A Lire : La Quête de l’Oiseau du temps
En des temps immémoriaux, Ramor, Dieu Maudit de son état, fut enfermé dans une conque (1) par les sorciers de son époque. Mais de nombreuses années plus tard, l’enchantement, qui s’est progressivement affaibli, doit être renforcé sous peine d’être rompu.
La princesse Mara, règnant sur la Marche du Voile d’Ecume, l’une des sept principautés qui se partagent la terre d’Akbar, ratisse les grimoires afin d’accomplir cette tâche abordée par feu son père. Mais le temps vient à manquer, tant le sortilège d’emprisonnement est complexe et long à incanter. Seul le légendaire Oiseau du Temps pourrait permettre à la princesse-sorcière de boquer le temps pour pouvoir compléter l’enchantement.
(1) Coquillage utilisé comme instument de musique à vent.
Mara n’hésite donc pas à envoyer Pélisse, sa fille unique, sur les Hauts Plateaux de Médir, afin d’y rencontrer le seul homme qui fit vaciller son coeur de princesse : le vaillant chevalier Bragon. Appâté par la perspective de revoir Mara et par la possibilité que Pélisse soit sa propre fille, le vieux guerrier se résoud à embrasser cette nouvelle quête.
Voilà pour les grandes lignes du scénario…
Pour les auteurs de cette aventure commence il y a bien lontemps aussi : c’est en 1983 que les français Régis Loisel (Dessin) et Serge Le tendre (scénario) achèvent le premier album de la quête de l’oiseau du temps. A l’époque, rares sont les bandes dessinées franco-belges qui exploitent adroitement l’univers de l’héroic fantasy (2). Régis Loisel ne s’y intéresse d’ailleurs que peu, ce qui va lui permettre de mettre en place avec son compère un univers dense et crédible s’écartant sensiblement des sentiers battus du genre, se focalisant plus sur le côté humoristique et centrant le travail sur les défauts des héros plutôt que sur leur qualités, ce qui rend les personnages bien plus proches des lecteurs que ne pourraient l’être les archétypes de surhomme qui pullulent dans le registre.
Le résultat a été considéré ni plus ni moins comme le précurseur de l’héroic fantasy dans la bande dessinée franco-belge. Arleston et Tarquin, les créateurs de l’univers de Lanfeust de Troy, mascotte contemporaine du registre, louant sans complexe les qualités et l’impact de la Quête de l’Oiseau du temps sur le 9ème art.
(2) Pour la petite histoire, c’est la même année que sort le premier tome des aventures d’Alef-Thau, autre monument de la BD fanstastique, signée par le français Arno Dombre.
Le premier point fort de cette série, c’est donc le traitement de son univers, bien mis en place et dans lequel se cotoient guerriers, sorciers et créatures fantastiques aux abilités effrayantes : le Borak, par exemple, prédateur quadripède au pelage noir, possède une langue capable de brûler la chair; les chtin’s sont eux une espèce de crabe migrant en masse dans les marais et ravageant toute vie ou structure sur son passage; les créatures du temple de l’oubli quant à elles, se nourissent de l’esprit de leur proies, ramenant celles-ci à l’état de légumes vivants.
Les sept Marches (3), dirigées par les princes-sorciers, sont les garants de la stabilité d’Akbar alors qu’un mystérieux Ordre du Signe envoie ses fanatiques à la mort afin de renverser l’ordre établi. De plus, il est important de relever que toutes les nations ne sont pas humaines : la cité d’Ir-Weig, pour ne citer qu’elle est elle peuplée d’une race de bipèdes humanoïdes dont le cycle passe par la saison des basse-douleurs, sorte de période de chaleurs collectives et dévastatrices.
Enfin, certaines créatures échappent à toute logique de société et sont autant d’électrons libres qui surgissent dans le récit. Pas de méchants, ni de gentils : il n’y a que des individus qui obéissent à leur karma.
(3) Concept largement inspiré de la marche (marchinatus) désignant une terre conquise sur l’ennemi ou détachée d’un territoire frontalier, à laquelle le suzerain attribuait une vocation particulière de défense contre le territoire voisin.
