A lire : Akira
Avertissement : le manga dont il va être question ici ne date pas d’hier et est partiellement responsable de l’invasion de ce média nippon dans nos bibliothèques d’occidentaux. Ceux qui ne connaissent que l’anime éponyme sont priés d’être du voyage et de redoubler d’attention, car ce dernier occulte une énorme partie de ce que réserve ce manga hors du commun.
Commençons par un zeste d’éthymologie : Akira, c’est d’abord un prénom japonais, mixte et courant, riche de nombreuses transcriptions en kanjis autours du thème de la lumière (陽 pour paradis ou lumière du ciel, par exemple).
Ce patronyme s’impose comme un mystère à lui tout seul dans le manga d’Otomo Katsuhiro, mystère à l’origine d’une troisième guerre mondiale qui aurait frappé l’humanité à la fin du XXème siècle. Cette guerre fut à l’origine amorcée par la destruction de Tokyo par une bombe d’origine et de nature inconnues. Une trentaine d’années plus tard, Néo-Tokyo, mégalopole orgueilleuse et cruelle, se dresse autours de ce même site, comme si de rien n’était. Parmi les fortes têtes de sa jeunesse désoeuvrée, deux motards de 15 ans, Shotaro Kaneda et Shima Tetsuo, baroudent avec leur gang sur les routes de leur cité…
Mais au cours d’une virée nocturne, Tetsuo se crashe violemment en tentant d’éviter un jeune garçon subitement apparu en plein milieu de l’autoroute. Kaneda, le chef de la bande, a juste le temps de voir que le gamin en question, pâle comme un suaire, a les traits d’un vieillard, ainsi que le chiffre 26 tatoué sur la paume de la main. Et ce, avant que l’intrus en question ne se volatilise en un instant devant ses yeux. L’armée est la première à arriver sur les lieux de l’incident, qui est contre toute attente rapidement clôt. Tetsuo, gravement blessé à la suite du crash, est hospitalisé…
Voilà pour les premières pages, mesdames et messieurs, et inutile de préciser que vous avez un chef d’oeuvre du genre entre les mains ! Car Akira est une référence d’avant-garde qui n’a pas pris une ride en 20 ans. Notez que, même si le thème général est résolument centré sur le genre cyber-punk, l’oeuvre est accessible à tout type de lecteur, de l’érudit au profane (au-dessus de 16 ans). Petit coup d’oeil.
Côté dessin tout d’abord, le design général des personnages s’écarte sensiblement de ce qui se fait à l’époque. Exit les yeux gargantuesques brillants de milles reflets et les minois en losange, place au réalisme et au caractère. Deuxième point fort : les décors. L’histoire se passant essentiellement à Néo-Tokyo, l’auteur a déployé un effort colossal pour détailler l’architecture de la ville, si bien que celle-ci apparaît finalement comme l’une des actrices principales de l’intrigue. Troisième as : le découpage de l’action et le soin apporté aux scènes de destruction qui font passer 2012 (le bockbuster de M’sieur Emmerich) pour un vieux remake minimaliste. Bref, graphiquement, Akira est un véritable tour de force, même si ça et là, on constate que le métier pousse parfois à la faute (flux tendu, quand tu nous tient…). On admirera aussi au passage le talent de l’auteur pour dessiner les portes-avions ou les satellites de guerre et autres bâtiments militaires. Avis aux amateurs.
Ensuite, le scénario tient bon la rampe : frénétique, Otomo Katisuhiro ne perd pas son temps. Très vite amenée, l’intrigue se développe plus à coup de clashs que de révélations et tous les mystères sont percés (ou pas) à travers l’expérience des personnages, qui passent la plupart du temps à cavaler ou à se batre. C’est d’ailleurs plus cette sorte de caméra embarquée qui permet au lecteur de s’attacher aux protagonistes, ce manga, une fois n’est pas coutume, comptant en tout et pour tout (tenez-vous bien) UN SEUL FLASHBACK (et encore). Un vrai miracle ! La violence est elle (bien évidemment) au rendez-vous, vu le nombre de scènes de baston, sans pour autant être excessive (quoique, par moment, c’est quand même carrément limite).
Publié au Japon dans Young Magazine de 1982 à 1990, Akira a été primé par son éditeur Kodansha en 1984 (meilleur Seinen) et son adaptation en anime en 1988 n’est pas non plus passée inaperçue. Très soignée, voire visionnaire pour l’époque, celle-ci me laissa néanmoins un goût amer tant la transcription du scénario sur grand écran avait été baclée pour les besoins du cinéma. Vous l’avez compris : il faut voir Akira avant de lire Akira si vous ne voulez pas être profondément déçus par le film d’animation.
Toujours est-il que l’engouement américain, puis européen pour le manga dans le début des annés 90 doit beaucoup au travail de monsieur Otomo. Lequel met en exergue une particularité relative au succès du manga en général dont s’émerveillait Tohru Fujisawa (dessinateur de GTO), à la dernière Japan Expo : le fait que le manga ait un succès planétaire est surprenant dans la mesure où les mangakas dessinent d’abord et avant tout pour le marché japonais…
Lire Akira, c’est possible en France grâce à Glénat qui a livré deux éditions assez remarquables de ce manga : l’une en 14 volumes colorisés (une rareté) plus une autre en noir et blanc tenant en 6 tomes, le tout en grand format cartonné. Seul petit bémol, les petits ratés de la traduction, assez rares tout de même pour faire comme si de rien n’était. Pour finir, j’ai personnellement acquis la première de ces deux éditions, qui compte un tome d’illustrations bonus centrées sur l’oeuvre. Un vrai régal dont j’abuse au moins une fois par an depuis 10 ans. C’est effectivement un comportement qu’on pourrait qualifier de fétichiste…
Allez, n’attendez plus !
Si vous ne devez en lire qu’un : le premier, L’Autoroute.
Et pour finir, mon préféré : le tome 8, Déluge.
Prix Fnac : 14.24 euros (en couleur); 12.26 euros (en noir et blanc).
PHB









Héhé ! Preum’s pour le comment’ !
Bon alors j’ai du boulot moi : faut que je vois et que je lise tout ça !
J’oublie pas non plus la zique que tu m’as passée…
T’inquiètes… je suis sûr que c’est entre de bonnes oreilles!!
Ahlala, depuis le temps que je voulais le pondre, cet article… Bon, ça signe mon grand retour dans le monde d’internet haut débit.
Banzai
Welcome back ! Un retour classe en plus !
Merci monseigneur !!! Je vois surtout que la maison a été super entretenue pendant mon absence. Mes hommages donc ^_^
Arrête tu vas nous faire rougir :-p
Non a l’adaptation d’Akira en fim ciné US, un sujet sur lequel je reviendrai cette semaine. En attendant, l’avis suivant en dit déjà beaucoup.
http://lecomptoirdelabd.blog.lemonde.fr/2011/03/23/non-a-ladaptation-dakira/