A Lire (Et Surtout, A Voir) : Samurai Champloo
Tout le monde sait ce qu’est un samouraï (je vous fais confiance). Champloo, ou chanpurū (チャンプルー) est par contre un terme tout droit issu du dialecte Okinawais et qui désigne un plat touillé-cuit à base de légumes, de tofu de poisson ou de viande. Alors, non, je ne vais pas vous parler d’un manga centré sur la gastronomie, dans lequel le personnage principal serait un chef japonais qui se retrouverait en formation chez Nicolas Lebec. Je vais plutôt aborder avec vous l’un des road trips les plus relevés jamais imaginés dans le monde de l’animation du soleil levant.
Samurai Champloo c’est d’abord un scénario : Dans une petite ville du Japon de l’ère Edo (1600-1868), deux hommes sont sur le point d’être décapités sur ordre du seigneur local, présent pour l’occasion. La scène se passe sur une place publique, à la tombée du jour. Le seigneur s’approche des deux condamnés tenus en garde à genoux, côte à côte, et leur demande, le ton débordant d’arrogance et de mépris s’ils sont prêts à se jeter à ses pieds pour implorer son pardon.
Le condamné de droite, à l’impressionnante tignasse et au faux-airs de sale gosse relève la tête et répond avec vigueur et sans hésitation :
- Si vivre revient à courber la tête devant les enfoirés de ton espèce, alors je mourrais debout et la tête haute !
(Convulsions du seigneur).
Celui de gauche, aux traits plus doux et élégants jusque dans les montures de ses lunettes ajoute sobrement, un petit sourire moqueur aux lèvres :
- Bien dit, je suis d’accord avec lui.
Le regard mauvais des hommes de pouvoirs corrompus immaculant son visage bouffi, l’aristocrate ordonne que soient éxecutés les deux compères. Dans le vacarme assourdissant des corbeaux animant le crépuscule, les sabres des bourreaux entament leur progression vers les cous des deux rebelles, avant de ralentir, puis de s’arrêter net… pour nous laisser le temps de revenir un jour en arrière !
(Dialogues directement traduits par mes soins de la version anglaise).
Un jour plus tôt donc, dans un salon de thé d’une petite ville du Japon de l’ére Edo, travaille Fuu, une jolie jeune fille de quinze ans. Manque de bol pour elle, c’est le jour où le fils du seigneur local a décidé de venir s’étaler avec ses hommes de mains dans son établissement. Dans ce genre de situations, mieux vaut prendre son mal en patience et prier pour que tout se passe bien jusqu’au départ des dangeureux pochtrons, car en cas de litige, la notion de procès équitable ne sera certainement pas à l’ordre du jour.
Exaspérée par les manières de voyous de ces visiteurs qu’elle est obligée de servir, Fuu finit par manquer de prudence et trébucher, répandant malencontreusement tout le contenu de son plateau sur le noble décadent, peu après qu’un type à la coupe bizarre et vêtu d’un short fit son entrée dans le salon…
Au même moment, le seigneur du coin prend plaisir à humilier publiquement un artisan au bord de la faillite, barrant sans le savoir la route à un bel et grand homme portant des lunettes…
Je vous laisse imaginer la suite…
Samurai Champloo, c’est ensuite une qualité de design et d’animation largement au-dessus de la moyenne. Pour vous donner une idée, il doit y avoir un épisode de Naruto (sur 374 au total en mars 2010) qui arrive d’un bout à l’autre à tenir la comparaison avec n’importe lequel des 26 tableaux que compte la série (*). Shinichiro Watanabe, qui a notammnent entre autres réalisé et scénarisé deux segments d’Animatrix (Kid’s Story et A Detective Story, avec Studio 4 °C) a su rester dans une ligne graphique très fidèles aux conventions du manga pour ce qui est des traits des personnages mais en y ajoutant les petits détails nécessaires pour les différencier de leurs clones.
La beauté des décors n’est pas en reste, ni dans les choix artistiques, ni dans la précision du travail de reconstitution du Japon de la fin du XVIIème. L’anime tiens là aussi garde la tête haute face aux long-métrages d’animation, prouvant, comme Miyazaki Hayao (Princesse Mononoke), Mamoru Oshii (Ghost In The Shell), Kawajiri Yoshiaki (Ninja Scroll) ou encore Hiroyuki Morita (Neko No Ongaeshi - Le Royaume Des Chats) que l’animation à la main a encore de beaux jours devant elle. Bien entendu, l’informatique vient l’épauler sur pas mal de niveaux (couleurs, perspective des décors), mais bon, le petit trait à l’encre sur le contours des personnages garde son plein effet.
