A lire : Sillage

avr 07, 2010 4 commentaires de

Quelque part dans l’espace…

La race humaine ne semble pas être la seule à s’être posée la question de savoir si elle était unique en son genre dans l’univers. La réponse fut d’ailleurs la même pour tout le monde ou presque : Non, vous n’êtes pas seuls. Vous êtes même sacrément nombreux. Va falloir penser à vous organiser…

Et l’Univers s’organisa. Une majorité de races extra-terrestres s’allièrent pour former Sillage, un convoi multiracial de vaisseaux spatiaux parcourant l’espace à la recherche de monde à coloniser. Qui dit coloniser, dit envahir et transformer, certes. Mais pour ce faire, les autorités sillagiennes doivent quand même obéir à une certaine discipline dictée par leur code moral lorsqu’elles décident d’interagir avec des sociétés primitives qui n’ont même pas encore conscience que le monde dépasse les limites de leur perception.

Il faut d’abord envoyer des Vigilants, des êtres hautement télépathiques pour avoir un aperçu global de la situation sur une planète. Il faut ensuite y déposer des Scruteurs, des hauts fonctionnaires qui se fondent dans les populations autochtones et étudient le meilleur moyen de les intégrer à Sillage, avant de décider si l’exploitation de la planète se révèle rentable pour les deux entités. Si la décison est approuvée par la Constituante, le haut-conseil exécutif, la colonisation débutera par le ballet des Migreurs, une race robuste et travailleuse, qui se charge de contruire les premières infrastructures sur place.

Bien que rôdée, l’organisation de Sillage n’en est pas moins imparfaite sur bien des aspects : certaines races sont, bien entendu, lésées par rapport à d’autres dans le partage des richesses, la corruption ambiante jusqu’aux plus hautes spères de l’Etat gangrènent le bon fonctionnement des institutions sillagiennes, enfin la faillite de la Constituante dans sa mission de contrôle a souvent pour conséquence le sacrifice pur et simple des civilisations et écosytèmes sur l’autel de la colonisation. Un dernier détail : pour une fois, les humains sont absents et inconnus sur Sillage.

Et c’est justement une humaine qui va être récupérée sur une planète vierge par les agents de la Constituante. Une adolescente qui vivait seule comme une sauvage autours de son vaisseau-gîte, visiblement crashé depuis de nombreuses années. Une humaine nommée Nävis et qui, en plus de son caractère de cochon, dispose d’une capacité propre à son espèce se révélant être des plus utiles sur Sillage : la faculté d’être imperméable à toutes les formes de télépathie connues sur le convoi…

A pied d’oeuvre depuis 1998, Jean David Morvan (scénario) et Philippe Buchet (Dessins et couleurs, avec Color Twins) prouvent avec Sillage que la science-fiction de bonne facture dans le neuvième art n’est pas l’apanage des seuls mangas et comics américains. Déjà riche de 13 tomes (publiés chez Delcourt), la série a su convaincre et s’imposer comme un best-seller, statut ô combien compliqué à obtenir dans le domaine. Les raisons de ce succès sont toutes directement liées à la qualité de l’oeuvre , à sa richesse et à son héroïne.

Avec un design proche de l’école belge de la BD d’aventure avec quelques faux airs de manga, Sillage est tout d’abord une belle bande dessinée, avec ce qu’il faut de détails et de délicatesse pour accrocher l’oeil. Paysages, personnages, machines : tout est bien pensé et l’esthétique est innovante, même quand elle trouve sa source dans une référence plus célèbre. Au tome 2, on aura par exemple un petit sosie de la créature du film Alien. Dans le tome 9, un méchant à la gueule assez inspirée de Darth Maul, le guerrier Sith de l’Episode 1 de Star Wars.


Nävis, l’héroïne, est elle-même très proche de Gally, l’héroïne de Gunnm. La ressemblance n’est d’ailleurs pas que physique : brunes, petites de taille, mignonnes façon Michelle Rodriguez, les deux jeunes filles sont dotées d’un caractère de chien (ou de cochon, accessoirement), d’une sensibilité à fleur de peau et sont lancées à la recherche de leur identité. Elles sont de plus toutes deux frappées par une amnésie partielle et sont extrêmement douées pour le combat rapprcoché.

