A Lire : Gunnm
L’humanité, dans un futur lointain, a encore fait des siennes.
Sur une terre aride s’étend Kuzutetsu, la “décharge”, mégalopole sale et difforme dans laquelle se croisent humains et cyborgs. La loi en vigueur étant celle du plus fort, la violence prend des allures de pain quotidien local, faisant couler le sang et l’huile de moteur à flots.
Dans le ciel de la décharge trône Zalem, la cité suspendue au blanc immaculé, bardée d’une colonne géante s’élèvant depuis son centre. Le seul contact entre les deux cités se fait par le biais de longs tubes qui permettent à la ville flottante de phagociter sa petite soeur, sans que cette dernière ne puisse se défendre. Pour éviter d’être atteinte par la misère de son souffre-douleur, Zalem exerce un contrôle régalien sur Kuzutetsu grâce à un réseau de robots appelés les bornes. Leur rôle est simple : assurer l’acheminement des matières premières, faire respecter un semblant d’orde en finançant un réseau de mercenaires et réprimer catégoriquement tous les contrevenants à la double interdiction absolue pour tout être vivant de prendre la voie des airs et d’utiliser une arme à feu.
L’ultime stigmate de cet asservissement est une gigantesque montagne de détritus en plein centre de la décharge, fruit des vidanges régulières de Zalem sur le sol de Kuzutetsu. Enfin, les populations des deux villes n’ont aucun contact direct entre elles.
C’est que vit le docteur Daisuke Ido, “Doc Ido” comme l’appellent ses collègues de l’ordre des Hunter Warriors, la fameuse division de mercenaires chargés de faire respecter l’ordre en chassant les individus dont la tête a été mise à prix par les bornes. L’homme est initialement un cybernéticien de talent qui partage son temps entre la chasse aux primes et sa clinique de chirurgie cybernétique.
Alors qu’il se promenait comme à son habitude dans les environs de la montagne de déchets, véritable brocante surdimensionnée, Ido fit une découverte dont il ne mesura jamais vraiment l’ampleur : un buste de femme cyborg (1), apparemment vieux de plus de 200 ans et encore en état de fonctionnement. Sa charmante découverte se révélant vite incapable de se souvenir de la moindre parcelle de son passé, se voit alors offrir un nouveau corps, une nouvelle vie et un nouveau nom : Gally.
(1) Le cyborg est un être vivant dont une partie des organes est artificielle. Dans Gunnm, le cerveau des cyborg est souvent fait de chair et de sang. Gally est donc un être vivant, et non pas un robot.

Gunnm propose en fait deux histoires : celle de Gally, la cyborg à la recherche de son passé et celle de la décharge, frustrée par des années de domination de Zalem. Les thèmes de la résistance et de la régulation s’opposent d’une part, le darwinisme et l’eugénisme d’autre part. A côté de ça, la problématique de l’homme face à son karma s’impose comme le Saint Graal du récit. Sur ce dernier point, attendez de découvrir le porfesseur Desty Nova pour vous faire une idée sur l’exploitation du sujet.
Le moins que l’on puisse dire en parcourant les pages de Gunnm, c’est que Yukito Kishiro ne fait pas dans la dentelle. Son manga, résolument orienté science-fiction et castagne, est à première vue un festival d’hémoglobine et de mutilation. Les armes à feu étant majoritairement interdites et la plupart des protagonistes étant des cyborgs -donc en grande partie mécaniques- la créativité de l’auteur a tout de même réussi a se débrider sans pour autant en devenir écoeurante. L’ensemble est épaulé, il est vrai, par savant travail d’ambiance qui rend cette perspective futuriste -n’ayons pas peur des mots- vraisemblable. En effet, ce seinen s’attache beaucoup à la description romancée de l’environnement social, culturel et économique de la société du binôme Kuzutetsu/Zalem, ouvrant un grand nombre d’axes d’introspection et d’identification.