Un monde dur et cruel que Régis Losiel met en image avec une certaine classe, son trait s’affinant le long des quatre premiers tomes de la Quête de l’Oiseau du Temps. Un trait fin qui, malgré ses multiples inspirations allant des classiques de la BD européenne (4) aux géants de l’animation américaine, a réussi à se démarquer afin de donner à cette série toute la légitimité d’un chef d’oeuvre.
Là où l’exploit est remarquable, c’est que les trois derniers tomes, sous-titrés Avant la Quête (sur un total de sept, série en cours), qui reprennent l’histoire de la jeunesse du chevalier Bragon et de sa rencontre avec la princesse Mara, ont été confié respectivement à trois dessinateurs différents (Lidwine pour le tome 5, Mohammed Aouamri pour le 6 et Vincent Mallié pour le 7ème) qui ont eu le talent de respecter religieusement le cahier des charges de leur modèle sans pour autant livrer un résultat batard ou copié/collé. A noter également que Régis Loisel se charge lui-même des couleurs sur les tomes 3, 4 et 5.
(4) Le Rige (Tome 3 et tome 7) a un design qui n’est pas sans rappeler les délires science-fictif d’Enki Bilal.
C’est l’éditeur Dargaud qui a mis la main sur le filon et qui publie cette saga qui a tout de même attendu 11 ans (de 1987 à 1998) pour voir naître son second cycle, et 9 ans entre le tome 5 marquant le début de cet arc et le tome 6. Le projet a finalement été réalisé et suit son cours avec le tome 7, La voie du Rige, sorti en mars 2010, dont vous pouvez sans doute voir quelques affiches promotionnelles aux abords de vos librairies locales. Un nouveau cycle sous-titré « Après la Quête », dessiné par Loisel est d’ores et déjà annoncé, alors que les auteurs on également publié un hors-série en 2004 « En Quête de l’Oiseau du Temps ». Enfin, un long-métrage d’animation en 3d sur la Quête est programmé depuis 2006, mais le projet semble s’être pedu en cours de route.
La Quête de l’Oiseau du Temps est donc une très belle histoire qui ne manque pas de frapper là où ça fait mal. Son dénouement comme sa conclusion feront équarquiller les yeux des plus téméraires d’entres vous. L’histoire vit à travers les expériences des personnages, et l’exploit des auteurs aura été de réussir à tout faire rentrer dans un format de bande dessinée d’une quarantaine de pages par tome sans faire l’impasse sur aucun élément du récit, ni sur le syle du dessin et encore moins sur la lisibilité et le découpage des planches. Drôle, censé, passionant, humain, dense : en un mot comme en mille, vous aurez dans les mains un véritable chef d’oeuvre de la bande dessinée d’aventure qui vous séduira même si vous n’êtes pas fan d’heroïc fantasy.
Si vous ne devez en lire qu’un : Le tome 1, La Conque de Ramor.
Et pour finir, mon préféré : Le tome 2 : Le temple de l’Oubli.
Prix par tome : autours de 13 euros.








J’avais commencé à lire cette série il y a bien longtemps, et je constate que j’ai tout oublié de l’intrigue ! Je me souvenais vaguement d’un trait magnifique au service d’un univers fouillé. Faudra que je les achètes ceux là. En attendant j’attend toujours la suite du Grand Mort de Loisel ^^
Loisel est un super dessinateur, mais l’Oiseau du Temps, c’est sympa dans les premiers tomes mais ça s’essoufle vite, je trouve.
Je conseille son Peter Pan…
Bien vu, pour Peter Pan. Ceci dit, j’ai adoré lOiseau du Temps et contrairement à toi, je n’ai pas vraiment trouvé que ça s’essouflait. Après, je suis un gros fan de manga donc les longueurs ne me font pas peur.
Mais c’est vrai que j’ai bcp apprécié la densité par rapport au volume de pages, et le côté histoire d’amour vache.