Pour autant, les aventures de Nävis sont loin d’être un remake de Gunnm et proposent d’aborder la condition de la jeune fille à travers une autre angle de vue. Si Gally souhaitait uniquement retrouver qui elle était au fil de ses expériences, Nävis veut surtout savoir d’où elle vient, car elle est le seul spécimen de la race humaine perdue sur Sillage, la babylone sidérale.

Sillage, c’est la quintescence de la touche juridique dans le 9ème art. Une grande partie de l’intérêt de cette bande dessinée réside dans le décorticage de l’insitution sillagienne avec tout ce qu’elle comporte comme principes constitutionnels et institutions établies pour les mettre en oeuvre. Et sur Sillage, dites-vous bien que la séparation des pouvoirs existe, les fonctionnaires aussi (parmi lesquels ont compte même des huissiers), sans oublier la raison d’Etat, l’autonomie judiciaire, les classes sociales, l’împôt et même une forme de RMI… Un véritable régal auquel s’ajoute un fond d’espionnage, Nävis étant limite embauchée d’office en tant qu’agent spécial de la constituante une fois habituée à la vie sur le convoi. Bref, les intelectuels apprécieront et l’immersion sera de toute manière la première bénéficiaire de cet effort scénaristique.

Enfin, tout cet étalage de droit administratif et constitutionnel servira surtout à peindre une véritable société extra-terrestre avec tous ses côtés touchants et ses travers.

BVref, je ne vais pas m’étaler d’avantage sur le sujet : Sillage, c’est beau, c’est intéressant, c’est fascinant, bref c’est bien.

Si vous devez commencer la série, sachez que lire tous les tomes dans l’ordre est indispensable à partir du tome 4. En effet, même si chaque album est centré sur une histoire complète, la grande histoire de Nävis et de son entourage évolue d’album en album (en cours). Une dernière précision : ne pas confondre cette série avec les Chroniques de Sillage (6 tomes), recueils d’histoires courtes dérivées de l’univers de Sillage, une oeuvre un peu moins emballante que la série originale (le dessinateur change à chaque tome, les scénaristes ne sont autres que Buchet et Morvan).

Voilà !

Si vous ne devez en lire qu’un : Le tome 3, Engrenages

Et pour finir, mon préféré : Le tome 9, Infiltrations.

Prix : Autours de 12 euros le tome. Existe en version reliée.

PHB

BD, Bibliothèque

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A propos de l'auteur

Né au point A. En route pour le point G. Vous pouvez me retrouver sur mon blog perso..

4 réponses to “A lire : Sillage”

  1. Set says:

    Hum… Navis… Colonisation… Il se serait pas un peu fait pomper par un certain film par pur hasard? :P

    Bon ca fait encore une BD que je dois rajouter sur la liste de celles que j’ai à lire. Faut que j’arrête de lire tes reviews sinon j’vais jamais m’en sortir!

  2. fylyp82 says:

    Graaave pompé pour le nom. Après, pour le côté colonisation, disons que les terriens dans Avatar sont à l’aube d’un conglomérat de la taille de Sillage (encore faut-il qu’il réussissent à s’entendre avec d’autres espèces iintelligentes).

  3. Grishka says:

    Très sympa, j’adore le dessin ! Et si le monde est aussi développé, ça ne peut que m’intéresser. En plus ça fait longtemps que je me suis pas lancé dans une BD !

  4. la boule says:

    Je suis fan de cette BD! mais surtout de buchet ! son imagination est fantastique! vaisceau, costumes ,paysages mais d’ ou sort- il tous ça!! j’adore « engrenage » peut être parce que naivis rencontre pour la première fois une espece proche de la sienne!! mais surtout cette histoire englobe tout les genre! on y trouve de l’amour , du mistere et de l’aventure! génial sillage foncez le lire! kissxxx

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