A Lire : Jeremiah

jan 12, 2010 7 commentaires de

Jeremiah est une série de bande dessinées franco-belge, signée Hermann Huppen et qui met les Etats-Unis à l’honneur. Enfin, l’expression est peut-être mal choisie. Explications :

A la fin du XXème siècle, la nation du pop corn et des krachs boursiers est en train de se déchirer de l’intérieur. D’un côté se dressent les Wasps (white anglo-saxons protestant), de l’autre, les afro-américains. Les autres minorités subissent. Le motif du conflit est racial et le dénouement, tragique : le fameux bouton rouge est appuyé ! Par qui ? Nul ne le saura jamais.

Catastrophe nucléaire, chaos et « madmaxisation » du rêve américain s’ensuivent. Les autorités arrivent tant bien que mal à maintenir un semblant d’état fédéral sur une terre devenue un ouest sauvage surdimensionné, où se débatttent pêle-mêle, dans une ambiance délétère, blancs, noirs, amérindiens et asiatiques, tous en quête de survie, de rêve et de confort. Yes We Can !

Dans ces conditions, la féodalité et la tyrannie reviennent forcément au goût du jour, tout comme l’esclavage, la torture, la famine, les razzias, les expéditions punitives, les massacres, les viols, les expropriations, le fanatisme, la loi salique, la persécution, le chômage structurel… Vous l’aurez compris, dans le monde de Jeremiah, le Moyen-Orient a la paix !

Dans ce monde, que nous pouvons donc qualifier sans trop de risque de post-apocalyptique, évoluent deux personnages, dont vous pouvez apercevoir les silouhettes sur l’image servant d’en tête à cet article : de droite à gauche, je vous présente Jeremiah et Kurdy. Le premier est un modèle de gentil garçon, humble, serviable, travailleur et sensible mais capable de devenir une véritable machine à tuer si les circonstances le réclament. Le second est son parfait opposé, surprenant de tendresse avec Esra, sa monture et d’attention pour son pote. Leur but ? Poser leurs pénates dans un coin tranquille, s’il en reste ne serait-ce qu’un dans toute l’Amérique. Comme nos deux compères ont la fâcheuse tendance d’attirer l’attention, vous aurez vite déduit qu’ils vont en avoir pour un bon moment avant de se caser .

Crée en 1979 pour le magazine belge Zack (avant d’être publié dans Métal Hurlant, puis Spirou magazine), Jeremiah fait partie de ces classiques de la bande dessinée franco-belge dont l’existence ne saute pas aux yeux de tout le monde mais dont les albums ont depuis longtemps élu résidence jusque dans les bibliothèques les plus reculées de la planète. Amateurs de road trip, de récits post-apocalyptiques et de vannes acérées : Jeremiah saura vous conquérir.

Je ne m’attaquerai pas à une critique exhaustive du dessin d’Hermann Huppen, son trait étant tout simplement fabuleux et l’homme faisant déjà partie des parrains du 9ème art en Europe. J’attirerai simplement l’attention sur le réalisme du graphisme de cette série jusque dans ses moindre traits, au soin apporté aux décors et à l’intelligence de la mise en page qui décortique en peu de case les scènes d’action les plus complexes. Je vous laisse admirer.

Le scénario est l’autre grande force de Jeremiah, l’auteur ayant pris le parti de découper son histoire en récits autonomes et interdépendants ce qui permet au lecteur  de commencer la série où bon lui semble et de se l’approprier dans n’importe quel ordre (à part peut-être pour les premiers albums où la limite n’est pas très claire, à mon avis). J’ai pour ma part commencé par le tome 15.

Côté dialogue, Hermann a une culture de la réplique cinématographique à l’américaine (mais en français) qui a dû décrocher bien des mâchoires depuis la première rencontre entre son héros et Kurdy Malloy. Enfin, l’environnement de Jeremiah est rigoureusement traité, les hypothèses avancées à chaque album sur les modes de gouvernance alternative et de gestion de chaque ville que nos héros visitent sont une richesse à elles toutes seules.

Sans être violent visuellement, le jeu des couleurs étouffant souvent le sang et donc le ressenti de certaines scènes de combat, Jeremiah décrit néanmoins un monde qui ne fait pas de jaloux. Et même si nos héros se font un malin plaisir de punir leurs ennemis les plus cruels, c’est avec un certain fatalisme laconique que se règlent la plupart des situations qu’ils sont amenés à gérer, laissant peu de place à la morale ou à la justice… un peu comme dans la vraie vie, quoi…

Riche de 29 tomes (série en cours, éditée chez Dupuis), tous aussi soignés bien que variables au niveau de l’intensité, Jeremiah est un incoutournable que je recommande à tous les lecteurs potentiels, car la série fait partie de ces oeuvres qu’il faut s’approprier avec le temps et qui livrent petit à petit tous leurs secrets. Je ne saurais par contre promouvoir l’adaptation télévisée commise par J. Michael Straczynski en 2002 (avec Luke Perry), qui est totalement à côté de la plaque à tous les niveaux. Ignorant dans quelles conditions s’est négocié ce projet, je me permets de clore la parenthèse en vous invitant à visiter le site officiel de Hermann Huppen (http://www.hermannhuppen.com), très élégant et dans lequel (ô mille fois merci) j’ai recueilli la plupart des vignettes insérées dans cet article.

Bref, si vous ne devez en lire qu’un : Le tome 15, La Ligne Rouge.

Et pour finir, mon préféré : Le tome 9, Un Hiver de Clown.

Prix Fnac : 10.41 euros. Existe aussi en édition intégrales regroupant 4 albums par tomes, du 1 au 28 (7 volumes donc, à 35.15 euros/pièce). Le tout édité par M’sieur Dupuis (les lecteurs de Spirou Mag comprendrons cette familiarité).

PHB

BD, Bibliothèque

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A propos de l'auteur

Né au point A. En route pour le point G. Vous pouvez me retrouver sur mon blog perso..

7 réponses to “A Lire : Jeremiah”

  1. grishka says:

    Je me faisais une fausse idée de cette BD, principalement parce que le confondais avec une autre série de l’auteur (comme tu me l’as expliqué). J’adore énormément les univers post-apocalyptique, je pense donc prochainement me pencher sur cette saga ^^
    Très jolis dessins en effet.

  2. fylyp82 says:

    29 tomes… acrcoches-toi!

  3. Kryska says:

    29 tomes quand même ! Va me falloir de la motive mais y a moyen !

  4. _KillingLilOo_ says:

    Y a l’air d’y avoir pas mal de nichons qd meme!

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