui. C’est inexorable : on sait facilement comment les choses vont se passer. Mais jamais pour autant on s’ennuie. Car si on peut prévoir les évènements, ce qui nous tient en haleine c’est la façon dont ils nous seront montrés à l’écran.
Pour en revenir à ton (très bon) article, Grishka, je crois effectivement que la dimension écologique, si elle est présente, n’est en aucun cas la ligne directrice. L’idée principale serait plus proche de ce que tout est accessible à qui veut se donner les moyens de comprendre pour avancer, même quand tout semble perdu d’avance.
Je me suis beaucoup retrouvé dans ce paraplégique qui refuse de se concidérer comme bousillé. Par contre je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi quand tu parle de jambes digitales. L’Avatar est bien réel (on parle d’un mélange d’ADN humain/Na’vi), même si Sully le contrôle à distance !
Très bon film en tous les cas, à voir et à revoir !
« jambes digitales » c’est dans le sens ou le ciné traditionnel « humain » retrouve dans le virtuel de nouvelles façon d’avancer.
Un autre article intéréssant :
http://melanine.org/article.php3?id_article=370
Je suis loin d’être d’accord avec tout, mais ça à le mérite d’être complet.
Très bien écrit ! Même si je ne partage pas du tout son point de vu.
PS : je n’ai pas parlé du fait que le film était sortie dans beaucoup de salle où il peut être vu en 3D (avec lunettes). A mon sens ce n’est pas la meilleur façon de voir le film (sans parler de fausse 3D dans les yeux pendant 2h45, avec pour certain un mal de crâne assuré et les yeux qui pleurent.
Je suis pas objectif en même temps, je suis pas fan de cette 3D au cinéma.
Bon, ben visiblemement faut pas que je le rate au ciné, celui-là! D’autant plus que j’adore et Mme Weaver, et Mamzel Rodriguez!
Petit article sur la 3D avec Peter Jackson et James Cameron :
http://www.elbakin.net/film/news/PJ-WETA/James-Cameron-Peter-Jackson-et-Hollywood-visions-d-avenir
vu en 3D au ciné..
c’est vrai que scénaristiquement ça casse pas des barres :
un gentil du côté des méchants qui se rend compte que les gentils sont gentils et qui part de chez les méchants pour aller chez les gentils pour ensuite combattre les méchants…
au niveau visuel j’ai pris une claque par contre…
J’en sors et le moins que je puisse dire, c’est que c’est un film de ouf!!!
J’ai à peine senti les 2h40 et quelque et l’immersion est totale de chez totale. Mention spéciale au vialin colonel, qui m’a tellement remonté que j’avais envie de le torturer pendant un petit siecle ou deux.
Autre mention a joel moore que j’avais vu dans un très sympathique navet qu’il tenait a bout de bras : Grandma ‘s Boy.
Et puis un parterre de fleurs à ma dame de fer préférée, Mme Weaver!
Bravo James
Et hop une autre très bonne critique, très complète :
http://adinaieros.les-forums.com/topic/857/avatar-james-cameron/#last
Petit article faisant état de polémiques autour d’Avatar :
http://www.lefigaro.fr/cinema/2010/01/19/03002-20100119ARTFIG00542-avatar-declenche-une-polemique-.php
Comme quoi on peut être le 2ème plus gros succès du cinéma et déchaîner la critique
Dites les gars, vous avez vu une apologie de la guerre dans ce film ? Ou encore fait le lien entre la destruction de l’arbre et la chute du World Trade Center ?
Bah lui oui :-p
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/01/27/avatar-rien-d-autre-qu-une-bete-justification-de-la-guerre-par-pierre-desjardins_1297562_3232.html
Un point Godwin pour le Monsieur ?
Article…. intéressant ! Et les commentaires des lecteurs le sont tout autant.
Effectivement, comme toujours, certain croient utile de faire de la sur-interpretation sans même savoir ce que l’auteur à voulut dire.
Et pendant ce temps, Avatar est devenu le film le plus vu de tous les temps, en dépassant tranquillement Titanic cette semaine (http://www.imdb.com/boxoffice/alltimegross?region=world-wide).
Alléluia !