A lire : Gispy

nov 27, 2009 5 commentaires de

« Mes couilles dans ton jardin, ma bite dans ta maison » ! Alors ça, si ce n’est pas de la réplique…

L’auteur de cette brève de comptoir ? Tsagoï, un pur produit tzigane, fier routier de son état. Mesdames et messieurs, redressez vos sièges et ligotez-vous les uns aux autres : le Gispsy vous embarque dans ses aventures !

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La vingtaine sauvage, une chevelure rebelle encadrant un menton généreux rasé au cutter, une carrure de boxeur et un vocabulaire de satyre, le Gispsy est un voyou bagarreur qui arpente la C3C, une autoroute géante qui fait le tour de la terre. Nous sommes au début du XXIème siècle, et la couche d’ozone est gravement endommagée, obligeant l’humanité à abandonner le transport aérien. Pour courroner le tout, les prémisses d’une ère glaciaire poussent petit à petit la civilisation dans le chaos et la désolation, laissant la part belle aux grands conglomérats ainsi qu’au banditisme local.

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C’est dans cette ambiance plutôt tendue que Tsagoï, orphelin depuis la prépuberté, a fait ses premiers pas sur la C3C, afin de préserver le seul joyau que la vie n’avait pas décidé de lui ôter : sa petite soeur, Oblivia. Cette dernière grandit dans un pensionnat en  Suisse, à l’abri de la misère et complètement déconnectée de la réalité de son frère, qu’elle considère comme un étranger.

La vie suit ainsi son cours jusqu’à que Tsagoï, victime d’un revers de fortune, ne puisse plus assurer les frais de pension de sa soeur, obligeant celle-ci à partir à sa rencontre pour lui  demander des comptes…

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Si vous aimez les grandes gueules, la science-fiction d’anticipation et les dessinateurs qui s’appliquent à donner vie aux formes féminines, le Gipsy ne pourra que vous plaire. Enrico Marini nous sert ici son deuxième projet d’envergure, en collaboration avec  Thierry Smolderen (scénario) et le constat est assez clair : l’influence du manga et surtout d’Otomo Katsuhiro, le créateur d’Akira (sur lequel nous reviendrons bientôt), est omni-présente, tant dans le découpage de l’action, que dans le design des personnages. Une influence que le dessinateur italo-helvète ne dément pas, lorsqu’il est interrogé sur ses sentiments vis-à-vis de cette série :

Il fallait que ce soit un peu plus personnel, très différent. C’était le cinéma qui m’avait influencé à l’époque comme le film Runaway Train de Konchalovsky inspiré de Kurozawa. Cela m’a beaucoup inspiré visuellement. C’était deux prisonniers qui s’évadent d’une prison dans un monde très glacial. C’est un film dont on était fan avec le scénariste. Il y avait les manga qui m’inspiraient bien sûr, toujours Otomo (katsuhiro) évidemment.

Propos recueillis par le site scenario.com lors de la perspective dédiée au dessinateur en 2006 (http://www.sceneario.com/sceneario_interview_MARIN.html)

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L’impact du côté manga de Gispsy est adouci par un certain statisme des scènes, Marini ne souhaitant visiblement pas abuser des traits de vitesse chers aux mangaka nippons. La colorisation, impériale, replace un peu plus les aventures de Tsagoï à mi-chemin entre les deux tendances du 9ème art, pour un résultat tonique et raffraîchissant, subtilement teinté d’érotisme.

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Le scénario de Thierry Smolderen est lui partagé entre le road trip épisodique et la saga proprement dite. L’idée de la C3C, la méta-autoroute, l’ambiance post-apocalyptique encore assez civilisée, le quotidien des routiers de cette ère : tout est soigneusement mis en place pour permettre au lecteur de se plonger dans cet univers original et séduisant sans trop se poser de questions. Les dialogues sont assez crus et souvent très drôles. Les différents épisodes de la vie du Gypsy sont captivants et les personnages secondaires ont tous leur importance. Le seul bémol, c’est cette coupure abrupte entre les trois premiers tomes (qui se suivent) et les trois suivants (pour autant de récits indépendants), qui cassera un peu l’enthousiasme du lecteur, et qui a visiblement été fatal au souffle de la série. Enrico Marini a d’ailleurs avoué qu’il ne souhaitait pas, à l’époque, être connu que pour ce titre. Débutée en 1992, la série s’achèvera avec le tome 6, en 2002, nous laissant un paquet de questions sans réponses sur les bras. Deux éditions sont disponibles chez Dargaud, dont une rassemblant l’intégrale en deux gros volumes.

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Tsagoï le mal aimé par ses pères et ses pairs, c’est toute la magie des gitans qui ressort pour nous envoûter. La même magie empreinte de douce folie et d’extase qui nous enchante à travers les film d’Emir Kusturica ou la musique de Django Reinhardt et qui s’exprime avec brio dans les pages des six albums des aventures du Gispsy. Les meilleurs choses ont une fin, qui arrive malheureusement toujours  bien trop tôt…

Allez, Tsagoï, joue-nous donc un petit air triste….

Planche_bd_7194_GIPSY


Si vous ne devez en lire qu’un : Le tome 1, L’Etoile du Gitan.

Et pour finir, mon préféré : Le tome 4, Les yeux noirs.

Prix Fnac : 12.83 € (Edition en 6 tomes) ou 33,25 € (Edition en deux volumes).

gypsy 14PHB
BD, Bibliothèque

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A propos de l'auteur

Né au point A. En route pour le point G. Vous pouvez me retrouver sur mon blog perso..

5 réponses to “A lire : Gispy”

  1. grishka says:

    Je l’aime déjà ce Gitan moi ! Bon ta encore réussi à me donner envie de lire un truc que je connais pas…
    Si ça s’arrête au bout de 6 tomes c’est dommage quand même, l’univers semble assez vaste pour offrir de nombreuses histoires

  2. Kryska says:

    J’adore le coup de crayon du dessinateur, et l’histoire a l’air vraiment sympa :D

    Je reste à l’affu d’une imminente chronique sur Akira !

  3. soopajud says:

    le premier était sorti en petit format et le deuxième aussi…
    l’histoire est excellente au début, mais je trouve que l’on perd l’esprit de la personnalité du gypsy au fil des tomes, notamment dès qu’ils sont passés au grand format BD et je trouve que c’est dommage car ce qui me faisait triper c’est les répliques du gypsy et son côté « rah na foot mo », je n’ai pas retrouvé cette esprit après…
    pour le côté dessin, les aventures d’olivier varèse sont aussi très bien (même dessinateur).

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