A lire : Sha l’Ombre

juin 04, 2010 6 commentaires de

Le XVIème siècle nous était enseigné à l’école comme celui qui marquait le début de la glorieuse Renaissance, mettant enfin un terme au sombre Moyen-Age gangréné par la guerre de 100 ans, la féodalité malsaine, la peste et l’obscurantisme répressif. Comme par magie, l’Humanisme était né, l’Amérique était découverte et Rabelais sortait son Pantagruel. Ce que nos enseignant oubliaient parfois de nous dire, à l’époque, c’est que l’inquisition avait encore de beaux restes. D’ailleurs, sur le plan de la tolérance religieuse et de la cohabitation pacifique entre les différents cultes, ont aurait aisément pu appeler cette période le « Très-Bas Moyen-Age ». Sans rentrer dans le détail, il n’est pas faux d’avancer que la peur de l’autre et de Dieu avait ravivé la flamme de bien des bûchers, alors que les grands esprits juridiques de l’époque (le pieux Jean Bodin en tête) s’employaient, en bons jurisconsultes, à faire de la torture une science humaine.

C’est dans ce charmant univers que nous transportent dans un premier temps le scénariste britannique Patt Mills et le dessinateur français Olivier Ledroit pour nous raconter les aventures de Lara, une jeune sorcière passée au grill en France dans sa quête de vengeance à l’encontre de ses bourreaux un demi siècle plus tard à 5000 bornes de là, dans la mégalopôle futuriste américaine de New Eden. Vaste programme !

Avant de s’intérresser à l’histoire un peu plus en détails, nous allons plutôt aborder le style de cette bande dessinée, particulier à bien des égards, ce qui était prévisible au regard du pedigree des auteurs. Au scénario, nous avons donc Pat Mills, prolifique auteur britannique de comics, amateur d’Histoire (avec un grand H), de réincarnation et de voyage temporel. J’avais déjà pu dévorer la série Sláine, monument de noirceur et d’instinct guerrier sur fond de folklore celtique avant de m’attaquer à Sha, ce qui me laissait espérer le meilleur pour la suite.

Surtout qu’au dessin, ce n’était ni plus ni moins que l’inépuisable (cocoricoooo) Olivier Ledroit, auteurs des 5 premiers tomes des Chroniques de la Lune Noire (avec  François Froideval) et de Requiem (scénarisé par le même Mills), délire vampirico-épique qualifié à juste titre par la majorité de ses lecteurs de « tuerie sans nom ». L’un des plus célèbres auteurs de bande-dessinée Medieval-Fantastique est aussi l’un des plus productifs et des plus diligents. Si son style de dessin est plus que particulier (notamment pour ce qui est de la forme visages), la grande force de Ledroit reside dans son découpage audacieux, son souci du détail et sa garnde maîtrise des couleurs, le bonhomme, une fois n’est pas coutûme, privilégiant les techniques d’aquarelle dans c dernier domaine. Le résultat dans Sha est assez impressionnant, et avec du recul, il est possible de s’apercevoir que l’ombre du chevalier vampire de Requiem devait déjà lui trotter dans la tête à cette époque (Sha a été exécuté de 96 à 98, alors que Requiem a commencé a être publié en 2000).

Quid du scénario ? Eh bien, près une entrée en matière des plus tonitruantes, où le lecteur se retrouve devant le bûcher de la pauvre Lara, vendue par sa meilleure amie aux sbires démoniaques de l’inquisition, l’âme en détresse de la pauvrette est secourue par Sha, une entité d’une autre dimension qui l’autorise donc à se réincarner dans le corps d’un lieutenant de police de New Eden quelques siècles plus tard, une ville que Ledroit a su mettre en image avec brio et dans laquelle Pat Mills instaure un nouvel ordre moral des plus obscurs. Mais seulement voilà…

Trois petits tomes concluent assez rapidement un scénario qui à mon sens en aurait mérité deux de plus et un brin de linéarité dans le fil conducteur. On sent que l’influence du comics a frappé à la porte de la réalisation de cette série, privilégiant le découpage de l’action assez statique, malgré la majesté des scènes, ce qui n’explique pas tout. Mon avis sur la durée de Sha est bien entendu à prendre avec des pincettes, étant donné quen bon fan de manga, je suis plus sensible aux séries fleuves. Mais tout de même, on sent au troisième tome, qui ne perds rien en qualité d’éxécution, que tout cela prend fin un peu trop vite.

La faute peut-être aussi à l’éditeur Soleil, qui a apparemment exapséré les auteurs tout le long de leurs collaboration, avec comme point d’orgue, le flop de La Porte Ecarlate, une réalisation des deux compères qui ne dépassera pas le stade du premier tome.

Surtout que tout le reste est fantastique : les personnages sont racés, l’environnement est magistralement développé en peu de cases, les textes (dialogues, monologues et citations) sont d’une grande qualité et l’histoire de vengeance se défend sans aucune peine dans une orgie d’illustrations complexes saturées de couleurs, ordonnées par un découpage à couper le souffle sur les grandes scènes dans lesquelles l’utilisation des techniques d’aquarelle prend tout son sens. La violence est au rendez-vous, magnifiquement embellie par ces mêmes techniques. L’héroïne, quant à elle, pourra peut-être paraître un peu quelquonque pour certain, mais personnellement, je trouve qu’elle tire bien son épingle du jeu.

Pour conclure, je vous recommande chaudement Sha, si vous êtes fan des histoires glauques et ésotériques, confrontant les univers futuristes aux créatures légendaires de passés improbables. Rien que la reliure signée par les éditions Soleil en fait un petit bijou qui trônera avec élégance dans votre bibliothèque (format 26 par 32 cm). De plus, il se pourrait bien que mon appréciation sur la durée de vie de cette série ne fasse pas l’unanimité et que nombre d’entre vous trouvent que l’oeuvre se suffit à elle-même.

En tout cas, Sha décoiffe !

Si vous ne devez en lire qu’un : Vous rigolez, ou quoi ! Lisez les trois !

Et pour finir, mon préféré : Le tome 2, Soul Wound.

Prix moyen : Autours de 12 euros par tome.

BD, Bibliothèque

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A propos de l'auteur

Né au point A. En route pour le point G. Vous pouvez me retrouver sur mon blog perso..

6 réponses to “A lire : Sha l’Ombre”

  1. Grishka says:

    Excellent. L’aspect visuel est juste trop bon !

  2. Nanobook : Olivier Ledroit says:

    [...] par l’échec commecial de la série Xoco avec le premier, et l’imparfaite complétion de Sha l’Ombre avec le second. Les éditions Vent d’Ouest pour le premier titre, Soleil pour le second, [...]

  3. fylyp82 says:

    Bonne correction mais palcée sur le mauvais texte. Merci en tout cas ^^

  4. Sha, tome 1er : The Shadow One « Le Dino Bleu says:

    [...] – le site officiel d’Olivier Ledroit – d’autres avis : Les singes de l’espace, NANOOK, Krinein Magazine, Blog Bazar [...]

  5. Sha, tome 2nd : Soul Wound « Le Dino Bleu says:

    [...] – le site officiel d’Olivier Ledroit – d’autres avis : Les singes de l’espace, NANOOK, Krinein Magazine, Blog Bazar [...]

  6. Sha, tome 3e : Soul Vengeance « Le Dino Bleu says:

    [...] – le site officiel d’Olivier Ledroit – d’autres avis : Les singes de l’espace, NANOOK, Krinein Magazine, Blog Bazar [...]

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