Gally, quant à elle, est une belle brune affutée comme une lame, tentant désepérément de faire coexister son instinct guerrier avec son coeur de femme. Forte de caractère, indépendante, fière et tête brûlée, elle n’est pas sans rappeler sa cadette européenne Navis, personnage principal de la série Sillage (2). Comme cette dernière, elle excelle dans l’art du combat, maîtrisant pour sa part un art martial inconnu sur terre : le Panzer Kunst. C’est à vous de decouvrir le reste.
Yukito Kishiro est, lui, un petit enfant prodige du manga : un premier prix du concours organisé par le magazine Shonen Sunday à seulement 17 ans, un sacre de meilleur dessinateur débutant ainsi qu’un lauréat du prix des meilleurs dessinateurs du magazine Shogakukan étrennent ses débuts. Son dessin, à défaut d’être d’une esthétique irréprochable, véhicule parfaitement l’atmosphère de son scénario, permettant presque au lecteur de “sentir” la crasse de la décharge et de ses environs et livrant ainsi une interprétation graphique à la limite du réaliste et du fantaisiste. De plus, bien que très sombre par moment, le seinen n’en demeure pas moins d’une lisibilité parfaite, surtout dans le découpage de l’action. Enfin, les choix artistiques de Yukito Kishiro pour décrire son univers font mouche, notamment son catalogue de cyborgs et de robots.
(2) Bande dessinée de science-fiction française de Jean-David Morvan (scénario) et Philippe Buchet (dessin), commencée en 1998.
Publié au Japon entre 1990 et 1995 dans le magazine Sueisha’s Business Jump, et par la suite relié en 9 volumes, Gunnm est l’un des premiers mangas (hors Club Dorothé) à avoir connu le succès en France (édition en 9 tomes chez Glénat ou en édition grand format (3)). Les deux premiers tomes ont été adaptés en anime (deux OAV sous le titre de Battle Angel, en 1993). Le manga est aussi parfois nommé Battle Angel Alita, ce dernier prénom apparaissant dans l’oeuvre originale (je vous laisse découvrir où et pourquoi).
Si vous m’avez suivi jusque là, vous aurez alors aisément compris que je recommande chaudement les aventures de Gally, pour les publics des deux sexes au-dessus de 12 ans. La violence reste soutenable et sert finalement à contraster toute la poésie d’un manga qui aborde la condition humaine à travers le prisme de la science fiction cyber.
Une fin alternative est proposée dans le dernier tome, mais il faut savoir qu’une suite intitulée Gunnm : Last Order a été commencée Par Yukito Kishiro en 2001, déjà riche de 12 tomes et reprenant l’histoire là où le mileu du tome 9 de Gunnm l’avait laissée. Nous aborderons cette suite dans un prochain article.
En attendant, si vous voulez-bien vous donner la peine…
(3) Cette dernière vaut le détour et propose également une série d’histoires courtes sur l’univers de Gunnm.
Si vous ne devez en lire qu’un : Comme dans toute série, le tome 1 ^^
Et pour finir, mon préféré : Le tome 6 (ou l’arrivée de Fogia Four, le Stallone-like sur l’image au dessus).
Prix Fnac : 6.18 euros et 12.28 euros (Grand format)

















Attitude
J’avais commencé à lire ceux qui était chez toi Phillipe.. faudra que j’les continue, c’était bien !
Quand tu veux ! Je viens de les récupérer. Et Last Order vaut aussi le détour !
Enormissime manga ! Le premier que j’ai eu d’ailleurs. L’univers, les thématiques en font une oeuvre d’une profondeur agréable, à ranger aux côtés d’Asimov dans la bibliothèque.
Ca me rappelle de très bons souvenirs cet article ! J’avais commencé à le lire, mais je m’en suis un peu éloigné pour lire d’autres trucs… faut que je m’y remette !!
[...] l’héroïne, est elle-même très proche de Gally, l’héroïne de Gunnm. La ressemblance n’est d’ailleurs pas que physique : brunes, petites de taille, [...]