Samurai Champloo, c’est enfin un style. Shinichiro Watanabe n’en était pas à son coup d’essai lorsqu’il s’est lancé dans le projet, comptant en effet le révolutionnaire Cowboy Beebop à son actif, série animée et long-métrage d’animation compris, qui mêlait science-fiction et jazz/blues. Ici nous avons droit à un mix Edo/Hip Hop vibrant. La bande-son a été enregistrée par une pléiade d’artistes japonais (Nujabes, Shin02, Force of Nature, MINMI et Tsutchie) ainsi que l’américain Fat Jon. Le réalisateur pousse même le vice jusqu’à intégrer des scratchs dans l’animation sur certains passages. Du grand art !
Mais le décalage ne s’arrête pas là. L’univers que parcoure le trio Mugen/Jin/Fuu est bardé d’anachronismes de toutes sortes. Si certains sont rapidement identifiables (le style de combat de Mugen s’apparente à du Break Dance, Jin a des montures de lunettes façon XXème siècle, le seigneur cité plus haut a un motif sur son kimono qui ressemble beaucoup au vieux logo d’Adidas), d’autres seront plus discrets voire requerront un sacré niveau d’érudition pour être détectés. A ce propos, voici un guide complet de ces anomalies sur l’ensemble des 26 épisodes, en français, traduit de l’anglais.
Enfin, le tout est parachevé par une critique décalée de la société japonaise et ses travers : regard porté sur l’homosexualité, le travail esclavagiste, la société des plaisirs, l’omniprésence de la corruption…
Du grand art, on vous dit…
Diffusée sur Fuji TV à partir du 19 mai 2004, la série fut importée en France par Canal + Décalé dès 2005. Elle existe actuellement en DVD (coffret de 6). Samurai Champloo est sans conteste ce qu’on appelle un chef d’oeuvre de l’animation façon soleil levant et donnera au public de tous les âges, toutes tendances, l’envie d’avaler les 26 épisodes d’une traite.
Et pour parler de manga, du coup, l’anime a été adaptée peu après en version papier par l’inconnu Gotsubo Masaru, en deux tomes publiés en France chez Soleil Manga (après tout, nous sommes bien dans la rubrique A Lire). Eh, bien… comment dire…mmm… Je crois qu’un franc « c’est de la merde » aurait suffit pour beaucoup, ce qui aurait été injustement sommaire comme verdict. Disons que c’est honteusement interressé et spectaculairement baclé mais qu’en l’espace d’un tome et demi, l’ami Gotsubo a malgré tout réussi à me refaire rire avec les vannes de la série animée grâce à un dessin dépouillé qui s’est révélé très efficace pour réinterpréter le tout à sa manière, d’autant plus qu’il ne reprend pas le scénario original à la lettre (je dirais même plus : il taille dans le lard comme un cochon). Si talent il y avait, il a été noyé dans le mépris capitaliste pour les valeurs non marchandes
Bref, une adaptation (incomplète en plus) qui décevra beaucoup les fans de l’anime par le manque de soin qui y est apporté, et qui ne comblera pas les amoureux de la bande dessinée pour la même raison. Rabattez-vous donc sans hésitation sur le travail de Shinichiro Watanabe dont voici le générique de début. Et donnez-moi un verre d’eau… j’ai le ventre vide…
Pour ceux que ça intéresse quand même, le prix par tome est autours de 8 euros (en plus).







Anime génial, à voir !
Bande son à avoir aussi ^^ D’ailleurs j’ai mis des liens sur les Myspace des artistes qui ont contribué à la BO sur l’article.
Je vous conseille Fatjon !
Définitivement un anime culte ! Un des rares animes que j’ai suivi de bout en bout, apprécié de bout en bout. Les trois « héros » sont vraiment excellent, et le road trip (qui quelques fois dégénère en vrai trip d’ailleurs !) est des plus intéressant. Mixé à la musique, l’histoire, et la qualité graphique, ça donne une mini-série que je peux regarder en boucle.